Les salles de classe indonésiennes se vident de leurs élèves
À la rentrée de juillet, des centaines d’écoles primaires publiques ont ouvert leurs portes sur des salles vides. Pour la presse indonésienne, la chute du nombre d’enfants par femme n’explique pas tout, et la qualité de l’enseignement public serait également en cause..
En Indonésie, certaines salles de classe de première année d’école primaire sont restées totalement désertes à la rentrée scolaire 2023 dans des provinces comme Java-Centre et Java-Est. Des villes comme Ponorogo, Blitar, Tulungagung ou Karanganyar n’ont enregistré aucun nouvel élève inscrit. Ce phénomène pousse les autorités locales à envisager des fusions d’établissements pour éviter la fermeture pure et simple. Une mère de famille de Surakarta, à Java-Centre, décrit une situation où les classes ressemblent désormais à des cours particuliers, faute d’effectifs suffisants. La situation est similaire à Kalimantan, une grande île du centre de l’archipel, où des fermetures d’écoles primaires publiques sont envisagées en raison du manque d’élèves. Ces constats illustrent un déséquilibre entre l’offre scolaire et la demande réelle.
La chute de la fécondité en Indonésie explique en partie la désertion des salles de classe. Entre 1971 et 2025, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 5,61 à 2,13. Cette baisse réduit mécaniquement le nombre d’élèves potentiels dans les écoles. Pourtant, malgré cette diminution, le réseau scolaire indonésien n’a cessé de s’étendre : plus de 10 000 nouvelles écoles primaires ont été ouvertes dans l’archipel au cours des vingt dernières années. Cette expansion reflète une période où la démographie était plus favorable, mais elle ne correspond plus à la réalité actuelle. Selon le Jakarta Post, l’Indonésie continue de maintenir un réseau scolaire conçu pour une structure démographique qui n’existe plus, créant ainsi une inadéquation entre l’offre et la demande.
La perception de la qualité de l’enseignement public en Indonésie s’est fortement dégradée, contribuant à la désertion des écoles. Peu d’enseignants maîtrisent suffisamment les mathématiques pour en enseigner les applications concrètes, et les évaluations scolaires sont souvent perçues comme des formalités administratives sans réel impact pédagogique. Ces lacunes se reflètent dans les résultats internationaux : lors du classement Pisa 2022 (une étude de l’OCDE mesurant les compétences des élèves de 15 ans dans 81 pays), l’Indonésie s’est classée à la 70e place en mathématiques. Ce classement met en lumière les défis structurels du système éducatif indonésien, notamment en matière de formation des enseignants et d’efficacité des méthodes pédagogiques.
Un autre problème majeur est le fossé numérique entre les enseignants des zones urbaines et ceux des zones rurales ou frontalières. Les enseignants des villes bénéficient généralement d’un meilleur accès à la formation et aux ressources pédagogiques, tandis que leurs homologues des campagnes ou des régions éloignées manquent souvent de moyens et de soutien. Ce déséquilibre aggrave les inégalités dans la qualité de l’enseignement et pousse les familles les plus aisées à se tourner vers le secteur privé. Selon le Jakarta Post, cette tendance est un signe d’alerte pour le gouvernement, qui doit repenser son approche pour éviter un déclin irréversible de l’enseignement public.
Face à cette situation, la présidente de la Chambre des représentants indonésienne, Puan Maharani, a proposé une révision de la *carte scolaire*, c’est-à-dire une réorganisation géographique des établissements pour mieux adapter l’offre à la demande. Cependant, cette solution est critiquée par certains médias comme le *Jakarta Post*, qui y voit un risque d’enfermer les familles dans des secteurs où les écoles sont peu performantes. Sans une réorganisation plus intelligente, fondée sur des données précises et adaptée aux réalités locales, l’enseignement primaire public pourrait continuer son déclin. Les salles de classe vides pourraient alors devenir un symbole d’un système éducatif en difficulté, laissant derrière elles des établissements abandonnés.

