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Philosophie

Les Peuples Veulent : « Un internationalisme par le bas »

Ballast · mis à jour 7 sept.

Entretien avec trois membres du collectif internationaliste. L’article Les Peuples Veulent : « Un internationalisme par le bas » est apparu en premier sur BALLAST..

Origine du collectif

Les Peuples Veulent est un réseau internationaliste fondé en 2019, issu d’une initiative lancée par la Cantine Syrienne de Montreuil. Ce collectif rassemble des militant·es ayant participé à des révoltes populaires dans des pays comme la Syrie, le Liban, l’Iran, le Chili ou la France. Son objectif est de repenser la solidarité internationaliste en créant des liens entre des luttes locales et des exilé·es, afin de lutter contre l’isolement et de renforcer l’entraide. Le réseau s’est structuré autour de rencontres annuelles, initialement organisées par la Cantine Syrienne, avant de devenir un projet autonome et transnational. En 2025, il compte environ 150 membres répartis dans 27 pays et cinq continents, avec des pôles majeurs au Chili, au Levant (Syrie, Liban, Palestine) et dans les diasporas syrienne et soudanaise.

Méthode de travail

Le collectif fonctionne sur un modèle décentralisé, sans centre géographique unique. Bien que la France reste un pôle important en raison de son lien historique avec la Cantine Syrienne, les membres actifs résident dans divers pays. Leur méthode repose sur des rencontres annuelles, dont une partie se déroule en off (non publique), pour favoriser des échanges approfondis entre militant·es de différents territoires. Ces moments permettent de discuter de stratégies, de partager des analyses et de construire des actions communes, malgré les différences idéologiques ou géopolitiques. Par exemple, en 2025, un événement à Marseille a réuni des représentant·es du Soudan, de la Palestine, du Kurdistan, de la Syrie, de l’Ukraine et de l’Iran pour échanger sur les urgences du moment, comme les guerres en cours ou les résistances anti-coloniales.

Rédaction du manifeste

En 2025, le collectif a publié un manifeste intitulé Les Peuples Veulent : « Un internationalisme par le bas », fruit de six mois de travail collaboratif. Le texte a été rédigé par un groupe restreint de militant·es basé·es au Liban, en France, au Chili, en Écosse et en exil en Europe du Nord, avant d’être soumis à une centaine de personnes issues des précédentes rencontres pour validation. Le processus a duré quatre mois et a inclus des retours critiques de soixante personnes, représentant 30 à 40 géographies différentes. Le manifeste a ensuite été traduit en quatre langues (français, espagnol, anglais, arabe) et diffusé lors des rencontres à Marseille. Des traductions supplémentaires sont en cours dans d’autres langues comme l’ukrainien, le mandarin ou l’allemand, permettant une diffusion plus large. À ce jour, le texte a été imprimé en France et au Liban et a circulé en Syrie après la chute du régime.

Internationalisme par le bas

L’expression « internationalisme par le bas » désigne une approche qui rejette les modèles centralisés et dépendants des États ou des organisations politiques traditionnelles. Le collectif critique les échecs des internationalismes passés, jugés trop liés aux agendas géopolitiques des États ou des partis. Leur approche vise à construire une solidarité autonome, où les luttes locales et les exilé·es définissent ensemble leurs priorités et leurs méthodes, sans déléguer à des institutions ou des experts. Cette méthode repose sur la recherche commune de solutions adaptées à chaque contexte, tout en maintenant un dialogue malgré les désaccords. Par exemple, le collectif organise des rencontres entre des militant·es de territoires souvent opposés géopolitiquement, comme la Syrie et le Kurdistan, pour comprendre les tensions et trouver des points d’accord.

Défis et limites

Malgré ses ambitions, le réseau fait face à des défis majeurs. L’accès aux rencontres n’est pas égal pour tous·tes : en 2025, une dizaine de personnes n’ont pas pu participer en raison de refus de visas, notamment en provenance d’Afrique (Soudan, Mali, Burkina Faso) et d’Asie (Bangladesh, Palestine). De plus, les différences de définitions autour de termes comme « révolution », « exil » ou « urgence » ont rendu la rédaction du manifeste complexe, nécessitant des reformulations constantes pour inclure toutes les sensibilités. Enfin, le collectif reconnaît que son internationalisme reste limité par les contraintes matérielles et politiques, mais insiste sur la nécessité de persévérer pour créer des espaces de dialogue et d’action collective.

Ce que ça pourrait changer

À l’avenir, Les Peuples Veulent souhaite renforcer sa décentralisation en organisant des rencontres hors de France, notamment au Liban, bien que ce projet ait été annulé en 2025 en raison de la guerre. Le collectif vise également à élargir son réseau en traduisant son manifeste dans davantage de langues et en publiant le texte via des éditeurs en France, au Mexique, aux États-Unis et au Brésil pour toucher un public plus large. Leur ambition est de multiplier les connexions entre les luttes locales et les diasporas, tout en maintenant une approche autonome et solidaire. Leur objectif ultime est de créer un mouvement internationaliste qui ne dépende pas des structures étatiques ou des organisations traditionnelles, mais qui émerge directement des besoins et des initiatives des peuples.

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