Vieux de 2 000 ans, des visages romains reprennent vie à Budapest grâce à l’ADN ancien
Des ossements romains, on tire d’ordinaire des mesures, des datations, des maladies, presque jamais un regard. Cette fois, des spécialistes ont poussé l’exercice bien plus loin. Les visages d’Aquincum ainsi reconstitués rendent un teint, des cicatrices et une expression à des anonymes de l’Empire.
Résumé
Découverte archéologique
Des chercheurs hongrois ont exhumé des squelettes vieux de 2 000 ans à Budapest, sur le site de l’ancienne cité romaine d’Aquincum.
Ces vestiges, datés entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, appartenaient à des habitants de l’Empire romain.
Leur âge a été déterminé grâce à la datation par le carbone 14, une méthode scientifique qui mesure la quantité de carbone radioactif restant dans les ossements pour estimer leur ancienneté.
Cette technique permet de situer précisément un objet ou un être vivant dans le temps, avec une marge d’erreur généralement inférieure à 100 ans.
Reconstitution faciale
Pour donner un visage à ces Romains disparus depuis deux millénaires, les scientifiques ont utilisé une technique appelée reconstruction faciale 3D par ADN ancien.
Cette méthode combine l’analyse génétique des squelettes avec des algorithmes de modélisation informatique.
D’abord, l’ADN extrait des os est séquencé pour déterminer des traits physiques comme la couleur des yeux, des cheveux ou de la peau.
Ensuite, ces données sont intégrées à un logiciel qui superpose ces caractéristiques à un modèle de crâne en 3D, reconstituant ainsi les traits du visage.
Cette approche est de plus en plus utilisée en archéologie pour humaniser les découvertes.
Projet hongrois
Le projet a été mené par une équipe de l’Université Eötvös Loránd à Budapest, en collaboration avec des experts en génétique et en imagerie médicale.
Les chercheurs ont travaillé sur une dizaine de squelettes bien conservés, découverts dans des nécropoles romaines de la région.
Leur objectif était de mieux comprendre la diversité physique des populations de l’époque, notamment leur origine ethnique et leur mode de vie.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de paléogénétique, une discipline qui étudie l’ADN ancien pour retracer l’histoire des populations humaines.
Résultats surprenants
Les reconstructions ont révélé des visages aux traits variés, allant de la peau claire à des nuances plus foncées, suggérant une diversité génétique plus importante que prévu dans la région à l’époque romaine.
Certains individus présentaient des caractéristiques typiques des populations méditerranéennes, tandis que d’autres évoquaient des origines plus septentrionales ou orientales.
Ces résultats remettent en question l’idée d’une population romaine homogène, souvent perçue comme majoritairement méditerranéenne.
Les chercheurs soulignent que Budapest, alors Aquincum, était un carrefour commercial et militaire, ce qui explique cette mixité.
Limites scientifiques
Malgré les avancées technologiques, cette méthode comporte des limites.
L’ADN ancien est souvent fragmenté et dégradé, ce qui peut fausser les analyses, notamment pour les traits comme la couleur des yeux ou des cheveux.
De plus, la reconstruction faciale reste une interprétation basée sur des moyennes statistiques, et non une représentation exacte du visage original.
Les chercheurs insistent sur le fait que ces images sont des hypothèses plausibles et non des portraits fidèles.
Enfin, l’éthique de ces reconstructions est parfois questionnée, notamment sur l’utilisation des données génétiques des défunts.
Impact culturel
Ces reconstitutions ont un fort impact médiatique et pédagogique, permettant au grand public de se connecter à l’histoire romaine de manière concrète.
Elles sont souvent présentées dans des expositions ou des documentaires, comme celles organisées par le Musée d’Histoire de Budapest.
Pour les scientifiques, ces travaux offrent aussi des pistes pour étudier les migrations anciennes, les maladies ou les régimes alimentaires des populations passées.
À Budapest, cette découverte a renforcé l’intérêt pour l’héritage romain de la ville, un patrimoine encore visible dans ses ruines et ses musées.
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