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Géopolitique

Crise de Ceuta : le “silence de mort” d’un État qui a “abandonné sa jeunesse”

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Dès le samedi 1er août, le rédacteur en chef du site “Enass” déplorait, dans un éditorial amer et offensif visant le gouvernement marocain, l’absence de réaction aux nombreux décès de jeunes du pays ayant tenté de gagner l’enclave espagnole. Aussi condamnable soit-il, ce silence n’est que le prolongement de l’aveuglement politique vis-à-vis du désespoir de ces derniers, estimait-il..

Crise migratoire à Ceuta

En août 2026, une crise migratoire majeure a éclaté à Ceuta, une enclave espagnole située au nord du Maroc, revendiquée par ce dernier. En seulement six jours, 60 000 Marocains, principalement des jeunes, ont tenté de rejoindre Ceuta pour fuir leur pays. Cette vague de départs s’inscrit dans une série de crises similaires survenues en 2021 et 2024. Les tentatives de traversée se font souvent dans des conditions dangereuses, notamment à la nage entre Fnideq (ville marocaine frontalière) et Ceuta, entraînant des noyades. Selon les autorités espagnoles, 72 personnes sont mortes depuis le début de l’année 2026 lors de ces traversées, dont 67 en une seule semaine en août. Les morgues de Ceuta sont saturées de corps de jeunes Marocains, illustrant l’ampleur de la tragédie.

Silence de l'État marocain

Face à cette crise, l’État marocain a adopté une position de silence total, qualifiée de silence de mort par l’éditorialiste Salaheddine Lemaizi. Contrairement aux années précédentes, où le Maroc avait réagi publiquement, aucune déclaration officielle n’a été faite en 2026. Les autorités marocaines n’ont ni communiqué de bilan, ni évoqué les causes de cette fuite massive de sa jeunesse. Ce mutisme contraste avec les attentes de la population, notamment de la génération Z marocaine, qui avait placé l’emploi et la confiance dans les institutions au cœur du mandat du gouvernement sortant. Ce silence est interprété comme un aveu d’échec politique et une absence de solutions pour la jeunesse.

Origines du mouvement

Le mouvement de départ des jeunes Marocains est motivé par un profond désespoir économique et social. Depuis fin septembre 2025, la génération Z marocaine s’est mobilisée via des protestations pour dénoncer l’absence d’opportunités et la détérioration des conditions de vie. Le slogan « Nous partirons tous, et que le dernier n’oublie pas d’éteindre la lumière » résume ce sentiment d’abandon. Les théories sur les instigateurs de cette vague migratoire restent floues, mais le constat est clair : la jeunesse marocaine fuit un système qui ne lui offre ni espoir ni perspectives. Le terme hrig, qui signifie brûler en darija (arabe dialectal marocain), désigne symboliquement le fait de brûler ses papiers d’identité avant de tenter la traversée vers l’Europe.

Conséquences politiques

Cette crise révèle une perte de crédibilité de l’État marocain, tant auprès de sa population qu’à l’international. Le Maroc, allié de l’Espagne, est critiqué pour son inaction face à l’hémorragie humaine. La situation est d’autant plus délicate que l’Espagne, sous pression de l’Europe, doit gérer l’afflux de migrants. Les autorités espagnoles ont refoulé 48 300 personnes en une seule journée (31 juillet 2026), mais les traversées continuent. Le silence marocain est perçu comme une stratégie risquée, car il ne résout aucun problème et aggrave la crise humanitaire. La responsabilité du Maroc est engagée, non seulement envers ses citoyens, mais aussi envers ses partenaires européens.

Réactions internationales

La crise de Ceuta a suscité des réactions en Europe, où certains gouvernements, comme ceux de Donald Trump, Giorgia Meloni ou Jordan Bardella, critiquent la gestion migratoire de l’Espagne. Ces figures politiques, qualifiées de galaxie fasciste dans l’article, utilisent cette crise pour alimenter leurs discours anti-migrants. L’Espagne, déjà fragilisée par d’autres crises migratoires (comme aux Canaries), doit faire face à une pression accrue de ses partenaires européens. La solidarité européenne est mise à l’épreuve, tandis que les images des noyades et des familles entières tentant de traverser la Méditerranée alimentent un débat sur la politique migratoire en Europe.

Ce que ça pourrait changer

Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles au nord du Maroc, sont revendiquées par ce dernier depuis des décennies. Leur statut particulier en fait des points de passage majeurs pour les migrants africains souhaitant rejoindre l’Europe. Les crises migratoires récurrentes à Ceuta (2021, 2024, 2026) illustrent l’échec des politiques migratoires bilatérales et européennes. Le Maroc, qui contrôle partiellement l’accès à ces enclaves, est souvent pointé du doigt pour son rôle ambigu : il tolère parfois les traversées, tout en collaborant avec l’Espagne pour les limiter. Cette dualité s’explique par des enjeux géopolitiques et économiques, mais elle aggrave la souffrance des migrants.

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