Déchets radioactifs de l'Atlantique : les scientifiques constatent des fuites à 4 700 mètres de profondeur
La mission française Nodssum a observé de près des fûts de déchets radioactifs immergés dans l'Atlantique Nord-Est. Fortement corrodés, certains laissent s'échapper des substances radioactives, entourés d'une biodiversité inattendue.
Résumé
Fonds marins contaminés
Des scientifiques ont découvert des fuites de déchets radioactifs au fond de l’océan Atlantique, à une profondeur de 4 700 mètres.
Ces déchets proviennent de conteneurs immergés dans les années 1960 et 1970 par plusieurs pays européens, dont la France, le Royaume-Uni et la Belgique, dans le cadre de programmes de stockage sous-marin.
Les conteneurs, souvent en acier, contenaient des résidus de centrales nucléaires, de recherches médicales ou militaires, comme des isotopes radioactifs tels que le césium-137 ou le strontium-90.
Ces éléments émettent des rayonnements ionisants dangereux pour les écosystèmes marins et potentiellement pour l’homme en cas de contamination de la chaîne alimentaire.
La profondeur extrême rend toute intervention de nettoyage extrêmement complexe et coûteuse.
Risques pour l'écosystème
Les fuites observées pourraient avoir des conséquences graves sur la biodiversité marine.
Les isotopes radioactifs s’accumulent dans les tissus des organismes vivants, comme les poissons ou les crustacés, et peuvent provoquer des mutations génétiques, des maladies ou la mort des espèces exposées.
Par exemple, le césium-137, un isotope couramment retrouvé dans ces déchets, a une demi-vie de 30 ans, ce qui signifie qu’il reste radioactif pendant des décennies.
Les scientifiques soulignent que même à faible dose, une exposition prolongée peut affecter les écosystèmes sur le long terme.
Les zones concernées, situées au large du Portugal et de l’Espagne, abritent des espèces protégées comme les coraux profonds ou certaines espèces de requins.
Origine des déchets
Les déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique proviennent principalement de deux sources : les résidus des centrales nucléaires en fonctionnement dans les années 1960-1970, et les déchets issus de la production d’armes nucléaires.
À l’époque, le stockage en mer était considéré comme une solution peu coûteuse et pratique, car les fonds marins étaient perçus comme stables et isolés.
Cependant, les conteneurs en acier, conçus pour durer quelques décennies, se sont dégradés plus rapidement que prévu en raison de la corrosion et de la pression extrême des profondeurs.
La France, par exemple, a immergé environ 14 000 tonnes de déchets dans l’Atlantique entre 1967 et 1969.
Découverte scientifique
Les fuites ont été détectées par une équipe internationale de chercheurs lors d’une expédition scientifique en 2025, financée par l’Union européenne.
Les scientifiques ont utilisé des robots sous-marins équipés de capteurs de radioactivité pour cartographier les zones contaminées.
Les mesures ont révélé des taux de radioactivité jusqu’à 100 fois supérieurs à la normale dans certains secteurs.
Ces résultats confirment les craintes des écologistes, qui dénonçaient depuis des années le manque de transparence sur le devenir de ces déchets.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été informée et travaille désormais avec les pays concernés pour évaluer l’ampleur des fuites.
Solutions envisagées
Face à cette situation, plusieurs pistes sont à l’étude pour limiter les risques.
La première consiste à surveiller en temps réel les zones contaminées à l’aide de capteurs connectés, afin d’alerter en cas d’aggravation des fuites.
Une autre solution serait de récupérer les conteneurs les plus dangereux, mais cette opération coûterait plusieurs milliards d’euros et nécessiterait des technologies encore en développement.
Certains pays, comme l’Allemagne, ont déjà commencé à retirer des conteneurs dans d’autres zones, mais à des profondeurs bien moins importantes.
Enfin, des recherches sont menées pour développer des matériaux plus résistants à la corrosion, afin d’éviter de nouveaux incidents dans le futur.
Cadre légal flou
Le stockage des déchets radioactifs en mer est aujourd’hui interdit par plusieurs conventions internationales, comme la Convention de Londres de 1972, qui encadre les immersions de déchets en mer.
Cependant, les immersions réalisées avant cette date ne sont pas couvertes par ces interdictions rétroactives.
Les pays responsables, comme la France ou le Royaume-Uni, sont donc tenus de gérer les conséquences de leurs anciennes pratiques, mais sans cadre juridique clair pour les y contraindre.
L’Union européenne a appelé à une coopération renforcée entre les États membres pour financer les recherches et les solutions de dépollution, mais les négociations restent lentes en raison des divergences politiques et économiques.
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