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Droit

Enlèvements et tortures sur la route migratoire vers l'Arabie saoudite

ONU : Migrants et réfugiés · mis à jour 3 avr.

Un Éthiopien raconte comment il a été torturé par des trafiquants d’êtres humains alors qu’il partait à la recherche de son neveu sur une route migratoire désormais tristement célèbre, reliant la Corne de l’Afrique à l’Arabie saoudite en passant par le Yémen..

Une route mortelle

Chaque année, des dizaines de milliers de personnes, principalement des Éthiopiens, empruntent la route de l’Est pour tenter de rejoindre l’Arabie saoudite. Ce trajet, long et périlleux, traverse des régions arides comme l’Éthiopie et Djibouti, puis traverse le golfe d’Aden avant d’atteindre le Yémen. Ce dernier pays, en proie à une guerre civile depuis 2014, est considéré comme l’un des couloirs migratoires les plus dangereux au monde. Les migrants fuient souvent des situations de grande précarité : conflits armés, déplacements forcés, pauvreté extrême ou catastrophes naturelles comme les sécheresses. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), cette route est devenue de plus en plus violente ces dernières années, avec une hausse des enlèvements, des extorsions et des violences systématiques contre les migrants.

Enlèvements et rançons

Les trafiquants profitent du désespoir des migrants pour leur extorquer de l’argent. Beaucoup sont kidnappés en cours de route, notamment au Yémen, où des groupes criminels opèrent en toute impunité. Les ravisseurs exigent des rançons souvent impossibles à payer pour les familles, qui se retrouvent piégées dans un cycle de violence. Dans le cas de Jamal, un Éthiopien d’une trentaine d’années, son neveu de seize ans a été enlevé et une rançon a été demandée. Malgré le paiement, le garçon n’a jamais été libéré. Jamal a alors décidé de partir à sa recherche, motivé par l’absence d’autres enfants dans sa famille. Son récit illustre le drame de milliers de familles séparées par cette route migratoire, où les promesses de trafiquants se transforment en cauchemars.

Tortures et survie

Pour retrouver son neveu, Jamal s’est volontairement mis en danger en se rapprochant des trafiquants. Il a réussi à localiser le lieu où son neveu était retenu, mais avant de pouvoir organiser leur évasion, il a été capturé. Ses ravisseurs l’ont torturé de manière atroce : ils ont enveloppé ses pieds dans du plastique avant d’y mettre le feu à plusieurs reprises. Ces brûlures ont causé des séquelles permanentes, affectant sa mobilité et son sommeil. Jamal a également été contraint d’assister aux tortures infligées à d’autres captifs, comme des brûlures, des mutilations ou des coups. Son témoignage met en lumière la brutalité systématique subie par les migrants sur cette route, où la violence est une méthode de contrôle et de terreur.

Échappée et secours

La fuite de Jamal et de son neveu n’a été possible que grâce à des combats entre groupes de trafiquants rivaux, créant une opportunité pour s’échapper. Après des mois passés au Yémen, où il a survécu en lavant des voitures pour gagner un peu d’argent, Jamal a finalement atteint Djibouti. Là-bas, il a été orienté vers un centre de secours pour migrants géré par l’OIM à Obock. Ce centre lui a fourni des soins médicaux pour ses brûlures et un soutien psychosocial pour l’aider à surmonter son traumatisme. Pour la première fois depuis son calvaire, quelqu’un s’est intéressé à son bien-être et à son état émotionnel, une aide cruciale pour commencer à reconstruire sa vie.

Ce que ça pourrait changer

Aujourd’hui, Jamal se prépare à rentrer en Éthiopie, mais il hésite à raconter son histoire à sa mère. Il craint que la voir dans cet état ne la traumatise davantage, alors qu’elle l’a vu partir en bonne santé. Son récit révèle la honte et la peur qui accompagnent souvent les survivants de violences extrêmes, qui préfèrent parfois garder le silence pour protéger leurs proches. Malgré tout, Jamal garde espoir et cherche à se reconstruire, même si les séquelles physiques et psychologiques de son calvaire resteront à jamais gravées en lui. Son histoire est un témoignage poignant des dangers encourus par les migrants en quête d’une vie meilleure.

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