Most EU citizens support economic growth even though climate experts question its role
Debates about the necessity and desirability of economic growth are shifting. Among researchers working on sustainability and climate policy, there is growing scepticism about whether continued economic growth is necessary to achieve the social and environmental goals of a sustainable society.
Une étude récente menée auprès de près de 17 000 citoyens dans 13 pays de l'Union européenne révèle que 60 % des Européens estiment que la croissance économique est nécessaire pour atteindre des objectifs sociaux et environnementaux. Seuls 10 % des répondants adoptent une position clairement sceptique face à cette croissance. Pour la majorité des citoyens, la croissance n'est pas perçue comme une fin en soi, mais comme un moyen de financer la protection de l'environnement ou d'améliorer la qualité de vie. Cette vision contraste fortement avec les débats académiques, où une majorité d'experts en politiques climatiques remettent en question le rôle de la croissance dans la durabilité. Par exemple, une enquête précédente auprès de près de 800 chercheurs avait montré que seulement 14 % d'entre eux soutenaient activement la croissance économique comme objectif central.
Les chercheurs spécialisés dans le climat et la durabilité en Europe expriment de plus en plus de doutes sur l'idée que la croissance économique soit compatible avec les limites environnementales. Certains suggèrent même d'abandonner la croissance comme objectif politique principal, car elle pourrait nuire à la préservation des écosystèmes. Pourtant, cette remise en question reste marginale parmi les citoyens européens. Contrairement aux experts, les Européens ne perçoivent pas de conflit fondamental entre croissance économique et protection de l'environnement. Les personnes favorables à la croissance ne sont pas moins préoccupées par le changement climatique ni moins enclines à soutenir des politiques climatiques. Cette divergence d'opinions souligne une différence de perspective : pour les experts, la croissance est souvent vue comme un obstacle à la durabilité, tandis que pour le public, elle est un outil pour atteindre des objectifs sociétaux plus larges.
L'idée que le soutien à la croissance économique soit uniquement motivé par l'intérêt personnel est remise en cause par les données de l'étude. En effet, les attitudes pro-croissance sont associées non seulement à des valeurs liées au succès matériel et à la prospérité individuelle, mais aussi à des valeurs d'égalité, d'équité sociale et de bien-être collectif. Cela suggère que de nombreux citoyens voient la croissance comme un moyen de renforcer la société dans son ensemble, plutôt que comme une simple opportunité d'enrichissement individuel. Cette nuance est importante, car elle montre que le débat dépasse la simple opposition entre égoïsme et altruisme, et inclut des dimensions collectives et morales.
Le soutien à la croissance économique n'est pas uniforme dans toute l'Europe. Les chercheurs ont créé un indice de soutien à la croissance allant de -1 (scepticisme marqué) à +1 (soutien fort), et ont observé que cet indice est généralement plus faible dans les pays les plus riches et les plus égalitaires, où les besoins de base sont déjà largement satisfaits. Par exemple, dans ces pays, les citoyens peuvent moins dépendre de la croissance pour assurer leur bien-être. Les différences entre pays se manifestent également dans les préférences en matière de politiques climatiques : les personnes sceptiques face à la croissance privilégient des mesures réglementaires strictes, comme des interdictions d'activités à fortes émissions, tandis que les partisans de la croissance favorisent plutôt des politiques basées sur des investissements publics et des subventions. Ces variations géographiques reflètent des contextes socio-économiques distincts.
Les écarts entre les débats académiques et les opinions publiques posent un défi majeur pour les décideurs politiques en Europe. Les politiques climatiques doivent être suffisamment ambitieuses pour répondre aux risques environnementaux, mais elles doivent aussi s'aligner sur la manière dont les citoyens perçoivent le progrès économique et social. Si une politique est perçue comme une menace pour la stabilité économique ou les services publics, elle risque de manquer de soutien, même parmi les populations concernées par le changement climatique. Par exemple, les mesures qui semblent remettre en cause la croissance pourraient être mal accueillies, même si elles sont scientifiquement justifiées. Pour que les idées sceptiques sur la croissance gagnent en influence, elles devront être mieux connectées aux préoccupations des citoyens en matière d'emploi, de sécurité et de bien-être. À l'inverse, si la croissance reste un pilier des discours politiques, il faudra démontrer de manière plus convaincante comment elle peut être compatible avec les objectifs environnementaux.

