L’ONU dénonce le recours généralisé et brutal à la violence sexuelle au Soudan
Les violences sexuelles sont systématiquement utilisées comme tactique pour terroriser et traumatiser la population civile au Soudan, dénonce un nouveau rapport de l'ONU, qui constate que ces violences ont accompagné l’extension géographique du conflit dans ce pays, ainsi que les déplacements de population..
Entre avril 2023 et mi-avril 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a recensé et vérifié 546 cas de violences sexuelles liées au conflit au Soudan, répartis dans 16 des 18 États du pays. Ces incidents ont touché 838 victimes, dont 539 femmes, 284 filles, 8 hommes et 7 garçons. Le HCDH précise que ces chiffres ne représentent qu’une infime partie de la réalité, car de nombreux cas ne sont pas signalés ou documentés. Les violences incluent des actes comme le viol, l’esclavage sexuel, le mariage forcé ou la torture sexuelle. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, souligne que ces violences sont utilisées comme une arme de guerre et peuvent constituer des crimes contre l’humanité si elles sont systématiques ou généralisées.
Selon le rapport de l’ONU, les violences sexuelles au Soudan sont perpétrées en parallèle d’attaques coordonnées contre les civils, ce qui en fait une tactique de guerre. Parmi les actes documentés figurent le viol collectif, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée et la traite à des fins de violences sexuelles. Dans la région du Darfour, certains de ces actes pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité, car ils s’inscrivent dans une attaque généralisée et systématique contre la population civile. Les Forces de soutien rapide (FSR), leurs affiliés et des milices arabes sont principalement responsables de ces violences, mais les Forces armées soudanaises (FAS) et d’autres groupes armés sont également impliqués. Volker Türk rappelle que ces actes violent le droit international humanitaire.
Près d’un quart des cas documentés concernent des viols collectifs, dont un impliquant au moins dix agresseurs ayant violé une jeune fille. Le rapport recense également 85 femmes et jeunes filles maintenues en esclavage sexuel, contraintes d’effectuer des tâches ménagères ou de générer des revenus pour leurs bourreaux. Ces violences ont causé la mort d’au moins 13 victimes, dont la plus jeune avait 9 ans. De plus, 59 femmes et jeunes filles sont tombées enceintes ou ont donné naissance à la suite d’un viol. L’absence d’accès aux soins aggrave ces conséquences : de nombreuses victimes souffrent de complications médicales graves, faute d’établissements de santé opérationnels.
Le rapport révèle que les violences sexuelles sont parfois perpétrées en représailles à une affiliation ethnique présumée. Les femmes de l’ethnie Masalit, originaires du Darfour occidental, sont particulièrement visées. Les agresseurs leur demandent souvent à quelle tribu elles appartiennent avant de les violenter. Des victimes ont rapporté avoir entendu des phrases comme « Cette année, vous toutes, les filles Masalit, vous mettrez au monde nos enfants » ou « Si vous êtes Masalit, nous vous massacrerons aujourd’hui ». Ces attaques s’ajoutent aux violences à caractère ethnique déjà documentées dans la région, aggravant les tensions communautaires.
Face à l’ampleur des violences, le HCDH appelle à des enquêtes rapides, indépendantes et impartiales pour garantir une reddition des comptes. Volker Türk insiste sur le fait que l’impunité persistante aggrave les préjudices et perpétue les cycles de violence. L’ONU exhorte la communauté internationale à placer la justice et la responsabilité au cœur de son soutien aux efforts de paix. Le rapport souligne que sans une réponse centrée sur les victimes et une lutte contre la stigmatisation, la paix et la cohésion sociale au Soudan pourraient être compromises pour des années. La lutte contre ces crimes est présentée comme essentielle pour une résolution durable du conflit.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) s’alarme de l’escalade de la violence à El Obeid, capitale du Kordofan du Nord. Entre le 19 et le 23 juin 2026, des attaques de drones ont visé une sous-station électrique et une station-service, forçant plusieurs établissements de santé à fermer, dont des services d’urgence. Des ponts stratégiques ont également été endommagés, bien que la circulation reste possible. Ces attaques aggravent une situation humanitaire déjà critique, avec des conséquences directes sur l’accès aux soins et aux services essentiels pour la population civile.
Dans le Kordofan occidental, l’épidémie de choléra s’aggrave en raison de l’insécurité, des déplacements de population et d’un accès limité à l’eau potable et à l’assainissement. Au 16 juin 2026, 700 cas et 60 décès ont été recensés, dont 100 cas et 10 décès depuis le début du mois. L’ONU et ses partenaires ont mis en place des centres de traitement et distribué des médicaments pour endiguer la propagation de la maladie. Cependant, l’accès humanitaire restreint et l’insécurité persistent, limitant l’efficacité de ces mesures et aggravant la crise sanitaire dans la région.

