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Géopolitique

Argentine : Milei veut la fin du prix unique du livre et provoque la colère du secteur

Courrier International · mis à jour il y a 3 h

Le gouvernement d’extrême droite de Javier Milei entend abroger la loi garantissant depuis 2001 le prix unique du livre, semblable à celle qui existe en France. Éditeurs, libraires et auteurs s’y opposent, rappelant que cela risquerait de mettre à mal le dense réseau de librairies du pays, ainsi que la diversité de sa production éditoriale..

Projet de loi controversé

Le gouvernement argentin dirigé par le président d’extrême droite Javier Milei prépare un projet de loi de plus de 300 articles visant à supprimer ou modifier des dizaines de normes en vigueur. Parmi ces mesures, l’une des plus contestées prévoit l’abrogation de la loi sur le prix unique du livre, en place depuis 2001. Cette proposition s’inscrit dans une politique plus large de dérégulation économique portée par Milei, qui souhaite réduire l’intervention de l’État dans divers secteurs. Le texte doit encore être soumis au Congrès argentin pour adoption, mais il suscite déjà une forte opposition, notamment de la part des acteurs du monde du livre.

Prix unique du livre

La loi argentine sur le prix unique du livre, adoptée en 2001, impose que chaque livre vendu dans le pays ait un prix fixe et minimal, déterminé par les maisons d’édition ou les importateurs. Ce système garantit que le même livre est vendu au même prix dans toutes les librairies, qu’elles soient indépendantes ou faisant partie d’une chaîne. Ce mécanisme vise à protéger la diversité éditoriale, les petits libraires et les droits d’auteur. Un système similaire existe en France, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Italie, au Japon et au Mexique. En Argentine, cette loi a été soutenue par l’ensemble du secteur du livre, des éditeurs aux auteurs en passant par les libraires.

Réactions du secteur

La suppression du prix unique du livre suscite une vive opposition de la part des professionnels du secteur. Juan Manuel Pampin, président de la Chambre argentine du livre (CAL), souligne que cette loi est considérée comme juste par tous les acteurs, des petits libraires aux grandes chaînes, en passant par les éditeurs et les auteurs. Selon lui, elle permet de préserver un réseau dense de librairies en Argentine, où Buenos Aires est l’une des villes au monde comptant le plus grand nombre de librairies, comme en témoigne l’exemple de la librairie El Ateneo Grand Splendid, installée dans un ancien théâtre. Les opposants craignent que la fin de ce système ne fragilise la diversité de la production éditoriale et ne favorise les grandes enseignes au détriment des petits acteurs.

Conséquences attendues

Si le projet de loi est adopté, chaque point de vente pourra fixer librement ses prix et appliquer les réductions qu’il souhaite, sans les restrictions actuelles. Les opposants à cette mesure estiment qu’elle risque de « casser quelque chose qui fonctionne », en mettant en péril l’équilibre économique du secteur. Ils craignent une concentration du marché au profit des grandes librairies et des plateformes en ligne, qui pourraient proposer des prix très bas, rendant difficile la survie des petits libraires. Cette dérégulation pourrait également affecter les droits d’auteur, dont les revenus dépendent en partie des marges réalisées sur les ventes de livres.

Ce que ça pourrait changer

Javier Milei, président argentin depuis 2023, est connu pour ses positions libérales et son engagement en faveur d’une réduction drastique de l’intervention de l’État dans l’économie. Son gouvernement a déjà mis en place plusieurs réformes visant à libéraliser divers secteurs, comme l’énergie ou les transports. La suppression du prix unique du livre s’inscrit dans cette logique de dérégulation, mais elle est perçue par ses détracteurs comme une attaque contre la culture et un risque pour la cohésion sociale. Le Congrès argentin, où Milei ne dispose pas d’une majorité absolue, devra se prononcer sur ce projet de loi, qui pourrait être amendé avant adoption.

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