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Société

Pédocriminalité: pourquoi ne faut-il surtout pas mettre de photos de son enfant sur les réseaux sociaux?

Slate FR · mis à jour il y a 2 h

[L'Explication #281] Aucune publication n'étant réellement privée, les photos de votre progéniture fièrement postées sur internet peuvent rapidement être récupérées par des sites pédocriminels..

Partage de photos d'enfants

Le sharenting (contraction des mots anglais share « partager » et parenting « parentalité ») désigne la pratique qui consiste à publier des photos de ses enfants sur les réseaux sociaux. Selon une étude de l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique, environ 53% des parents français ont déjà partagé du contenu concernant leurs enfants sur internet. Cette habitude peut représenter, au fil des années, des dizaines voire des centaines d'images publiées. Le terme sharenting illustre une tendance croissante, mais il soulève des questions sur la sécurité et le respect de la vie privée des enfants.

Risque de détournement

Une fois publiées sur internet, les photos d'enfants échappent à tout contrôle et peuvent être détournées à des fins malveillantes. Un chiffre alarmant montre que 50% des images ou vidéos d'enfants échangées sur les forums pédocriminels ont été initialement publiées par leurs parents sur les réseaux sociaux. Même si un compte est privé, la diffusion peut s'étendre bien au-delà du cercle initialement prévu, notamment via des proches moins familiarisés avec les outils numériques. Les photos d'enfants en maillot de bain ou à la plage sont particulièrement recherchées par les réseaux pédocriminels pour être archivées et utilisées à des fins sexuelles.

Menace de l'IA

Le développement de l'intelligence artificielle (IA) a introduit de nouvelles menaces liées à la diffusion d'images d'enfants. Des individus malintentionnés peuvent transformer une simple photographie en une image dénudée ou dans une position sexuelle à l'aide de l'IA. Le visage de l'enfant peut également être associé à un corps virtuel fabriqué de toutes pièces. Ce contenu peut ensuite être diffusé sur des réseaux pédocriminels ou utilisé pour harceler, faire chanter ou humilier l'enfant. Cette pratique illustre comment une photo anodine peut devenir une arme de manipulation ou de chantage.

Exposition des habitudes

Publier des photos d'enfants sur les réseaux sociaux peut révéler des informations sensibles sur leurs habitudes, leur lieu de vacances, leurs activités ou leur trajet. En recoupant plusieurs publications, une personne malintentionnée peut localiser et reconstituer les routines d'une famille, notamment celles de ses enfants. Cela rend particulièrement problématique l'exposition progressive et continue des enfants en ligne. Même si une photo est supprimée après publication, une capture d'écran peut avoir été réalisée, et rien ne garantit qu'une copie ne circule pas déjà ailleurs.

Droit à l'image

La publication de photos d'enfants sur les réseaux sociaux soulève également des questions juridiques et éthiques. L'enfant dispose d'un droit à l'image et d'un droit au respect de sa vie privée, qu'il n'a pas nécessairement choisi de partager. En grandissant, il peut regretter cette exposition, qui laisse une « empreinte numérique » parfois humiliante ou embarrassante. La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) recommande d'associer l'enfant à la décision de publication, en fonction de son âge et de sa maturité. Si l'enfant refuse, il s'agit de son droit le plus strict.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter les risques, il est conseillé de privilégier une messagerie privée plutôt qu'une publication publique sur des plateformes comme Instagram ou Facebook, où le contrôle de la diffusion est plus difficile. Parmi les autres pratiques recommandées, il est judicieux de limiter la diffusion à un cercle restreint de proches identifiés et de leur demander de ne pas repartager les images. Il est également suggéré de privilégier les photos où le visage de l'enfant n'est pas identifiable, ou de placer un émoticône par-dessus. Il faut vérifier régulièrement les paramètres de confidentialité des comptes, éviter de partager la localisation précise en temps réel et ne pas indiquer l'école, le domicile ou les lieux fréquentés régulièrement par les enfants.

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