Rapport du World Inequality Lab : 50 ans après, le nouveau rapport Meadows ?
Le 4 juin dernier, le World Inequality Lab (WIL) a lancé le « Global Justice Project », un programme destiné à « stimuler la recherche, l’élaboration des politiques et l’engagement citoyen afin de façonner un 21ème siècle plus juste, plus démocratique et plus durable ». Pour l’heure, il prend la fo…
Résumé
Nouveau rapport majeur
Le 4 juin 2026, le World Inequality Lab (WIL), dirigé par des économistes comme Thomas Piketty et Lucas Chancel, a publié le Global Justice Project.
Ce rapport de près de 970 pages, fruit de 24 mois de travail et de la collaboration de 45 chercheurs internationaux, propose des pistes pour réduire les inégalités mondiales tout en limitant le réchauffement climatique.
Il s’inscrit dans la continuité de travaux antérieurs comme ceux de Piketty sur les inégalités (Insoutenables inégalités, 2021) ou de Chancel sur l’énergie (Énergie et inégalités, 2025).
Le rapport a été peu médiatisé en France, avec seulement quelques articles dans des journaux comme Le Monde ou Médiapart, et des interventions télévisuelles, malgré son ambition scientifique.
Objectif convergence
Le scénario phare du rapport, appelé Convergence Soutenable, vise à réduire les écarts de niveau de vie entre les pays tout en respectant les limites planétaires.
Il propose d’atteindre un PIB par habitant de 60 000 € par an d’ici 2100 pour tous les pays.
Actuellement, la moyenne mondiale est d’environ 16 000 €, avec de fortes disparités : la France est à 38 760 €, tandis que le Soudan est à 612 €.
Pour y parvenir, le rapport mise sur quatre leviers : une réduction du temps de travail de 2 100 à 1 000 heures annuelles, une baisse de la part des secteurs matériels (transports, énergie, etc.) dans l’économie de 53 % à 35 %, une extension des forêts de 4,1 à 4,8 milliards d’hectares, et une transition énergétique complète vers des sources renouvelables d’ici 2100.
Sobriété et efficacité
Le rapport distingue deux stratégies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre : la sobriété et l’efficacité.
La sobriété, responsable de 44 % de la baisse des émissions, inclut la réduction du temps de travail, la baisse des secteurs matériels et l’extension des forêts.
L’efficacité, qui couvre les 56 % restants, repose sur la transition énergétique (électrification, carburants bas-carbone).
Ensemble, ces mesures permettent de limiter le réchauffement à 1,8 °C, contre 4,8 à 4,9 °C dans un scénario de croissance classique.
Le rapport souligne que la sobriété est un pilier essentiel, mais n’est pas un scénario de décroissance pour la majorité des pays.
Décroissance ciblée
Le rapport explore aussi des scénarios de décroissance, où les pays riches réduiraient leur PIB par habitant pour libérer des ressources pour les pays pauvres.
Trois trajectoires sont simulées : légère (45 000 €), moyenne (30 000 €) et forte (15 000 €).
Ces scénarios permettraient de réduire les émissions de 51 %, 60 % et 72 % respectivement par rapport à la Convergence Soutenable.
Contrairement aux idées reçues, la décroissance ne concernerait qu’une minorité de pays riches : 42 % des 190 pays étudiés verraient leur PIB baisser, tandis que les 58 % restants pourraient continuer à croître.
Pour la France, cela signifierait une contraction de 30 % à 66 % de son PIB d’ici 2100 selon le scénario.
PIB augmenté
Le rapport introduit une nouvelle mesure de bien-être, le PIB augmenté, qui intègre le temps libre et la stabilité climatique.
En valorisant chaque heure de loisir au salaire horaire moyen, la réduction du temps de travail (de 2 000 à 1 000 heures) ne fait pas baisser ce PIB augmenté.
De plus, en limitant le réchauffement à 1,8 °C, la Convergence Soutenable génère un gain de bien-être de 45 % (effet santé) et de 31 % (effet productivité) par rapport à un scénario productiviste.
Le PIB augmenté atteint alors 227 000 €, soit le double des scénarios classiques.
Les scénarios de décroissance forte (15 000 €) atteindraient même 248 000 €, avant même de valoriser davantage le temps libre.
Réception critique
Le rapport a suscité des réactions contrastées.
En France, sa médiatisation a été limitée, avec quelques articles dans la presse et des interventions télévisuelles.
Les critiques, souvent superficielles, proviennent de milieux variés : chroniqueurs sans expertise (comme Ferghane Azihari dans Le Figaro), entrepreneurs (Eric Larchevêque dans Contrepoints), économistes (Olivier Klein dans Les Échos) ou journalistes libéraux (Rémi Godeau dans L’Opinion).
Ces critiques reprochent au rapport des propositions jugées utopiques ou dangereuses, comme le plafonnement des revenus ou la réduction du temps de travail, sans analyser en profondeur ses fondements scientifiques.
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