NapseflowNapseflow
Article externe

‘They walk among us.’ The White House’s Aliens page and the dehumanisation of undocumented migrants

<name>Fatima-Zahra Aklalouch, Doctor in English Linguistics specialized in Political Discourse Analysis, Université Paris Cité</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/fatima-zahra-aklalouch-2614911"/>· 5 août 2026

A screen shot of the White House’s Aliens.gov home page. Whitehouse.gov KEY TAKEAWAYS Last May, the Trump administration launched a website designed to track down and arrest undocumented migrants across the United States. Playing on the ambiguity of the term ‘aliens’, the online platform portrays W…

Résumé

1

Site Aliens.gov lancé

En mai 2026, l'administration Trump a lancé un site web officiel intitulé Aliens.gov, présenté comme une plateforme de surveillance et de traque des migrants sans-papiers aux États-Unis.

Ce site utilise un univers visuel inspiré des films de science-fiction, avec des couleurs sombres, des lettres vertes lumineuses et des références à des documents « déclassifiés ».

La phrase d'accroche « They walk among us » (« Ils marchent parmi nous ») évoque une menace cachée et omniprésente.

Le terme alien (étranger ou extraterrestre) y est employé de manière ambiguë pour désigner les migrants sans statut légal, jouant sur l'association entre une catégorie juridique et une représentation de menace extraterrestre.

Ce choix sémantique vise à transformer une question administrative en une perception de danger immédiat, en s'appuyant sur des codes narratifs populaires comme ceux de la série X-Files.

2

Définition de l'aliénation

Le terme alien dans le contexte de ce site a un double sens : légal et populaire.

D'un point de vue juridique, un alien est une personne non citoyenne résidant aux États-Unis sans statut officiel.

Cependant, le site exploite aussi le sens populaire du mot, désignant un être extraterrestre ou une entité étrangère et menaçante.

Cette ambiguïté permet de décrire les migrants sans-papiers comme des « aliens » évoluant dans l'ombre, à l'instar de créatures venues d'ailleurs.

Cette représentation s'inscrit dans un processus de déshumanisation, où les individus sont réduits à une catégorie de menace plutôt qu'à des personnes dotées d'une histoire, d'une famille ou de motivations.

Selon le chercheur Nick Haslam, la déshumanisation peut prendre plusieurs formes : réduire une personne à un statut d'objet, d'animal ou de machine, ou encore lui retirer les qualités associées à l'humanité.

Le site Aliens.gov applique cette logique en présentant les migrants comme des « présences suspectes », des points sur une carte ou des objets à « retourner » à leur origine.

3

Humour et stratégie politique

Le ton humoristique et conspirateur du site Aliens.gov n'est pas anodin : il sert une stratégie politique.

Le style, inspiré des récits de science-fiction et des théories du complot, est conçu pour être perçu comme une provocation amusante par les partisans de l'administration, tout en irritant les critiques.

Cette approche permet de transformer une critique légitime en une réaction perçue comme excessive ou « politiquement correcte ».

Par exemple, le site a été qualifié d'« embarrassment » (honte) par la Pennsylvania Immigration Coalition, qui y voit un outil de propagande encourageant la délation entre voisins.

Le site intègre également une logique de « tip line » (ligne de signalement) où les visiteurs sont incités à rapporter des « aliens suspects », ce qui étend l'application de la politique migratoire à la participation citoyenne.

Cette stratégie s'inscrit dans une rhétorique plus large de l'administration Trump, qui décrit les migrations sans-papiers comme une « invasion », une « menace grave » ou un « déluge d'aliens illégaux ».

4

Création d'un ennemi intérieur

Le site Aliens.gov utilise la phrase « They walk among us » pour créer un sentiment de menace intérieure.

Le mot « among » (parmi) suggère que les migrants sans-papiers ne sont pas seulement des étrangers à la frontière, mais des présences déjà intégrées dans le quotidien des Américains : dans la rue, au travail, ou chez le voisin.

Cette formulation renforce une opposition binaire entre « eux » (les migrants, présentés comme une menace) et « nous » (la communauté nationale, perçue comme innocente et vulnérable).

Selon le linguiste Teun van Dijk, ce type de langage politique fonctionne en amplifiant les vertus du groupe dominant et les dangers du groupe minoritaire.

Ici, le migrant est à la fois proche physiquement et symboliquement exclu, ce qui facilite sa stigmatisation.

Le site transforme ainsi une question de politique publique en une logique de peur, où la protection de la nation justifie des mesures d'exclusion et de surveillance accrue.

5

Violence administrative

Le site Aliens.gov utilise un langage qui masque la violence de ses actions sous des apparences de bienveillance.

Par exemple, la phrase *« The Alien is in good hands.

We will take care of it… and return it safely to its place of origin »* (« L'alien est entre de bonnes mains.

Nous allons nous en occuper… et le retourner en toute sécurité à son lieu d'origine ») emploie le pronom « it » (neutre en anglais) pour désigner une personne, ce qui réduit l'individu à un simple objet ou une entité non humaine.

Le terme « place of origin » (lieu d'origine) efface toute notion de famille, d'histoire ou de lien social, réduisant la personne à une origine géographique abstraite.

Cette formulation administrative transforme la déportation en une opération technique et neutre, présentée comme un acte de soin ou de protection.

Ce procédé illustre ce que le chercheur Ruth Wodak appelle la « politique de la peur », où la violence institutionnelle est rendue acceptable en étant présentée comme une mesure nécessaire et rationnelle.

6

Carte et surveillance

Le site Aliens.gov inclut une carte interactive intitulée Alien Arrest Map (carte des arrestations d'aliens), qui visualise les lieux où des migrants sans-papiers ont été arrêtés.

Cette carte ne montre pas des parcours migratoires, des demandes d'asile ou des dynamiques communautaires, mais uniquement des points représentant des arrestations.

Ainsi, une personne est réduite à une localisation sur une carte, et une vie humaine à un simple marqueur de données.

Le site propose également un lien vers une ligne de signalement de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement, une agence fédérale américaine chargée de l'application des lois migratoires), où les visiteurs sont encouragés à signaler des « aliens suspects ».

Le terme « suspicious » (suspect) est volontairement vague et peut s'appliquer à des critères arbitraires comme l'accent, la couleur de peau ou le quartier de résidence.

Cette approche transforme la vigilance citoyenne en un outil de surveillance étatique, normalisant l'idée que la dénonciation est un acte civique légitime.

7

De l'illégalité à l'invasion

Le site Aliens.gov conclut en qualifiant les migrants sans-papiers d'« envahisseurs » (invaders), un terme qui dépasse le cadre juridique pour entrer dans celui de la rhétorique militaire.

Une invasion n'est pas un phénomène gérable par des politiques publiques, mais une menace à repousser.

Cette terminologie transforme une question administrative en une logique de guerre, où la protection de la nation prime sur les droits individuels.

Le site associe cette rhétorique à une narration de sauveur, présentant l'administration Trump comme la première à avoir identifié ce danger.

La phrase finale « Deport them all » (« Déportez-les tous ») résume cette logique : elle présente la déportation massive comme une solution évidente et nécessaire.

Ce discours s'appuie sur des executive orders (décrets présidentiels) signés en janvier 2025, qui décrivent les migrations sans-papiers comme une « invasion à grande échelle » et une « menace grave » pour la sécurité nationale, l'économie et le bien-être des Américains.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Voir aussi

Plus de contenus dans cette catégorie →

Découvre plus de contenu sur Napseflow