À Erfurt, Alice Weidel renforce son pouvoir lors du congrès de l’AfD
Le parti de droite radicale Alternative für Deutschland (AfD) a tenu son congrès annuel ce week-end dans la capitale de la Thuringe, malgré la contestation de la société civile. Plus qu’une occasion de présenter un nouveau programme, s'il s’agit surtout d’une mise en scène comme une force de gouver…
Résumé
Congrès annuel de l'AfD
L’Alternative für Deutschland (AfD), parti allemand de droite radicale, a tenu son congrès annuel à Erfurt, capitale de la Thuringe, les 5 et 6 juillet 2026.
Malgré des contestations de la société civile, le parti a organisé cet événement pour se présenter comme une force politique crédible, capable de gouverner.
L’AfD est actuellement le premier parti d’opposition au Bundestag avec 20 % des voix aux dernières élections fédérales.
Les prochaines élections régionales de septembre 2026 en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale pourraient lui permettre de conquérir deux nouveaux Länder de l’Est allemand.
Le congrès a mis l’accent sur l’unité du parti et son ambition de devenir un Volkspartei (parti populaire capable de rassembler une large majorité de la population), en remplacement de la CDU/CSU, la principale force conservatrice allemande.
Alice Weidel renforcée
Alice Weidel, 47 ans, a été réélue à la tête de l’AfD avec 81 % des voix lors du congrès d’Erfurt, un score supérieur à celui obtenu en 2024 (où elle avait été élue avec 72 %).
Elle dirige le groupe parlementaire de l’AfD au Bundestag depuis 2017 et incarne une ligne plus modérée que d’autres figures du parti.
Son co-président, Tino Chrupalla, 51 ans, a été réélu avec 70 % des voix, mais son influence semble diminuer face à Weidel.
Les deux dirigeants, qui ne s’apprécient guère, ont conclu un pacte de non-agression pour éviter les divisions internes.
Weidel a réaffirmé son ambition de faire de l’AfD un parti de gouvernement d’ici 2029, promettant de « sauver le pays ».
Son pouvoir repose sur sa capacité à fédérer différentes tendances au sein du parti, malgré les tensions persistantes.
Björn Höcke et l'aile radicale
Björn Höcke, 54 ans, chef de l’AfD en Thuringe, est la figure la plus influente de l’aile national-populiste du parti, appelée Der Flügel (l’aile).
Bien que ce courant ait officiellement été dissous en 2020 après avoir été classé comme extrémiste par l’Office fédéral de protection de la constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz), Höcke a progressivement éliminé les partisans d’une ligne plus modérée.
Il exerce un droit de veto sur les décisions stratégiques de Weidel.
Höcke a récemment tenu des propos controversés, qualifiant les Allemands de l’Ouest de « Américains germanophones » ayant abandonné leur culture.
Malgré ces déclarations, il reste un allié clé de Weidel, ce qui illustre la montée en puissance des courants les plus radicaux au sein de l’AfD.
Nouvelle direction du parti
Le congrès a permis d’élire une nouvelle direction à trois têtes, reflétant un équilibre entre les différentes tendances et régions du pays.
Alice Weidel représente le Bade-Wurtemberg (Sud-Ouest), Björn Höcke incarne l’aile radicale de l’Est, et Sebastian Münzenmaier, 36 ans, vice-président du groupe parlementaire au Bundestag, représente la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Ouest).
Parmi les vice-présidents élus figurent également Sven Tritschler, proche de Weidel, Kathrin Ebner-Steiner, ancienne membre de Der Flügel, et Stefan Möller, bras droit de Höcke.
Jean-Pascal Hohm, 28 ans, chef de l’organisation de jeunesse Generation Deutschland et lié au mouvement Identitaire autrichien, a été élu membre assesseur.
Ces nominations confirment la volonté de l’AfD de diversifier ses représentations tout en plaçant ses fidèles aux postes clés.
Scandales et controverses
L’AfD n’est pas épargnée par les scandales, notamment en Saxe-Anhalt où plusieurs députés, dont Ulrich Siegmund, 35 ans, sont accusés de népotisme.
Ils auraient embauché des membres de leur famille comme assistants parlementaires fictifs.
Malgré ces affaires, le parti continue de progresser dans les sondages.
En Saxe-Anhalt, l’AfD pourrait remporter la majorité absolue aux élections régionales de septembre 2026 si les autres partis échouent à franchir le seuil de 5 %.
Ulrich Siegmund et Hans-Thomas Tillschneider, 48 ans, sont les principaux artisans du programme de gouvernement de l’AfD pour ce Land, qui prévoit des mesures radicalement xénophobes et réactionnaires, comme la « remigration » des Allemands d’origine étrangère.
Ces propositions s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’AfD pour s’imposer comme une alternative politique majeure en Allemagne.
Réactions de la société civile
Le congrès de l’AfD à Erfurt a suscité de vives réactions de la part de la société civile et des militants antifascistes.
Environ 10 000 personnes ont manifesté pacifiquement contre l’événement, tandis que des militants tentaient de bloquer l’accès aux délégués.
Parmi les actions symboliques, des haut-parleurs ont diffusé la Marche impériale de Star Wars (interprétée à la flûte à bec) dans la salle du congrès, provoquant l’irritation des organisateurs.
Ces protestations illustrent l’opposition forte dont fait face l’AfD, perçu comme un parti d’extrême droite par une partie de la population allemande.
Malgré cela, le parti continue de gagner en influence, notamment dans les Länder de l’Est où il réalise des scores électoraux élevés.
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