Attention, les morsures du tigre à dents de sabre étaient bien plus dangereuses qu'on ne le pensait
Longtemps considérées comme fragiles, les canines démesurées du Smilodon pouvaient en réalité transpercer des os. C'est ce que révèle l'étude d'ossements vieux de plus de 13.000 ans.
Résumé
Le Smilodon, prédateur disparu
Le Smilodon, surnommé le « tigre à dents de sabre », est une espèce de félin disparue il y a environ 10 000 ans.
Ses canines extra-longues, pouvant dépasser 25 centimètres, étaient jusqu’à présent considérées comme fragiles.
Les chercheurs pensaient que ces dents, idéales pour transpercer la chair, risquaient de se briser au contact d’os durs.
Cette idée reposait sur l’hypothèse que le Smilodon devait éviter de mordre des parties osseuses de ses proies.
Pourtant, cette nouvelle étude remet en cause cette théorie en démontrant que ses canines étaient bien plus résistantes qu’on ne le croyait.
Le Smilodon vivait en Amérique du Sud, notamment en Argentine, il y a entre 22 200 et 13 300 ans, une période géologique appelée le Pléistocène.
Une découverte majeure en Argentine
Les travaux ont été menés sur des ossements de grands herbivores découverts à Salto de Piedra, un site archéologique situé à environ 350 kilomètres au sud de Buenos Aires, en Argentine.
Ce site, datant du Pléistocène, est l’un des rares en Argentine à bénéficier d’une datation solide.
Les chercheurs y avaient déjà identifié des restes de tatous géants, de paresseux de très grande taille et de félins à dents de sabre comme le Smilodon.
L’étude s’appuie sur l’analyse de traces de prédation laissées sur ces ossements, comparées aux dimensions des canines du Smilodon.
Les résultats montrent que les marques observées correspondent parfaitement à la forme et à la taille des crocs de ce prédateur.
Des crocs capables de briser l’os
Les scientifiques ont examiné les ossements à la recherche de perforations et de rainures causées par des morsures.
Ils ont mesuré la longueur, la largeur et la profondeur de ces traces, puis les ont comparées aux dimensions des canines du Smilodon.
Les résultats révèlent que, dans certains cas, l’os cortical – la partie la plus dure du squelette, représentant 80 % de sa structure – avait été brisé.
La marque conique laissée par les dents sur les ossements fossilisés correspondait exactement à la taille et à la forme des canines du Smilodon.
Cette découverte montre que ce félin était capable de percer l’os cortical sans endommager ses dents, ce qui suggère que ses crocs étaient mécaniquement bien plus robustes qu’on ne le pensait.
Les experts surpris par les résultats
Yolanda Fernandez Jalvo, géologue au Musée des sciences naturelles de Madrid, et son équipe ont été surpris par les résultats de l’étude.
Ils s’attendaient à trouver des traces de prédation, mais la correspondance entre les marques sur les os et les canines du Smilodon était si précise qu’elle a confirmé que ce félin était capable de mordre des os durs.
Federico Agnolín, chercheur au Musée argentin des sciences naturelles, avait toujours douté de la fragilité des canines du Smilodon.
Pour lui, il était peu probable qu’un prédateur aussi imposant possède des canines aussi longues sans pouvoir les utiliser pleinement pour chasser.
Une avancée pour la paléontologie
Cette étude apporte une nouvelle preuve que le Smilodon était un prédateur redoutable, capable de percer l’os cortical avec ses canines.
Les chercheurs estiment que cette découverte permettra aux paléontologues d’identifier plus facilement les traces de prédation dans le registre fossile.
En comprenant mieux comment le Smilodon interagissait avec ses proies, les scientifiques pourront reconstruire plus précisément son comportement de chasse.
Cette avancée s’ajoute aux connaissances sur la mégafaune du Pléistocène, une période marquée par la présence d’animaux de très grande taille, aujourd’hui disparus.
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