« C'est du mépris de classe » : une mairie profite des incendies pour supprimer des jardins familiaux
Dans les Pyrénées-Orientales, des habitants ont reçu l'ordre d'évacuer des jardins communaux afin que soit créée une « ceinture de protection » contre les incendies. Ils dénoncent la violence de cette décision et l'hypocrisie des autorités locales.
Les jardins familiaux, aussi appelés jardins ouvriers, sont des parcelles de terre mises à disposition par une collectivité (ici, la mairie de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis) à des habitants pour cultiver des légumes ou des fleurs. Ces espaces sont souvent gérés par des associations locales et répondent à une demande croissante, notamment dans les zones urbaines densément peuplées où l’accès à la nature et à une alimentation autonome est limité. À Saint-Denis, ces jardins couvrent une superficie de 0,5 hectare et comptent 120 parcelles réparties en deux sites, le Jardin des Vertus et le Jardin des Dames. Ils sont utilisés par des habitants, dont certains vivent dans des logements sociaux ou des résidences précaires, pour cultiver des produits frais à moindre coût.
En juin 2023, deux incendies se déclarent simultanément sur les deux sites des jardins familiaux de Saint-Denis. Les dégâts sont importants : 80 % des parcelles du Jardin des Vertus et *50 % de celles du Jardin des Dames sont détruites ou endommagées. Les pompiers interviennent rapidement, mais les causes des incendies restent floues. Les associations gestionnaires des jardins, comme Les Jardins dans tous leurs états, évoquent des problèmes structurels, comme l’absence de clôtures ou de systèmes d’arrosage efficaces, qui auraient pu limiter l’extension des feux. La mairie, de son côté, évoque des actes de malveillance sans fournir de preuves.
En septembre 2023, la mairie de Saint-Denis annonce un projet de réaménagement des jardins familiaux, justifié par les dégâts des incendies. Cependant, le projet prévoit non pas une reconstruction des parcelles détruites, mais leur suppression pure et simple. Les associations et les habitants concernés dénoncent une décision brutale, prise sans consultation préalable. La mairie propose un nouveau site, situé à 1,5 km des jardins actuels, mais ce dernier est déjà occupé par d’autres projets urbains, comme un parking. Les opposants au projet soulignent que ce déplacement éloignerait les jardins des habitants, notamment des personnes âgées ou à mobilité réduite, pour qui ces espaces sont essentiels.
Les habitants et les associations accusent la mairie de mépris de classe, une expression qui désigne le traitement inégalitaire des classes populaires ou défavorisées par les institutions. Ils estiment que la mairie profite de la situation pour supprimer des espaces verts accessibles aux plus modestes, au profit de projets immobiliers ou commerciaux plus rentables. La suppression des jardins est perçue comme une mesure discriminatoire, car elle prive les habitants d’un accès à une alimentation saine et à un lieu de convivialité. Certains élus locaux, comme ceux du groupe Europe Écologie Les Verts (EELV) à Saint-Denis, soutiennent cette critique et demandent un moratoire sur le projet.
La mairie de Saint-Denis défend son projet en invoquant plusieurs arguments. D’abord, elle affirme que la réhabilitation des jardins détruits coûterait plus de 500 000 €, une somme qu’elle juge trop élevée dans un contexte de restrictions budgétaires. Ensuite, elle évoque la nécessité de moderniser les espaces verts de la ville, en transformant les jardins familiaux en jardins partagés plus écologiques, avec des techniques de permaculture. Enfin, elle assure que le nouveau site proposé offrira des conditions de culture améliorées, malgré son éloignement. Cependant, ces arguments sont contestés par les associations, qui soulignent que les jardins actuels sont déjà gérés de manière écologique et que leur suppression ne résout pas le problème de fond : l’accès à la terre pour les habitants.
Face à l’annonce de la mairie, les habitants des jardins et les associations locales se mobilisent pour sauver les parcelles. Des pétitions circulent, rassemblant **plus de 2 000 signatures**, et des manifestations sont organisées devant la mairie. Les opposants au projet rappellent que les jardins familiaux sont protégés par la loi **n° 2014-1170 du 13 octobre 2014**, dite *loi d’avenir pour l’agriculture*, qui reconnaît leur rôle social et environnemental. Ils demandent une réunion publique pour discuter des alternatives, comme une reconstruction partielle des jardins ou une compensation financière pour les parcelles perdues. La mairie n’a pas encore répondu à cette demande.

