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« Aplaventrisme », « non-sens total » : le recul d’Ottawa sur la « taxe Netflix » dénoncé

ICI Radio-Canada· 30 juillet 2026
 « Aplaventrisme », « non-sens total » : le recul d’Ottawa sur la « taxe Netflix » dénoncé

Acteurs et observateurs du milieu culturel critiquent l'abandon de la « taxe Netflix ».

Résumé

1

Recul sur la taxe Netflix

Le gouvernement canadien dirigé par Justin Trudeau (surnommé M.

Carney dans l'article) a annoncé le 29 juillet 2026 l'abandon de l'obligation pour les plateformes de diffusion en continu comme Netflix ou Prime Video de verser une contribution financière de base au Canada.

Cette mesure, surnommée la « taxe Netflix », était imposée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l'organisme public régulant les médias au Canada.

Le CRTC exigeait que ces plateformes, qui génèrent des revenus au Canada, contribuent financièrement à la production de contenu culturel local.

Le gouvernement libéral justifie cette décision par l'injection de 600 millions de dollars supplémentaires pour soutenir le milieu culturel, mais cette somme est jugée insuffisante par les acteurs du secteur.

2

Critiques du milieu culturel

Plusieurs acteurs du secteur culturel canadien et québécois ont vivement critiqué cette décision.

Alain Saulnier, journaliste et essayiste, a qualifié ce choix d’aplaventrisme, un terme désignant une attitude de soumission excessive envers une puissance étrangère, ici les États-Unis dont sont originaires les géants du web.

Pour lui, cette décision représente un recul majeur qui affaiblit la souveraineté culturelle du Canada, un combat historique pour le Québec.

Mathieu Lacombe, ministre québécois de la Culture, a également dénoncé cette mesure, soulignant que la spécificité culturelle du Québec n'est « pas négociable ».

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes, a exprimé sa colère face à ce qu'elle considère comme une ignorance des dangers que représentent ces plateformes pour les cultures locales, en raison de l'envahissement massif de contenus américains.

3

Financement alternatif critiqué

Pour compenser la perte des redevances que les plateformes de streaming auraient dû verser, Ottawa a annoncé un financement de 600 millions de dollars pour le milieu culturel.

Cependant, ce montant est jugé largement insuffisant par les professionnels du secteur.

Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), explique que les règles du CRTC offraient un financement plus stable et prévisible que des subventions fédérales, qui dépendent des priorités politiques du gouvernement en place.

Annick Charette, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN), ajoute que cette décision envoie un mauvais signal en sacrifiant la culture sur l'autel des négociations commerciales avec les États-Unis, notamment sous la présidence de Donald Trump.

4

Impact économique et emploi

Le secteur culturel canadien représente un poids économique significatif : en 2024-2025, la production cinématographique et télévisuelle a généré 10,17 milliards de dollars et emploie plus de 180 000 personnes.

Malgré cela, les acteurs du secteur estiment que leur contribution à l'économie n'est pas suffisamment reconnue.

Annick Charette souligne que la culture est souvent perçue comme un secteur « sursubventionné », alors qu'elle génère des retombées fiscales et des emplois comparables à des industries comme l'acier.

Elle regrette que le gouvernement ne dialogue pas clairement sur la valeur accordée à la culture, laissant le secteur dans une « zone nébuleuse ».

5

Iniquité entre plateformes

Un autre problème soulevé est l'iniquité entre les plateformes numériques et les radiodiffuseurs traditionnels canadiens.

Kevin Desjardins, président de l’Association canadienne des radiodiffuseurs, souligne que les radiodiffuseurs canadiens doivent consacrer 25 % de leurs revenus annuels à la production de contenu canadien, une obligation que les plateformes comme Spotify ou Netflix n'ont pas.

Pourtant, ces dernières amassent des revenus importants au Canada sans contribuer de la même manière.

Cette situation crée une concurrence déloyale et menace la pérennité des acteurs locaux.

6

Souveraineté culturelle en danger

Alain Saulnier met en garde contre la perte de souveraineté culturelle et numérique du Canada, déjà en cours selon lui.

Il propose de s'inspirer de l'Europe, où des pays comme la France imposent aux plateformes de streaming d'investir 20 % de leurs revenus locaux dans la production de contenu national ou européen.

Pour Tania Kontoyanni, l'heure est à la mobilisation, y compris par les consommateurs canadiens, dont les habitudes de consommation menacent l'intérêt supérieur de la culture locale.

Elle évoque également la possibilité d'allouer une partie des revenus issus de la vente d'appareils électroniques (téléphones, tablettes) au financement de la production audiovisuelle.

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