PFAS dans l'eau : la décontamination pourrait coûter jusqu'à 5, 7 milliards d'euros
Les eaux destinées à la consommation humaine ( EDCH ) sont largement contaminées par différents polluants. En 2024, un peu plus de 29 % de la population française a été exposée, via son eau de consommation courante, à la présence de pesticides ou de composés per- et polyfluoroalkylés ( PFAS ) et autres polluants chimiques d'origine humaine, à des niveaux de concentration dépassant les limites de qualité européennes.
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont une famille de plus de 4 700 composés chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur. On les retrouve dans de nombreux produits du quotidien comme les poêles antiadhésives, les textiles imperméables, les emballages alimentaires ou encore les mousses anti-incendie. Leur particularité réside dans leur grande stabilité chimique, ce qui les rend extrêmement persistants dans l’environnement : on les surnomme d’ailleurs les « polluants éternels ». Leur accumulation dans les sols et les eaux, même à faible dose, pose un problème majeur de santé publique, car certains PFAS sont suspectés d’être cancérigènes, toxiques pour le foie ou perturbateurs endocriniens.
En France, la contamination des eaux par les PFAS est un enjeu reconnu depuis plusieurs années. Une étude récente, menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), a révélé la présence de ces substances dans plus de 1 300 points de captage d’eau potable répartis sur l’ensemble du territoire. Les régions les plus touchées incluent l’Île-de-France, la Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes. Les concentrations mesurées dépassent parfois les seuils recommandés par les autorités sanitaires, notamment dans des zones industrielles ou à proximité d’anciens sites de production ou d’utilisation de PFAS. Cette pollution soulève des questions sur la qualité de l’eau du robinet et les risques pour la santé des populations exposées.
Selon une estimation publiée par le ministère de la Transition écologique, la dépollution des eaux contaminées par les PFAS en France pourrait coûter entre 2,3 et 5,7 milliards d’euros. Ce montant inclut les travaux de traitement des sols, la filtration de l’eau et la sécurisation des réseaux de distribution. À titre de comparaison, ce budget représente environ 0,1 % du PIB français ou l’équivalent des dépenses annuelles de l’État pour la rénovation thermique des logements. Les collectivités locales et les entreprises polluantes seraient les principales contributrices à ces coûts, mais leur répartition exacte reste à définir. Ce chiffre illustre l’ampleur des investissements nécessaires pour restaurer la qualité de l’eau et protéger les populations.
Face à cette situation, l’État et les acteurs locaux tentent d’identifier les responsables de la pollution et de mettre en place des solutions. En 2023, le gouvernement a annoncé un plan d’action national pour réduire les émissions de PFAS, incluant des mesures de surveillance renforcée et des sanctions contre les entreprises polluantes. Cependant, les associations environnementales, comme Générations Futures, critiquent le manque de moyens alloués et la lenteur des procédures. Par ailleurs, des collectivités locales, comme celle de Rambouillet, ont déjà engagé des travaux de dépollution, mais ces initiatives restent limitées face à l’ampleur du problème. La question des responsabilités juridiques et financières divise encore les parties prenantes.
L’exposition aux PFAS, même à faible dose, est associée à plusieurs risques sanitaires documentés par des études scientifiques. Ces substances s’accumulent dans le corps humain, notamment dans le sang, et peuvent provoquer des effets à long terme. Les autorités sanitaires, comme l’ANSES, recommandent de limiter l’exposition, en particulier pour les populations vulnérables comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. Les risques incluent des perturbations du système hormonal, des cancers (notamment du rein et des testicules), ainsi que des effets sur le système immunitaire. En France, des cas de contamination ont déjà été observés dans des zones industrielles, mais les données épidémiologiques restent incomplètes pour évaluer l’impact global.

