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Au Liban, « c'est la vie même qui est dans la ligne de mire d'Israël »

Léa Guedj, Philippe Pernot· 8 juillet 2026

Tandis que les bombes s'abattent sur le sud du Liban, des « écologies résistantes » naissent. Munira Khayyat, une anthropologue libanaise, étudie ces « pulsions de vie existentielles » sur une terre qui ne cesse de s'embraser. Alors qu'un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé entre Israël et l…

Résumé

1

Contexte géopolitique

Depuis le 2 mars 2026, le Liban subit des bombardements israéliens meurtriers dans sa partie sud, faisant 4 319 morts selon le ministère de la Santé libanais.

Ces attaques s’inscrivent dans un conflit prolongé où Israël occupe militairement le Sud-Liban, créant une zone tampon dévastée.

Un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé sous l’égide des États-Unis, mais les violences persistent.

L’anthropologue Munira Khayyat, spécialiste des écologies de résistance, souligne que ces bombardements visent délibérément les écosystèmes vitaux, humains et non humains, de la région.

Le Sud-Liban, occupé par Israël jusqu’en 2000, est marqué par des invasions répétées et des destructions systématiques, comme celle du village de Ramia en octobre 2024, entièrement rasé par des explosifs.

2

Écocide systématique

Les bombardements israéliens causent un écocide en détruisant délibérément les écosystèmes du Sud-Liban.

Selon des rapports du ministère de l’Environnement et du CNRS libanais, 56 264 hectares de terres agricoles et forestières ont été touchés, dont 18 559 hectares dans le sud.

Parmi les dégâts, on compte 60 000 oliviers brûlés, 1,8 million de têtes de bétail et de volaille tuées, et 29 000 ruches détruites.

Des forêts millénaires, comme celles de Yaroun ou les oliveraies d’Alma al-Shaab, ont été réduites en cendres.

Le wadi Hujeir, où coule le fleuve Litani, a été bombardé et empoisonné par des engins incendiaires.

Ces destructions visent à anéantir les moyens de subsistance des populations locales, qui vivent souvent depuis des millénaires dans ces villages.

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Écologies de résistance

Face à cette destruction systématique, Munira Khayyat étudie les écologies de résistance, c’est-à-dire les pratiques de survie des populations rurales du Sud-Liban.

Ces écologies désignent des collectifs multispécifiques, composés d’humains, d’animaux et de plantes, qui résistent activement à l’anéantissement intentionnel.

Par exemple, un agriculteur a continué à semer sa parcelle malgré les bombardements constants, tandis que des éleveurs de chèvres ont adapté leur élevage pour survivre sur des terres minées.

Ces pratiques incluent aussi des cultures comme le tabac, résistant à la sécheresse, ou l’élevage de chèvres, capables de brouter dans des zones dangereuses.

Ces écologies ne sont pas passives : elles répondent de manière créative aux systèmes conçus pour détruire la vie.

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Adaptations locales

Les habitants du Sud-Liban ont développé des stratégies pour s’adapter à un environnement de plus en plus hostile.

Face aux incendies causés par le phosphore blanc, la flore locale, comme le maquis méditerranéen, peut se régénérer, mais les oliviers mettent des années à produire à nouveau des fruits.

Les agriculteurs se tournent donc vers des cultures comme le tabac, surnommé al-nabti al murra (la culture amère), qui ne nécessite pas d’irrigation et pousse rapidement.

Les chèvres, légères, évitent de déclencher les mines et broutent dans des zones autrement inaccessibles.

Cependant, ces adaptations ont des limites : en 2024, une attaque israélienne a tué 300 chèvres à Jezzine, et une famille de bergers a perdu 1 470 têtes sur 1 500 à Ramia.

Ces stratégies illustrent la résilience des populations, mais aussi leur vulnérabilité face à la violence systématique.

5

Activisme climatique

Les régions en guerre prolongée, comme le Sud-Liban, deviennent des espaces d’activisme climatique où les habitants luttent pour préserver leur terre.

Munira Khayyat souligne que ces espaces offrent un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la vie dans un monde marqué par le changement climatique et l’effondrement des infrastructures.

Les populations locales, confrontées à des environnements toxiques et contaminés, développent une pulsion existentielle pour vivre de la terre et la protéger.

Leur résistance s’inscrit dans une lutte permanente pour survivre au-delà de la fin du monde.

Ces écologies résistantes montrent comment des communautés peuvent s’organiser pour maintenir la vie dans des conditions extrêmes, offrant des leçons pour un futur potentiellement dystopique.

6

Rôle de l'anthropologue

Munira Khayyat, anthropologue libanaise et professeure associée à l’Université de New York à Abou Dabi, est l’autrice de l’ouvrage Un Paysage de guerre – Écologies de résistance et de survie au Sud-Liban (2022).

Elle a grandi à Beyrouth pendant la guerre civile libanaise et a vécu l’invasion israélienne de 1982.

Son travail de terrain au long cours dans le Sud-Liban explore comment les communautés tissent des liens avec le vivant pour survivre aux cycles de guerre.

Elle qualifie ces dynamiques de pulsions de vie existentielles, où la résistance à l’anéantissement devient une forme de survie.

Ses recherches montrent que la destruction n’est pas subie passivement, mais fait l’objet de réponses créatives et multispécifiques, où humains, animaux et plantes s’allient pour persister dans un environnement hostile.

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