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Droit

Au Darfour, la mécanique de l’horreur est à nouveau en marche

ONU : Droit et prévention du crime · mis à jour 19 janv.

L’affaire des crimes de masses commis au Darfour remonte à il y a plus de 20 ans. Pourtant, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale en charge du dossier ne parle pas d’une tragédie lointaine.

Guerre au Darfour

Le Darfour, une région de l'ouest du Soudan, est plongé dans une guerre civile depuis près de trois ans, opposant principalement les Forces de soutien rapide (RSF), un groupe paramilitaire, aux forces gouvernementales. En automne 2025, les RSF ont pris le contrôle d'El-Fasher, dernier bastion gouvernemental au Darfour du Nord, après plus de 500 jours de siège. Cette victoire a marqué un tournant dans le conflit, avec une escalade de violences contre les populations civiles, notamment les communautés non arabes comme les Fur, Masalit et Zaghawa. La Cour pénale internationale (CPI) qualifie ces actes de torture collective et de campagne organisée de souffrances extrêmes, incluant viols, détentions arbitraires, exécutions et fosses communes. Les crimes sont documentés par des vidéos, images satellites et témoignages, confirmant des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

Héritage des janjawid

Les Forces de soutien rapide (RSF) sont les héritières directes des milices janjawid, actives au début des années 2000. Ces milices, soutenues par le gouvernement soudanais, avaient mené une campagne de terreur contre les communautés non arabes du Darfour, provoquant une crise humanitaire majeure. En 2005, le Conseil de sécurité de l'ONU avait renvoyé la situation au Darfour devant la CPI, aboutissant à des enquêtes sur ces crimes. Aujourd'hui, la CPI observe une continuité glaçante dans les méthodes utilisées par les RSF, reproduisant des schémas d'atrocités similaires à ceux des janjawid, comme à Al-Geneina en 2023 ou à El-Fasher en 2025. Cette répétition des violences illustre un sentiment d'impunité persistant, alimentant le cycle de la violence.

Violences ciblées

Les violences au Darfour ciblent spécifiquement les communautés non arabes, avec des méthodes systématiques et organisées. Les crimes incluent des détentions arbitraires, des mauvais traitements, des exécutions sommaires et des profanations de corps. Le viol est utilisé comme arme de guerre, une pratique documentée par la CPI et le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk. Les survivants rapportent des témoignages de violences sexuelles généralisées et systématiques, souvent filmées et célébrées par leurs auteurs. Ces crimes laissent des séquelles irréversibles, notamment chez les enfants victimes de bombardements ou de violences. La CPI souligne les obstacles culturels et sociaux majeurs pour documenter ces crimes, mais en fait une priorité absolue.

Témoignages glaçants

Les enquêteurs de la CPI et le Haut-Commissaire aux droits de l'homme ont recueilli des témoignages de survivants du Darfour, révélant l'ampleur des traumatismes subis. Une femme a vu son mari et son fils unique tués, tandis qu'une autre, blessée par balle en protégeant son enfant, reste alitée. Des jeunes femmes ont été attaquées lors de leur fuite d'El-Fasher, et des enfants portent déjà des séquelles permanentes des bombardements. Volker Türk, après une mission de cinq jours sur le terrain, décrit un pays plongé dans un abîme aux dimensions inimaginables, où une chronique de cruauté se déroule sous nos yeux. Ces récits illustrent la brutalité indicible du conflit et la résilience des survivants.

Condamnation historique

En octobre 2025, la CPI a rendu une condamnation historique en reconnaissant Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, alias Ali Kushayb, coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis au Darfour en 2003 et 2004. Ancien chef des janjawid, il a été condamné à 20 ans de prison. Cette condamnation représente plusieurs premières : le premier renvoi du Conseil de sécurité devant la CPI, le premier verdict dans le dossier du Darfour, et la première condamnation pour persécution fondée sur le genre. Pour la CPI, ce verdict doit servir de catalyseur pour une responsabilité plus large, mais la procureure adjointe Nazhat Shameem Khan souligne que cela reste insuffisant face aux souffrances actuelles. Les victimes y voient cependant un résultat important et porteur de sens.

Ce que ça pourrait changer

La CPI et le Haut-Commissaire aux droits de l'homme appellent à une coopération accrue pour mettre fin aux violences au Darfour. Ils réclament le partage d'images satellites, l'accès aux témoins réfugiés, la protection des survivants et l'arrestation des suspects encore en fuite, dont l'ancien président soudanais Omar el-Béchir, visé par un mandat d'arrêt de la CPI depuis 2009. Nazhat Shameem Khan insiste sur l'urgence d'agir, déclarant : *« Nous n'avons pas de temps à perdre »*. Elle dénonce également les tentatives d'entraver le travail de la justice internationale, notamment des sanctions américaines visant des membres de la CPI en raison de leurs enquêtes sur d'autres conflits. Un survivant darfouri a résumé cette urgence en affirmant que *« la justice est une demande humaine fondamentale »*, sans laquelle règnent le chaos et la terreur.

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