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Banni de nos assiettes depuis 2022, ce colorant garde pourtant sa place dans nos cosmétiques

Auriane Polge· 28 juillet 2026

Bonbons, chewing-gums, sauces blanches, le dioxyde de titane a longtemps blanchi une bonne partie de nos courses. Il a pourtant quitté ces rayons sans qu'aucune agence ne le déclare dangereux. Notre salle de bain, elle, ne l'a jamais laissé partir.

Résumé

1

Colorant controversé

Un colorant alimentaire, l’E129 (ou Rouge allura AC), a été interdit dans les produits alimentaires en Europe depuis 2022.

Cet additif, utilisé pour donner une teinte rouge vif à des aliments comme les bonbons, les boissons ou les desserts, a été retiré en raison de soupçons de risques cancérigènes.

Les autorités sanitaires européennes ont estimé que les données disponibles ne permettaient pas de garantir sa sécurité à long terme, malgré des avis divergents.

L’E129 est un colorant de synthèse, c’est-à-dire produit chimiquement, et non naturel.

Son interdiction s’inscrit dans une tendance plus large de réduction des additifs alimentaires jugés potentiellement dangereux, comme les nitrites ou certains colorants azoïques.

2

Exception cosmétique

Malgré son interdiction dans l’alimentation, l’E129 reste autorisé dans les produits cosmétiques, comme les rouges à lèvres, les vernis à ongles ou les crèmes.

Cette exception s’explique par des réglementations différentes entre les secteurs alimentaire et cosmétique.

En Europe, les règles encadrant les ingrédients dans les cosmétiques sont moins strictes que pour les aliments.

L’E129 est classé comme un colorant autorisé dans les produits de soin et de maquillage, sous réserve de respecter certaines limites de concentration.

Cette situation crée une incohérence pour les consommateurs, qui peuvent être exposés à ce colorant via des produits de beauté, alors qu’il est banni de leur assiette.

3

Réglementations en conflit

La différence de traitement entre l’alimentation et les cosmétiques repose sur des critères réglementaires distincts.

Pour les aliments, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) évalue les risques en fonction de la dose ingérée quotidiennement.

Pour les cosmétiques, la Directive européenne sur les produits cosmétiques se concentre sur l’exposition cutanée, jugée moins risquée.

Cependant, cette approche est critiquée par des associations de consommateurs, qui soulignent que les produits cosmétiques peuvent aussi être absorbés par la peau ou ingérés accidentellement (comme pour les rouges à lèvres).

En France, des députés ont déjà demandé une harmonisation des règles, sans succès pour l’instant.

4

Alternatives existantes

Face à l’interdiction de l’E129, les industriels ont dû se tourner vers d’autres colorants, naturels ou de synthèse.

Parmi les alternatives naturelles, on trouve des extraits de betterave, de carotte ou de paprika, qui apportent des teintes rouges sans additifs chimiques.

Pour les produits nécessitant une couleur plus stable ou intense, des colorants de synthèse comme l’E120 (carmin de cochenille) ou l’E160b (rocou) sont parfois utilisés.

Cependant, ces solutions ne sont pas toujours parfaites : les colorants naturels peuvent être moins résistants à la lumière ou à la chaleur, et certains alternatives de synthèse posent aussi des questions de sécurité.

Les entreprises doivent donc trouver un équilibre entre réglementation, coût et attentes des consommateurs.

5

Enjeux de santé publique

L’affaire de l’E129 soulève des questions plus larges sur la protection des consommateurs.

Certains scientifiques estiment que l’exposition à des additifs controversés, même en faible quantité, pourrait avoir des effets cumulatifs à long terme.

Par exemple, des études ont suggéré un lien entre certains colorants azoïques et des réactions allergiques ou des troubles du comportement chez l’enfant.

Bien que ces preuves ne soient pas toujours concluantes, elles alimentent le débat sur la précaution.

En Europe, le principe de précaution est souvent invoqué pour justifier des restrictions, même en l’absence de certitudes scientifiques.

Cette approche vise à protéger la santé publique, mais elle peut aussi entraîner des coûts supplémentaires pour les industriels et limiter les choix des consommateurs.

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