Vitraux contemporains de Notre-Dame de Paris : un projet contesté qui en voit le bout à l'atelier Simon-Marq de Reims
Sur fond de procédures judiciaires, le remplacement de vitraux de Viollet-le-Duc par ceux dessinés par l'artiste Claire Tabouret aura bien lieu d'ici novembre 2026 comme prévu. Il ne reste plus que deux baies sur six à achever, avec toute une équipe de maitres-verriers "au service de la cathédrale".
Résumé
Projet de vitraux contesté
Le projet de remplacement de six vitraux du XIXe siècle de la cathédrale Notre-Dame de Paris par des créations contemporaines de l'artiste Claire Tabouret suscite une vive opposition.
Ces vitraux, réalisés par l'architecte Viollet-le-Duc, sont des grisailles (vitraux en verre teinté sans peinture, souvent gris ou colorés de manière uniforme) classés monuments historiques.
Leur dépose, prévue pour novembre 2026, a été contestée par des associations comme Sites & Monuments et SOS Paris, ainsi que par une pétition ayant recueilli plus de 350 000 signatures.
Les opposants dénoncent une atteinte au patrimoine et soulignent que ces vitraux n'ont pas été endommagés par l'incendie d'avril 2019.
Le tribunal administratif a rejeté en mai 2026 leur demande d'arrêt des travaux, arguant de la réversibilité du projet : les vitraux de Viollet-le-Duc sont conservés et pourront être réinstallés ultérieurement dans d'autres lieux, comme le château de Pierrefonds ou la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris.
Commande et financement
Le projet a été commandé par l'État pour un montant de 4 millions d'euros, annoncé par le président Emmanuel Macron le 8 décembre 2023.
Cette commande s'inscrit dans le cadre de la réouverture au public et au culte de Notre-Dame, prévue un an après l'incendie de 2019.
Les nouveaux vitraux, au nombre de six, seront installés dans les chapelles du bas-côté sud de la nef.
Ils représentent une surface totale de 120 mètres carrés et s'inspirent du thème de la Pentecôte, suggéré par l'archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich.
L'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, maître d'ouvrage du chantier, supervise l'opération.
L'inauguration des baies est programmée pour décembre 2026.
Atelier Simon-Marq en action
La fabrication des vitraux est réalisée par l'atelier Simon-Marq de Reims, spécialisé dans le travail du verre depuis plusieurs générations.
En octobre 2025, seize maîtres-verriers y ont été mobilisés à plein temps pour mener à bien ce projet d'envergure.
À ce jour, 70 % des vitraux sont déjà réalisés, et seules deux baies sur six restent à terminer.
Les étapes de création incluent le tracé grandeur nature au sol, la coupe des plaques de verre, leur gravure, leur peinture et leur sertissage au plomb.
Les cheffes d'atelier, Anne-Catherine Perreau et Céline Bachelot, soulignent l'ampleur du défi technique et artistique : chaque forme est unique, sans répétition ni académisme, avec une palette de couleurs audacieuse conçue pour résister à la lumière et transmettre une énergie spontanée.
Collaboration artistique
L'artiste Claire Tabouret a travaillé en étroite collaboration avec les maîtres-verriers pour traduire ses maquettes en vitraux.
Elle a supervisé chaque étape, se rendant à l'atelier Simon-Marq au moins une fois par mois pour ajuster les détails.
Son projet, pensé dès l'origine pour le verre, représente une narration en six baies illustrant la Pentecôte : un récit visuel où des langues de feu descendent sur la Vierge et les apôtres, symbolisant l'arrivée de l'Esprit Saint.
Tabouret a choisi des couleurs intenses et denses, conçues pour être traversées par la lumière du sud, afin de créer un impact visuel fort et immédiat.
Elle insiste sur l'harmonie entre tradition et modernité, en s'inspirant du rythme musical de Viollet-le-Duc tout en y intégrant des éléments figuratifs et irréguliers, reflétant la complexité du monde contemporain.
Enjeux et symbolique
Pour Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, ces vitraux contemporains offrent une opportunité de raconter une histoire accessible à tous, indépendamment de la langue ou de la culture.
Il souligne que Notre-Dame accueille un public mondial et diversifié, ce qui rend cette dimension narrative particulièrement pertinente.
La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a visité l'atelier en juillet 2026 et exprimé sa confiance dans le projet, estimant que les vitraux contemporains pourraient emporter l'adhésion une fois installés.
Philippe Jost, président de Rebâtir Notre-Dame de Paris, et Philippe Varin, vice-président de l'atelier Simon-Marq, ont également salué l'aboutissement de ce chantier exceptionnel, rare dans une carrière de verrier.
L'atelier, au bord de la faillite en 2019, a pu se relancer grâce à cette commande majeure.
Perspectives et défis
Le projet soulève des questions sur la préservation du patrimoine et l'équilibre entre tradition et modernité.
Les opposants, bien que leur recours ait été rejeté en référé, maintiennent leur combat pour le retrait des vitraux contemporains, arguant que leur installation définitive pourrait être jugée inappropriée à l'avenir.
Cependant, la réversibilité du projet, garantie par la conservation des vitraux de Viollet-le-Duc, offre une solution de repli.
Pour les artisans et l'artiste, l'enjeu est de créer une œuvre pérenne, à la fois respectueuse de l'histoire de la cathédrale et porteuse d'un message universel.
Comme le résume Claire Tabouret, le temps sera le juge ultime : si l'œuvre est réussie, elle survivra ; sinon, elle disparaîtra naturellement.
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