« C'est la campagne silencieuse » : quand les vergers sont remplacés par des champs de maïs
Dans le Val-d'Oise, de nombreux vergers sont arrachés et remplacés par des cultures céréalières. Leur disparition entraîne une réduction de la diversité des habitats, pourtant essentiels à la faune.
En France, les vergers traditionnels, notamment ceux de pommiers, sont en forte diminution depuis plusieurs décennies. Selon l’article, cette tendance s’accélère depuis les années 2000, avec une perte estimée à 30 % des surfaces dédiées aux vergers entre 2000 et 2020. Cette disparition est principalement due à la conversion des terres en cultures plus rentables, comme le maïs, ou à l’urbanisation. Les vergers, souvent familiaux et de petite taille, sont remplacés par des monocultures intensives, ce qui réduit la diversité des paysages agricoles. Les vergers étaient auparavant des éléments emblématiques des campagnes françaises, offrant des paysages variés et une biodiversité riche, avec des arbres fruitiers souvent centenaires.
Le maïs est devenu l’une des cultures dominantes en France, notamment dans les régions comme la Nouvelle-Aquitaine ou l’Occitanie. Cette plante, originaire d’Amérique centrale, est aujourd’hui cultivée sur plus de 1,5 million d’hectares en France, ce qui en fait la deuxième culture la plus répandue après le blé. Le maïs est souvent associé à l’agriculture intensive, car il nécessite des intrants chimiques (pesticides, engrais) et de l’irrigation pour produire des rendements élevés. Son expansion est favorisée par la demande en biocarburants et en alimentation animale, notamment pour nourrir le bétail dans les élevages industriels. Cette monoculture remplace des écosystèmes diversifiés par des paysages uniformes et appauvris.
La disparition des vergers et leur remplacement par des champs de maïs ont des impacts écologiques majeurs. Les vergers abritaient une faune et une flore diversifiées, comme les insectes pollinisateurs (abeilles, papillons) ou les oiseaux nicheurs (comme les mésanges). En revanche, les monocultures de maïs, souvent traitées aux pesticides, réduisent la biodiversité et perturbent les écosystèmes locaux. Par exemple, l’usage massif de néonicotinoïdes, une classe d’insecticides interdits en France depuis 2018 pour les cultures attractives pour les abeilles, a contribué à l’effondrement des populations d’insectes. De plus, l’irrigation intensive des champs de maïs assèche les sols et les nappes phréatiques, comme c’est le cas dans la région de la Beauce.
Les politiques agricoles européennes et françaises jouent un rôle clé dans cette transformation des paysages. La Politique Agricole Commune (PAC) a longtemps encouragé les grandes cultures au détriment des petites exploitations et des vergers, en subventionnant les surfaces cultivées plutôt que la diversité ou la qualité environnementale. Par exemple, les aides directes de la PAC sont souvent versées en fonction de la taille des surfaces, ce qui avantage les monocultures comme le maïs. Depuis les années 2010, des mesures comme les écorégimes ou les zones non traitées ont été introduites pour limiter ces effets, mais leur application reste inégale. Les agriculteurs, souvent contraints par des logiques économiques, continuent de privilégier les cultures les plus rentables.
Les paysages ruraux français subissent une uniformisation visible avec la disparition des vergers au profit des champs de maïs. Les vergers, avec leurs arbres fruitiers alignés et leurs haies, offraient des paysages dynamiques et colorés selon les saisons. À l’inverse, les champs de maïs, souvent vastes et monotones, créent des paysages statiques et moins attractifs. Cette transformation affecte aussi l’attractivité touristique des régions, car les vergers étaient des éléments emblématiques du patrimoine rural. Par exemple, des régions comme la Provence ou le Sud-Ouest, connues pour leurs vergers de cerisiers ou de pruniers, voient leur identité paysagère s’effacer progressivement.
Face à cette tendance, des initiatives locales et des associations tentent de préserver les vergers traditionnels. Certaines exploitations se tournent vers des modèles agroécologiques, en replantant des variétés anciennes et en réduisant l’usage de pesticides. Des programmes comme le **Plan de relance des vergers** en France visent à soutenir financièrement les agriculteurs qui souhaitent reconvertir leurs terres en vergers diversifiés. Cependant, ces efforts restent marginaux face à la puissance des filières industrielles du maïs. Les consommateurs, de plus en plus sensibles à la qualité des produits et à l’impact environnemental, pourraient jouer un rôle en privilégiant les fruits locaux et de saison, mais cette demande reste insuffisante pour inverser la tendance actuelle.

