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Philosophie

Prendre soin

Ballast · mis à jour 21 août

« L'estive », cinquième volet : jour de soin. L’article Prendre soin est apparu en premier sur BALLAST..

Soins quotidiens

Les bergers et bergères consacrent une partie de leur travail aux soins des brebis, en plus de la garde. Ces soins, souvent méconnus, se réalisent tous les deux ou trois jours, que ce soit en alpage ou lors de la transhumance. Les principales interventions concernent les brebis boiteuses ou souffrant d’infections. Par exemple, Marine et Jules, deux bergers cités dans l’article, utilisent des flacons, des pansements et des tissus pour désinfecter les plaies et suivre leur évolution. Leur rôle ne se limite pas à la surveillance : ils doivent aussi anticiper les risques d’infection, notamment en cas de blessures aux sabots ou de mammites, une inflammation de la mamelle. Ces soins quotidiens s’inscrivent dans une routine où chaque détail compte, comme le marquage des brebis avec un crayon gras pour identifier les problèmes (un trait pour une patte boiteuse, une croix pour une mammite, etc.).

Méthodes alternatives

Face aux soins vétérinaires conventionnels, souvent basés sur l’utilisation massive d’antibiotiques, certains bergers privilégient des méthodes alternatives. Jules, par exemple, a d’abord travaillé avec un groupement d’éleveurs pro-antibiotiques, où les brebis étaient régulièrement piquées. Aujourd’hui, il utilise des solutions naturelles comme la lavande, l’argile ou le cuivre pour désinfecter les plaies et prévenir les infections. Ces méthodes, bien que moins systématiques, permettent de réduire les risques de résistance aux antibiotiques. Par exemple, pour traiter un genou infecté, Marine applique un spray désinfectant suivi d’une poudre de cuivre, avant de nettoyer à nouveau la plaie. Ces pratiques montrent une approche plus douce, où l’observation et la prévention priment sur les interventions chimiques.

Diagnostics et pathologies

Les bergers doivent identifier rapidement les pathologies courantes chez les brebis, comme le piétin, une infection contagieuse des sabots, ou les infestations de mouches. Le piétin, par exemple, nécessite parfois de faire descendre tout le troupeau de la montagne pour traiter les animaux dans un pédiluve à base de cuivre. Les mouches, quant à elles, pondent dans les plaies et peuvent causer des infestations graves, comme des asticots dans les oreilles ou le cerveau. Marine explique qu’il faut agir vite : après avoir retiré les asticots avec une pince, elle applique un répulsif à base de lavande et un pansement pour éviter une nouvelle ponte. Ces soins, bien que fastidieux, sont essentiels pour éviter des complications mortelles.

Relation humain-animal

Les soins ne se limitent pas à des gestes techniques : ils reposent aussi sur une relation de confiance entre le berger et les brebis. Marine souligne que capturer une brebis malade est un moment délicat, où il faut la rassurer par des caresses et une voix calme. Cette proximité permet aux animaux de comprendre qu’ils sont soignés avec bienveillance. De plus, les bergers marquent les brebis avec des couleurs différentes toutes les deux semaines pour suivre leur évolution. Cette pratique montre une forme de dialogue silencieux, où chaque détail compte. Par exemple, une brebis qui boite peut feindre de marcher normalement quand elle est observée, preuve de sa méfiance. Ces interactions renforcent le lien entre l’humain et l’animal, essentiel pour un élevage pastoral.

Travail physique et solitude

Le métier de berger implique un travail physique intense et une grande solitude. Jules décrit sa journée comme un enchaînement de marches dans des dénivelés, de recherches de brebis égarées et de soins dans des conditions parfois difficiles. Il insiste sur le devoir du berger : « C’est ton devoir », même quand la pluie tombe ou que la fatigue est présente. Cette phrase, inspirée du théâtre, illustre la rigueur du métier. Marine, quant à elle, évoque les moments de découragement, notamment en début de carrière, où elle doutait de ses compétences. Pourtant, elle a appris à maîtriser la garde et les soins, prouvant que la persévérance est une qualité indispensable dans ce métier.

Impact psychologique

Au-delà de l’aspect physique, le pastoralisme a un impact psychologique profond sur les bergers. Marine explique que la transhumance et la vie en alpage permettent de se recentrer, de retrouver un rythme naturel et de se sentir mieux. Elle cite des rencontres marquantes, comme celles avec Myriam, Albert ou Christine, qui l’ont aidée à surmonter ses doutes. Ces échanges humains, combinés à la vie en pleine nature, offrent une forme de thérapie. Marine compare même cette expérience à un « retour à soi », où le contact avec les brebis et la montagne devient une source de bien-être. Ce métier, bien que exigeant, peut ainsi être une voie vers l’équilibre mental.

Éthique pastorale

L’éthique du pastoralisme repose sur une philosophie de soin et de respect envers les animaux. Jules et Marine incarnent cette approche, où le bien-être des brebis passe avant tout. Jules cite une phrase du théâtre grec, « C’est le métier qui le veut », pour illustrer cette obligation morale. Les soins, même difficiles ou répugnants (comme traiter des mammites ou enlever des asticots), font partie intégrante du devoir du berger. Cette éthique est aussi liée à la transmission : Marine souligne l’importance d’apprendre des autres bergers pour progresser. Enfin, l’article évoque le mythe d’Asclépios, dieu de la médecine, abandonné à sa naissance et élevé par un berger et une chèvre, comme une métaphore de cette relation de soin entre l’humain et l’animal.

Ce que ça pourrait changer

Le pastoralisme s’inscrit dans un contexte économique marqué par l’abattage massif des ovins. Chaque année en France, cinq millions d’ovins sont abattus, dont une grande majorité d’agneaux. L’article mentionne également l’abattoir ovin de Sisteron, en Provence, où près de 500 000 animaux sont tués chaque année. Ce chiffre illustre l’ampleur de l’industrie de la viande ovine en France. Pourtant, les bergers comme Jules et Marine jouent un rôle clé dans la chaîne, en assurant la santé et le bien-être des troupeaux avant leur abattage. Leur travail, bien que moins visible, est essentiel pour garantir la qualité de la viande et le respect des animaux.

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