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Prendre davantage en compte les femmes dans les essais cliniques et le développement des innovations thérapeutiques

<name>Clotilde Coron, Professeure des universités en Sciences de gestion à la Faculté Jean Monnet, Université Paris-Saclay</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/clotilde-coron-654500"/>· 1 juillet 2026

L'essentiel La question du genre est peu abordée dans la recherche médicale et dans le développement des innovations thérapeutiques, au détriment des femmes. Une étude, qui s’appuie sur plus de 52 000 essais cliniques, menés depuis les années 1990 dans le monde entier, montre une inclusion grandiss…

Résumé

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Genre et santé

Le terme genre désigne ici les différences à la fois biologiques et sociales entre les femmes et les hommes.

Ces différences influencent la santé : développement de maladies, symptômes ressentis ou encore prise en charge médicale.

Par exemple, un infarctus du myocarde (crise cardiaque) se manifeste différemment chez les femmes et les hommes.

Les symptômes féminins, comme une grande fatigue ou des nausées, sont moins connus et entraînent des retards de diagnostic.

Une étude britannique montre que les femmes ont 40 % de risques en plus d’être mal diagnostiquées que les hommes.

En Suisse, le délai moyen avant une prise en charge est de 53 heures pour les femmes, contre 15 heures pour les hommes.

Ces écarts s’expliquent par des stéréotypes persistants et une médecine encore largement conçue à partir de données masculines.

2

Androcentrisme médical

L’androcentrisme désigne une approche où la médecine est principalement étudiée à partir de données masculines, les femmes étant considérées comme des variantes de la norme masculine.

Cette tendance se retrouve dans les manuels médicaux, où les illustrations de membres (bras, jambes) représentent souvent des corps masculins.

Les essais cliniques ont longtemps exclu les femmes, notamment pour éviter les risques liés aux variations hormonales.

Pourtant, les femmes métabolisent différemment les médicaments : des études montrent que certains médicaments sont moins efficaces ou plus toxiques pour elles.

Par exemple, des recherches soulignent que les femmes n’absorbent pas les médicaments de la même manière que les hommes, ce qui peut entraîner des effets secondaires imprévus ou une moindre efficacité thérapeutique.

3

Essais cliniques genrés

Les essais cliniques sont des études menées pour tester l’efficacité et la sécurité des médicaments avant leur mise sur le marché.

Une recherche analysant plus de 52 000 essais cliniques enregistrés depuis les années 1990 montre une augmentation progressive de la participation des femmes.

Cependant, cette inclusion reste artificielle et limitée.

Par exemple, la phase 1 des essais, qui évalue la toxicité des médicaments, compte très peu de femmes.

Les essais réservés aux femmes concernent souvent des maladies spécifiques comme le cancer du sein.

De plus, les résultats ne sont presque jamais analysés en fonction du genre, ce qui invisibilise les différences de réaction aux traitements entre hommes et femmes.

4

Réglementations et conformité

Depuis quelques décennies, les réglementations européennes et nord-américaines imposent une plus grande inclusion des femmes dans les essais cliniques.

Cette obligation vise à corriger les biais historiques, mais elle ne garantit pas une analyse approfondie des différences genrées.

Les études montrent que les protocoles d’essais cliniques intègrent rarement la question du genre dans leurs critères de validation.

Les chercheurs ne distinguent pas systématiquement les effets secondaires ou l’efficacité des médicaments selon le sexe des participants.

Ainsi, la hausse de la participation féminine répond davantage à une logique de conformité réglementaire qu’à une volonté de mieux comprendre les spécificités de santé des femmes.

5

Conséquences pour les femmes

La faible prise en compte des femmes dans les essais cliniques a des conséquences directes sur leur santé.

Les médicaments mis sur le marché sont souvent testés principalement sur des hommes, ce qui peut entraîner une moindre efficacité ou des effets indésirables plus fréquents chez les femmes.

Par exemple, certaines maladies comme l’endométriose ou les troubles gynécologiques bénéficient de peu d’innovations thérapeutiques, car elles sont rarement étudiées en dehors de leur contexte spécifique.

Les stéréotypes de genre persistent aussi dans la prise en charge médicale : les symptômes des femmes sont plus souvent attribués à des causes psychosociales, tandis que ceux des hommes sont considérés comme organiques.

Cela retarde les diagnostics et aggrave les inégalités de santé.

6

Solutions et perspectives

Pour remédier à ces inégalités, les pouvoirs publics et les acteurs de la recherche médicale encouragent une intégration systématique du genre dès les premières phases d’innovation.

Cela implique d’analyser les données par sexe et de tenir compte des différences biologiques et sociales dans la conception des essais cliniques.

Par exemple, les protocoles pourraient inclure des sous-groupes d’analyse par genre et des échantillons représentatifs.

Des initiatives comme le Haut Conseil à l’Égalité en France publient des rapports pour sensibiliser à ces enjeux.

Cependant, ces mesures restent insuffisantes tant que les résultats ne sont pas systématiquement différenciés selon le genre et que les stéréotypes persistent dans la pratique médicale.

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