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La liberté de création à l’épreuve des nouvelles formes de censure

Thomas Perroud· 9 juillet 2026

Les cas de censure dans l’art se multiplient en France, révélant une diversification des acteurs et des méthodes d’entrave à la liberté de création. Face à ces nouvelles pratiques que le droit peine à encadrer, il nous faut réfléchir à une désétatisation des politiques culturelles, et une procédura…

Résumé

1

Nouvelle censure artistique

La liberté de création en France est aujourd'hui confrontée à des formes de censure qui se diversifient et s'intensifient.

Traditionnellement associée à l'intervention de l'État, cette censure émane désormais de multiples acteurs, notamment des collectivités locales et de groupes de pression.

Les élections municipales de 2026 ont marqué un tournant, avec une augmentation notable des cas de censure émanant de maires.

Par exemple, des projections de films documentaires ont été annulées à Gouzon, une saison culturelle entière a été supprimée à Saint-Loubès sous prétexte de travaux, et un maire a interdit l'acquisition d'un roman dans une médiathèque.

Ces pratiques illustrent une tendance où des élus locaux utilisent leur pouvoir pour limiter la diffusion d'œuvres, souvent sans justification claire.

L'Observatoire de la liberté de création (OLC) a alerté l'Association des maires de France (AMF) sur cette recrudescence, soulignant l'urgence d'agir face à cette évolution.

2

Conflits géopolitiques

La censure artistique ne se limite plus aux interventions institutionnelles.

Elle s'étend désormais à des conflits géopolitiques importés dans le champ culturel.

Un exemple marquant est le boycott du cinéaste israélien Nadav Lapid lors du Festival International de Cinéma de Marseille (FID) en juin 2026.

Dans la même ville, un collectif a manifesté contre la venue de Joann Sfar avec un slogan ambigu (« Sionistes hors de notre ville »).

Ces actions révèlent une tendance où des causes politiques ou sociales sont utilisées pour justifier des entraves à la liberté de création.

Bien que certaines de ces causes soient défendables, leur instrumentalisation dans le domaine culturel pose question.

Les acteurs culturels et les associations de défense des libertés obtiennent parfois gain de cause devant les tribunaux administratifs, mais ces victoires restent ponctuelles et ne suffisent pas à endiguer le phénomène.

3

Défis juridiques

Le droit français peine à encadrer ces nouvelles formes de censure, qui échappent souvent aux cadres traditionnels.

La liberté de création, bien que protégée par des principes constitutionnels, se heurte à des pratiques émergentes difficiles à qualifier juridiquement.

Les acteurs culturels et les associations, comme l'Observatoire de la liberté de création (OLC), tentent de réagir en saisissant les tribunaux administratifs.

Cependant, ces recours restent limités et ne garantissent pas une protection systématique.

Le juriste Thomas Perroud, auteur de l'article, souligne la nécessité de repenser les politiques culturelles pour éviter une étatisation excessive.

Il propose une désétatisation des politiques culturelles, c'est-à-dire une réduction de l'intervention directe de l'État, et une procéduralisation de la liberté de création.

Cette dernière idée vise à encadrer strictement les conditions dans lesquelles une œuvre pourrait être censurée, afin de garantir un pluralisme et une indépendance artistique.

4

Solutions envisagées

Face à l'ampleur du phénomène, Thomas Perroud avance deux pistes pour préserver la liberté de création.

La première est la désétatisation des politiques culturelles, c'est-à-dire une réduction du rôle de l'État dans la gestion et le financement direct des institutions culturelles.

L'objectif est de limiter les risques de censure politique ou idéologique en éloignant les décisions des sphères partisanes.

La seconde piste est la procéduralisation de la liberté de création, qui consiste à établir des règles strictes et transparentes pour toute restriction d'une œuvre.

Par exemple, une censure devrait être justifiée par des motifs précis, encadrés par la loi, et soumise à un contrôle indépendant.

Ces mesures visent à garantir que les œuvres ne soient pas censurées arbitrairement, quels que soient leurs auteurs ou leurs contenus.

Elles s'inscrivent dans une logique de protection du pluralisme et de l'indépendance artistique, essentiels à une démocratie.

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