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Les Vikings étaient bien plus que des pillards barbus : pourquoi les musées scandinaves entretiennent encore cette image ?

<name>Julia Håkansson, Postdoctoral fellow in Museology, Lund University</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/julia-hakansson-2668895"/>· 10 juillet 2026

Guerrier barbu, navigateur intrépide, conquérant : cette image du Viking domine encore les musées nationaux scandinaves... (« Vikings Heading for Land », tableau de Frank Bernard Dicksee, 1873) Wikimedia Des salles d’exposition de Copenhague à Oslo, les Vikings occupent une place centrale dans le r…

Résumé

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Vikings omniprésents en musées

Les musées scandinaves, comme le Musée national du Danemark à Copenhague, le Musée historique suédois à Stockholm ou le futur Musée de l’âge viking d’Oslo (prévu pour 2027), accordent une place centrale aux Vikings dans leurs expositions permanentes ou temporaires.

Cette omniprésence répond à une demande du public, mais aussi à une volonté de façonner les représentations de l’identité nationale.

Les musées utilisent l’histoire viking pour mettre en avant des valeurs et des besoins contemporains, comme la construction d’une identité collective.

Par exemple, le Musée national du Danemark propose une exposition intitulée « notre exposition sur les Vikings, où nous explorerons un monde vieux de plus de mille ans, façonné par une culture guerrière et par les dieux Odin, Thor et Freyja », reflétant cette approche symbolique plutôt que strictement historique.

2

Mythe du guerrier barbu

L’image des Vikings comme des guerriers barbus et violents, popularisée par les films et les légendes, domine encore les représentations muséales, malgré les connaissances archéologiques et historiques.

Les conservateurs savent que les Vikings formaient un groupe diversifié, incluant des agriculteurs, des marchands, des artisans et des femmes influentes, mais la scénographie privilégie souvent l’aspect spectaculaire, comme les épées, les navires ou les objets liés aux batailles.

Par exemple, l’exposition suédoise mentionne que seuls quelques Vikings se considéraient comme des guerriers, mais les pièces maîtresses restent celles liées à la guerre ou aux voyages.

Cette tension entre réalité historique et attentes du public crée un décalage entre ce que les musées savent et ce qu’ils présentent.

3

Rôle des femmes sous-estimé

Les musées scandinaves tentent d’intégrer davantage les femmes dans leur récit sur les Vikings, mais leur représentation reste limitée et souvent stéréotypée.

Les femmes sont fréquemment présentées comme des shieldmaidens (guerrières) ou des nobles, reléguant les femmes ordinaires à l’arrière-plan.

Par exemple, l’exposition danoise souligne que « les femmes jouaient un rôle actif dans la gestion de la ferme et voyageaient également beaucoup », mais les descriptions se concentrent souvent sur leur apparence vestimentaire ou leur rôle au foyer.

Les bijoux et objets trouvés dans les tombes de femmes riches sont mis en avant, tandis que la vie quotidienne des femmes vikings ordinaires est moins détaillée, reflétant une vision encore partielle de leur place dans la société.

4

Construction des identités nationales

L’époque viking est présentée dans les musées comme un moment clé dans la formation des nations scandinaves, marquant le passage de sociétés païennes décentralisées à des royaumes chrétiens unifiés.

Par exemple, au Danemark, l’histoire viking est liée à la légende de Harald à la Dent bleue, un roi qui se serait converti au christianisme vers 960 après un miracle.

Cette vision, bien que contestée par certains chercheurs, structure encore les récits muséaux.

Elle reflète une volonté de créer un récit national cohérent, même si cette interprétation historique est simplifiée ou partiale.

Les musées scandinaves utilisent ainsi l’histoire viking pour répondre à des enjeux contemporains, comme la définition d’une identité nationale ou la lutte contre les discours nationalistes hostiles aux minorités.

5

Enjeux contemporains du passé

Depuis les années 1980, l’époque viking est mobilisée pour construire des récits répondant à des défis actuels, comme la promotion du multiculturalisme ou la lutte contre les stéréotypes.

Par exemple, des découvertes archéologiques attestant de contacts entre Scandinaves et musulmans sont mises en avant en Suède et en Norvège pour proposer un contre-récit face aux usages nationalistes de l’histoire viking.

Ces relectures du passé reflètent les préoccupations contemporaines des sociétés scandinaves, comme l’intégration des minorités ou la lutte contre les préjugés.

Les musées jouent ainsi un rôle actif dans la construction de l’histoire, en choisissant quels aspects du passé mettre en lumière pour servir des objectifs présents.

6

Défis des expositions muséales

Créer une exposition sur les Vikings relève d’un exercice d’équilibriste pour les musées, qui doivent concilier les attentes du public, les récits fondateurs des nations et les connaissances historiques.

Les conservateurs sont tiraillés entre la volonté de présenter une histoire fidèle et celle d’offrir une expérience spectaculaire et populaire.

Par exemple, les navires et les épées, bien que minoritaires dans la réalité viking, occupent une place centrale dans les expositions.

Cette tension illustre la difficulté de rendre accessible une histoire complexe tout en évitant de renforcer des stéréotypes.

Les musées scandinaves doivent ainsi naviguer entre mémoire collective et rigueur scientifique, en sachant que leur récit en dit souvent plus sur les préoccupations contemporaines que sur le passé viking lui-même.

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