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Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal !

Rédaction S&V· 9 juillet 2026

« Comment ça s’appelle déjà ? » Le mot est là. On le sent à notre portée, presque accessible, « sur le bout de la langue », mais impossible de le prononcer immédiatement. Alors on contourne, on reformule, on attend quelques secondes. Puis, souvent, le mot revient. Ce phénomène, très courant à parti…

Résumé

1

Le mot sur le bout de la langue

Le phénomène où un mot semble inaccessible mais finit par revenir est appelé le mot sur le bout de la langue.

Il est fréquent à partir du milieu de la vie et souvent perçu comme un signe de déclin cognitif.

Pourtant, des recherches en neurosciences cognitives montrent qu’il s’agit d’un processus normal lié au vieillissement du cerveau.

Les travaux de Monica Baciu, professeure en neurosciences cognitives à l’Université Grenoble Alpes (UGA), et de Clément Guichet, chercheur postdoctoral, indiquent que ce phénomène ne reflète pas une perte de mémoire ou d’intelligence globale, mais plutôt une transformation des stratégies cérébrales pour accéder au langage.

Les connaissances en vocabulaire restent solides, mais leur récupération devient parfois moins rapide.

2

Deux dimensions du langage

Parler est une action complexe qui repose sur deux dimensions principales : la dimension sémantique et la dimension phonologique.

La dimension sémantique correspond au sens des mots, aux connaissances et aux associations construites par l’expérience.

Par exemple, le mot « chat » évoque d’abord l’idée d’un animal, sa représentation mentale.

La dimension phonologique, en revanche, concerne les sons nécessaires pour prononcer le mot, comme transformer cette idée en une série de sons pour dire « chat ».

Avec l’âge, la dimension sémantique reste robuste, mais l’accès à la forme sonore exacte des mots devient moins fluide.

Cela explique pourquoi le mot est « sur le bout de la langue » : le cerveau retrouve son sens, mais sa prononciation demande plus d’efforts.

3

Adaptation du cerveau

Le cerveau ne subit pas passivement les changements liés à l’âge.

Il développe de nouvelles stratégies pour compenser les difficultés d’accès aux mots.

À partir d’environ 55 ans, les mécanismes phonologiques deviennent moins efficaces, mais le cerveau s’appuie davantage sur les connaissances sémantiques, le contexte et l’expérience accumulée.

Cette réorganisation s’accompagne d’une implication accrue des systèmes liés à l’attention et aux organes de sens, comme la vue ou l’ouïe, pour faciliter la sélection de l’information pertinente.

Les travaux menés depuis 2021 montrent que ces adaptations reflètent une réorganisation plus large du fonctionnement cérébral, impactant également la mémoire et l’attention.

4

Réorganisation des réseaux cérébraux

Des études récentes en magnétoencéphalographie (MEG), une technique d’imagerie cérébrale, suggèrent que le cerveau regroupe davantage les représentations sémantiques en unités plus larges et stables.

Par exemple, le traitement du mot « chat » serait davantage médié par des associations visuelles (l’image d’un chat), sonores (le miaulement) ou motrices (le mouvement de l’animal).

Cette réorganisation répond à une logique énergétique : avec l’âge, certaines connexions cérébrales longues et coûteuses, comme celles du système phonologique, deviennent plus vulnérables.

Le cerveau privilégie alors des circuits plus locaux et économes en énergie, comme ceux liés au sens et à l’expérience.

5

Réserve cognitive et différences individuelles

La réserve cognitive désigne la capacité du cerveau à s’adapter aux changements et à mobiliser des stratégies alternatives pour compenser les effets du vieillissement.

Elle est influencée par des facteurs comme le niveau d’éducation, les activités intellectuelles, les interactions sociales, l’activité physique ou le multilinguisme.

Certaines personnes conservent une grande fluidité verbale très tard dans la vie, tandis que d’autres présentent des difficultés plus précoces.

Les recherches actuelles visent à comprendre pourquoi certains cerveaux restent particulièrement adaptatifs avec l’âge et à identifier plus précocement les trajectoires de vulnérabilité grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse des réseaux cérébraux.

6

Prévention et santé cérébrale

Les travaux en neurosciences participent à une transformation de la manière d’aborder la santé cérébrale.

Aujourd’hui, les recherches visent à détecter les premiers signes de fragilité avant l’apparition de troubles cognitifs plus importants.

Par exemple, l’augmentation des sensations de « mot sur le bout de la langue » peut précéder des difficultés cognitives mesurables dans d’autres domaines.

Des centres de santé du cerveau émergent, développant des approches de prévention fondées sur l’identification précoce des individus qui pourraient ressentir des ralentissements de leurs compétences cognitives, sans que les mesures objectives ne montrent de déficit.

Cette approche permet d’agir avant que les troubles ne deviennent plus sévères.

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