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Géopolitique

Combien de soldats russes combattent vraiment en Ukraine ?

Le Grand Continent · mis à jour il y a 7 h

La lecture méticuleuse du budget de la Russie permet d’y voir plus clair dans le brouillard de guerre du Kremlin. L’article Combien de soldats russes combattent vraiment en Ukraine ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Méthode de calcul

Pour estimer le nombre de soldats russes en Ukraine, Janis Kluge, chercheur allemand spécialiste de l’économie russe, a utilisé une méthode originale basée sur le budget fédéral russe. Depuis 2022, les soldats mobilisés reçoivent un complément mensuel de 158 000 roubles (environ 1 780 €), tandis que les contractuels (kontraktniki), des soldats engagés volontairement pour des missions rémunérées, perçoivent 15 000 roubles par mois (environ 170 €) depuis mars 2023. Ces deux primes sont versées par des lignes budgétaires distinctes et ne sont pas cumulables. En divisant le montant total dépensé par le montant de chaque prime, Kluge obtient le nombre de bénéficiaires, ce qui permet d’estimer les effectifs russes en Ukraine. Cette approche repose sur des données publiques et évite les déclarations officielles, souvent imprécises ou contradictoires.

Évolution des effectifs

Les effectifs russes en Ukraine ont connu une transformation majeure entre 2023 et 2025. En 2023, environ 525 000 soldats étaient déployés, dont près de 300 000 mobilisés et 230 000 contractuels. En 2024, les mobilisés sont passés à 245 000 en moyenne, tandis que les contractuels ont plus que doublé pour atteindre 420 000. En 2025, les mobilisés n’étaient plus que 170 000, tandis que les contractuels dépassaient les 555 000. Au total, les effectifs ont atteint près de 725 000 soldats en 2025. Cette évolution reflète une stratégie de l’armée russe visant à remplacer progressivement les mobilisés, souvent contraints, par des contractuels volontaires, mieux rémunérés et plus motivés.

Pressions sur les mobilisés

Les mobilisés, recrutés de force à partir de l’automne 2022, subissent des pressions pour signer des contrats de recrutement (kontrakt) et devenir des contractuels. Selon des médias indépendants comme Vyorstka et iStories, ces pressions incluent des menaces, des promesses financières ou des chantages. En 2025, les anciens mobilisés représentaient entre 10 % et 20 % des nouveaux contractuels dans certaines régions, comme l’oblast d’Irkoutsk, où 1 milliard de roubles ont été dépensés en primes d’engagement pour eux, contre 5 milliards pour les autres recrues. Cette conversion permet à l’armée russe de maintenir ses effectifs tout en évitant de nouvelles mobilisations massives, impopulaires dans la population.

Pertes massives estimées

En croisant les données de recrutement et les effectifs, Janis Kluge a estimé les pertes russes en Ukraine. Entre mi-2023 et mi-2024, environ 370 000 primes d’engagement ont été versées, mais l’effectif des contractuels n’a augmenté que de 190 000, ce qui suggère environ 180 000 pertes définitives (tués, blessés graves, déserteurs). Entre mi-2024 et mi-2025, sur 385 000 primes versées, l’effectif n’a progressé que de 135 000, indiquant 250 000 pertes. Rapporté aux effectifs, cela représente un taux d’attrition annuel de 43,3 % en 2023-2024 et de 45,3 % en 2024-2025. Si ces chiffres sont exacts, cela signifie que la Russie perd près de la moitié de ses troupes actives en Ukraine chaque année.

Paradoxe des déclarations

Le Kremlin et les responsables russes avancent des chiffres qui, pris ensemble, révèlent une situation critique. Alors que Vladimir Poutine annonce des effectifs stables, passant de 617 000 à « plus de 700 000 » soldats depuis fin 2023, Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité, déclare chaque année environ 400 000 nouveaux contractuels recrutés. Ces deux affirmations, combinées, impliquent des pertes massives, car un recrutement aussi élevé avec des effectifs stables ne peut s’expliquer que par un turnover extrême. Kluge souligne que cette contradiction est un indicateur des difficultés de l’armée russe à maintenir ses troupes sur le long terme.

Ce que ça pourrait changer

Les premières données de 2026 suggèrent un ralentissement des effectifs russes en Ukraine. Après correction des variations saisonnières, les dépenses du premier trimestre indiquent une baisse du nombre de mobilisés actifs, passant à environ 120 000, et une diminution des contractuels actifs à 525 000, soit 30 000 de moins qu’à mi-2025. Ce recul s’explique par un ralentissement du recrutement, avec seulement 800 contrats signés par jour en moyenne au premier semestre 2026, contre deux fois plus fin 2024. Cette tendance alimente les rumeurs d’une nouvelle mobilisation après les élections de septembre 2026, alors que les ressources humaines et financières de la Russie semblent s’épuiser.

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