NapseflowNapseflow
Article externe

Secteur des énergies renouvelables en Alberta, touché mais pas coulé?

ICI Radio-Canada· 28 juillet 2026
 Secteur des énergies renouvelables en Alberta, touché mais pas coulé?

Trois ans après le moratoire, les investissements restent solides, selon la province.

Résumé

1

Chute des investissements

Entre 2023 et 2025, les nouveaux contrats commerciaux d’achat direct d’énergie éolienne et solaire en Alberta ont chuté de 99 %, passant d’un rythme soutenu à presque zéro.

Cette baisse spectaculaire est soulignée par le Business Renewables Centre (BRC), un organisme à but non lucratif lié à l’Institut Pembina.

Le BRC attribue cette situation à une série de décisions gouvernementales qui ont freiné le secteur, autrefois dynamique en Alberta.

Par exemple, le gouvernement provincial a mis en place un moratoire en 2023, suspendant temporairement certains projets, et a adopté d’autres mesures comme l’interdiction des projets éoliens et solaires dans une zone de 70 000 kilomètres carrés autour des Rocheuses.

Ces choix ont créé un climat d’incertitude pour les investisseurs, qui hésitent désormais à s’engager sur le long terme sans visibilité sur les règles futures.

2

Obstacles réglementaires

Plusieurs nouvelles règles ont complexifié le développement des énergies renouvelables en Alberta.

Parmi elles, l’obligation pour les projets de payer les coûts des nouvelles lignes de transport d’électricité, une politique qui alourdit financièrement les investissements.

Une autre mesure exige que les projets subissent des évaluations d’impact visuel pour étudier leur intégration dans le paysage, un processus long et coûteux.

De plus, les développeurs doivent verser un dépôt de garantie équivalent à 30 % du coût total du projet avant même son lancement, une somme souvent inaccessible pour les petites entreprises.

Ces politiques, combinées à des zones de restrictions pour le solaire et l’éolien mises en place en 2024, ont ralenti voire bloqué de nombreux projets.

David Vonesch, PDG de SkyFire Energy, une entreprise solaire, estime que ces changements ont créé « des obstacles importants et une grande incertitude sur le marché ».

3

Incertitude politique

Le gouvernement de l’Alberta, dirigé par Danielle Smith, est pointé du doigt pour avoir modifié à plusieurs reprises ses orientations concernant les énergies renouvelables, sans consulter suffisamment les acteurs du secteur.

Jorden Dye, directeur du BRC Canada, explique que cette instabilité a plongé les investisseurs dans l’incertitude : « Aucune grande entreprise ne va signer un contrat de 15 ans alors que les règles qui régiront ce contrat ne sont pas connues.

» Les entreprises, comme SkyFire Energy, accusent même le gouvernement d’avoir « sciemment sabordé » le secteur, en multipliant les freins administratifs et financiers.

Cette situation a poussé certains à quitter le marché ou à réduire leurs ambitions.

Pourtant, le gouvernement affirme avoir tracé une voie « claire et responsable » pour favoriser les investissements, bien que les chiffres du BRC contredisent cette affirmation.

4

Réponse du gouvernement

Le gouvernement de l’Alberta rejette les critiques du BRC et du secteur privé.

Dans une déclaration officielle, un porte-parole du ministre de l’Abordabilité et des Services publics affirme que la province a adopté une approche « responsable » pour les énergies renouvelables, garantissant un climat d’investissement solide.

Pour appuyer ses dires, il cite une production d’énergie renouvelable de 2 848 mégawatts en juin 2025, en hausse de 21,7 % par rapport à juin 2024.

Le gouvernement souligne aussi que le développement des nouvelles énergies renouvelables en Alberta représente « plus de 85 % de la croissance canadienne ».

Cependant, ces chiffres ne reflètent pas la baisse drastique des nouveaux contrats commerciaux, qui restent le principal indicateur de la santé du secteur.

Le gouvernement mise sur des projets comme les pipelines et les centres de données pour relancer l’économie, au détriment des énergies renouvelables selon ses détracteurs.

5

Rôle clé de l’Alberta

Malgré les difficultés, l’Alberta reste un marché essentiel pour les énergies renouvelables au Canada.

Jorden Dye, du BRC, reconnaît que la province « demeurera un marché essentiel, quelles que soient les conséquences des politiques ».

Cependant, il précise que le rythme et l’ampleur de la croissance future dépendront des choix politiques à venir.

Le BRC travaille actuellement avec les investisseurs pour rétablir la confiance dans le marché albertain, en cherchant à clarifier les règles et à réduire les incertitudes.

L’enjeu est de taille : si l’Alberta ne parvient pas à rassurer les acteurs économiques, elle risque de perdre son avance historique dans ce secteur, au profit d’autres provinces canadiennes comme l’Ontario ou le Québec, où les conditions sont perçues comme plus stables.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Découvre plus de contenu sur Napseflow