Etats-Unis : la Cour suprême prolonge temporairement l’accès par correspondance à la pilule abortive
Ce recours fait suite à la décision récente d’une cour d’appel très conservatrice ordonnant l’arrêt de sa distribution..
Le 14 mai 2025, la Cour suprême des États-Unis a décidé de prolonger temporairement l’accès par correspondance à la mifépristone, une pilule utilisée pour les interruptions volontaires de grossesse (IVG). Cette décision suspend celle d’une cour d’appel ultraconservatrice, rendue le 1er mai, qui bloquait l’envoi postal de ce médicament. La suspension actuelle reste valable jusqu’à ce que la Cour suprême, majoritairement conservatrice, se prononce définitivement sur l’affaire. Cette mesure évite une restriction immédiate de l’accès à la pilule abortive, qui représente près de deux tiers des IVG aux États-Unis en 2023. Deux juges conservateurs, Samuel Alito et Clarence Thomas, ont exprimé leur désaccord avec cette décision.
Les laboratoires Danco et GenBioPro, fabricants de la mifépristone, ont alerté sur les conséquences d’un blocage de l’accès postal à leur médicament. Selon eux, cela créerait une confusion immédiate et un bouleversement brutal pour les patientes, les pharmacies et les distributeurs, notamment en raison du calendrier sensible des IVG. Obliger les femmes à se rendre en personne dans un centre médical pour obtenir la pilule restreindrait davantage l’accès à l’avortement, surtout depuis 2022, date à laquelle la Cour suprême a annulé le droit fédéral à l’IVG. Depuis, une vingtaine d’États américains ont soit interdit l’IVG, soit l’ont strictement encadrée. La décision de la Cour suprême offre un répit temporaire, mais ne garantit pas la sécurité à long terme de l’accès à ce médicament.
Malgré la décision de la Cour suprême, l’accès à la mifépristone reste menacé par deux fronts. D’abord, une procédure judiciaire en cours pourrait aboutir à une interdiction définitive. Ensuite, l’administration Trump, revenue à la Maison Blanche, a lancé une réévaluation politique de la sécurité de ce médicament via la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine du médicament. Cette réévaluation, motivée selon les défenseurs des droits reproductifs par des considérations politiques, vise à rendre la pilule plus difficile à obtenir. Nancy Northup, présidente du Centre pour les droits reproductifs, souligne que cette décision ne procure pas de tranquillité d’esprit, car l’avenir de la mifépristone reste incertain.
Les réactions à cette décision sont contrastées. Kelly Baden, vice-présidente du *Guttmacher Institute*, une organisation spécialisée dans les droits reproductifs, se dit *soulagée* mais pas *réjouie*, car la situation reste fragile. À l’inverse, Marjorie Dannenfelser, présidente de l’association anti-avortement *Pro-Life America*, exprime sa *déception profonde*. En 2024, la Cour suprême avait déjà rejeté une tentative similaire de restreindre l’accès à la mifépristone, estimant que les opposants n’avaient pas la qualité juridique pour agir. Cette nouvelle décision ne clôt pas le débat, mais elle évite pour l’instant une restriction immédiate, dans un contexte où les droits reproductifs sont fortement contestés aux États-Unis.

