Au Liban, plus d’un habitant sur cinq jeté sur les routes
Le bilan s’alourdit, et avec lui l’ampleur du désastre. Au Liban, la guerre continue de s’étendre, laissant derrière elle des centaines de morts, des milliers de blessés et une population déplacée « à une vitesse fulgurante », a alerté mardi un haut responsable des Nations Unies..
Depuis fin février 2026, une escalade militaire régionale a débuté après des frappes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. En réponse, le Hezbollah, un mouvement armé chiite libanais allié à l’Iran, a tiré des roquettes vers Tel Aviv, déclenchant une riposte israélienne de plus en plus intense sur le sol libanais. Le Secrétaire général de l’ONU a appelé à une désescalade immédiate, soulignant que « la guerre au Moyen-Orient doit cesser » et que la diplomatie doit primer. Selon la coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, les espoirs d’éviter un conflit sur le territoire libanais ont été anéantis par l’attaque du Hezbollah le 2 mars 2026. Depuis, le conflit s’est ancré au Liban, avec un lourd bilan humain et civil.
En seulement deux semaines, plus de 2 200 incidents armés ont été recensés par les autorités libanaises. Le ministère de la Santé publique du Liban dénombre 886 morts et 2 140 blessés, dont 111 enfants. Ces chiffres illustrent l’intensité des violences, qui s’étendent désormais à des zones civiles, y compris Beyrouth. L’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) rapporte que 107 enfants ont été tués et 331 blessés depuis le début de l’escalade, avec une moyenne de 10 enfants tués par jour lors de la première semaine. Les explosions rythment le quotidien, même dans la capitale, et les infrastructures civiles, comme les écoles et les hôpitaux, subissent des dégâts croissants.
Plus d’un Libanais sur cinq a été contraint de quitter son domicile, soit 1 049 000 personnes enregistrées comme déplacées, selon le coordinateur humanitaire de l’ONU au Liban, Imran Riza. Ce chiffre ne reflète qu’une partie de la réalité, car de nombreuses personnes n’ont pas encore été enregistrées. Les déplacements se font dans l’urgence, souvent avec seulement les vêtements portés au moment de la fuite. Environ 130 000 déplacés sont hébergés dans 600 sites à travers le pays, dont des logements saturés où des familles vivent à 14 dans une seule pièce. Les enfants sont particulièrement touchés : des centaines de milliers ont fui sans rien emporter, certains marchant pendant des heures pour atteindre Beyrouth, où ils passent leurs premières nuits dehors, exposés au froid.
Les violences laissent des traces profondes chez les enfants libanais. Selon l’UNICEF, les enfants présentent des signes de traumatisme marqués, passant « du rire aux larmes en quelques instants ». Les explosions, entendues jour et nuit, y compris à Beyrouth, font partie de leur quotidien. Beaucoup souffrent de troubles psychologiques lourds, nécessitant un suivi médical et des opérations d’urgence. Certains témoignages révèlent l’ampleur de leur détresse : un enfant a demandé à porter un bracelet avec son nom « pour être identifié s’il est tué ». L’UNICEF souligne que cette guerre est la deuxième pour ces enfants, après celle de 2024, ce qui aggrave leurs blessures psychologiques. Les écoles, souvent fermées ou transformées en abris, ne peuvent plus offrir la structure et la normalité dont les enfants ont besoin.
L’armée israélienne intensifie ses frappes sur le Liban, ciblant le sud du pays, la banlieue sud de Beyrouth (bastion du Hezbollah) et la région de la Bekaa. Environ 1 500 km², soit 15 % du territoire libanais, sont désormais concernés par des ordres d’évacuation. Ces ordres, souvent émis sans avertissement préalable, créent une pression immense sur les communautés d’accueil. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) rappelle que le déplacement forcé de population est interdit par le droit international humanitaire. Les déplacés font face à des manquements graves : manque d’accès aux soins, à l’eau potable et à une alimentation suffisante, tandis que les infrastructures civiles continuent d’être détruites.
Le HCDH dénonce des discriminations envers les déplacés sur le marché locatif et une montée des discours haineux en ligne. L’agence onusienne s’inquiète également des déclarations de responsables israéliens évoquant la possibilité de « faire subir au Liban des destructions comparables à celles de Gaza ». Ces propos, jugés « totalement inacceptables », exacerbent la peur et l’angoisse de la population. Les besoins humanitaires sont immenses : accès aux soins, à l’eau potable, continuité des traitements pour les maladies chroniques, et protection des plus vulnérables. Le Programme alimentaire mondial (PAM) soutient les familles déplacées avec des repas chauds, tandis que l’UNICEF a déployé des cliniques mobiles pour éviter l’interruption des campagnes de vaccination.
L’éducation et le patrimoine culturel du Liban subissent de graves dommages. Selon l’**UNESCO**, plusieurs sites culturels ont été endommagés ou sont menacés en raison de leur proximité avec les combats. Au moins **65 écoles** ont été touchées, et des attaques contre des établissements scolaires et universitaires ont fait des victimes parmi les enseignants et les élèves. L’UNICEF souligne que l’école joue un rôle crucial pour les enfants, en leur offrant une structure et une normalité dans un contexte de chaos. Cependant, avec la fermeture de nombreuses écoles et leur transformation en abris, l’accès à l’éducation est fortement perturbé. Des dispositifs d’enseignement à distance ont été mis en place, mais leur portée reste limitée.

