Depuis les années 1950, il se passe quelque chose d’étrange dans l’Atlantique Nord. Un phénomène qui pourrait aggraver le dérèglement climatique

Pendant que le reste du globe surchauffe, une zone en plein océan Atlantique ne suit pas la même courbe : elle se refroidit. Les climatologues l'ont pourtant repérée il y a près de 70 ans, mais ne lui avaient jamais trouvé d'explication viable. Grâce à une équipe de chercheurs allemands, nous savon…
Résumé
Anomalie froide en Atlantique
Depuis les années 1950, une zone de l’océan Atlantique Nord, située au sud du Groenland et de l’Islande, se refroidit alors que le reste des océans se réchauffe.
Cette anomalie, surnommée blob froid ou North Atlantic Warming Hole (trou de réchauffement nord-atlantique), intrigue les scientifiques depuis près de 70 ans.
Contrairement à la tendance mondiale, cette région enregistre une baisse des températures, même en profondeur jusqu’à 1 000 mètres.
Les relevés océanographiques de l’après-guerre ont permis de la détecter pour la première fois.
Les chercheurs ont longtemps cherché à expliquer ce phénomène, écartant d’abord l’hypothèse d’une perte accrue de chaleur en surface pour privilégier celle d’un affaiblissement des courants marins apportant des eaux chaudes depuis les tropiques.
Courant AMOC en déclin
L’étude publiée en mai 2026 dans la revue Geophysical Research Letters par Stefan Rahmstorf et son équipe de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique confirme que le blob froid est directement lié au ralentissement de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation, ou circulation méridienne de retournement atlantique).
L’AMOC fonctionne comme un gigantesque tapis roulant océanique : il transporte les eaux chaudes et salées des tropiques vers le nord, où elles se refroidissent, s’alourdissent et plongent vers les abysses avant de repartir vers le sud en profondeur.
Ce mécanisme régule le climat de l’Europe en lui apportant des températures plus douces que sa latitude ne le permettrait normalement.
Cependant, l’étude montre que ce courant s’affaiblit, réduisant l’apport d’eaux tropicales vers le nord et provoquant le refroidissement de la région du blob froid.
Conséquences climatiques
Les auteurs de l’étude soulignent que ce ralentissement de l’AMOC et l’apparition du blob froid annoncent des changements climatiques majeurs pour l’Europe.
Lorsque l’AMOC sera au ralenti complet, le continent subira des hivers plus rigoureux, des tempêtes plus violentes et des écarts de température extrêmes entre les saisons.
Les étés, eux, resteront caniculaires, transformant progressivement l’Europe en un climat continental, marqué par des hivers glaciaux et des étés suffocants.
Ce basculement climatique, déjà en cours, pourrait rendre caduque la douceur tempérée que connaît actuellement l’Europe.
Les décideurs politiques sont appelés à accorder une attention urgente à ce phénomène, considéré comme un point de non-retour pour le climat de la région.
Preuves scientifiques
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé des données satellitaires, des réanalyses atmosphériques et des mesures de température océanique remontant à 1955.
Leurs observations révèlent que le refroidissement du blob froid s’étend bien au-delà de la surface, jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, là où circulent les eaux chaudes transportées par l’AMOC.
Cette profondeur confirme que le phénomène est lié à un affaiblissement du courant plutôt qu’à une perte de chaleur en surface.
L’étude établit ainsi un lien causal direct entre le blob froid et le déclin de l’AMOC, apportant une réponse aux hypothèses formulées depuis des décennies sur l’origine de cette anomalie thermique.
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