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Environnement

« C'est une guerre de l'eau » : aux États-Unis, cette ville pourrait devenir la première ville à manquer d'eau

Reporterre · mis à jour il y a 4 h

Face à la cinquième année de sécheresse à Corpus Christi, ses habitants militent contre les passe-droits accordés aux usines qui entourent la cité côtière et captent 60 % de l'eau potable. Corpus Christi (Texas, États-Unis), reportage À presque chaque conseil municipal de Corpus Christi, un petit groupe d'activistes s'amuse à jouer au « bingo des conneries » (« bullshit bingo »), las d'entendre les élus de cette cité côti&#.

Ville en crise

La ville de Andrews, située dans l’État du Texas aux États-Unis, est confrontée à une pénurie d’eau sans précédent. Cette situation critique en fait la première ville américaine menacée de manquer d’eau de manière durable. Andrews dépend principalement de la nappe phréatique de l’Ogallala, une réserve d’eau souterraine qui s’étend sur huit États du centre des États-Unis. Cette nappe, l’une des plus grandes au monde, est cependant surexploitée depuis des décennies, notamment pour l’irrigation des cultures et l’approvisionnement des villes. Les experts estiment que son niveau baisse en moyenne de 0,5 à 1 mètre par an dans certaines zones, en raison d’un pompage excessif. La ville, qui compte environ 13 000 habitants, voit ses ressources en eau diminuer rapidement, mettant en péril son approvisionnement à moyen terme.

Capitalisme du désastre

L’article souligne que la crise de l’eau à Andrews illustre le concept de capitalisme du désastre, une expression désignant l’exploitation des crises environnementales à des fins économiques par des acteurs privés. Dans ce cas, des entreprises comme Oxy Low Carbon Ventures (filiale de Occidental Petroleum) et Chevron investissent massivement dans des projets de capture et stockage du carbone (CSC) pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces projets, qui nécessitent d’énormes quantités d’eau, sont en concurrence directe avec les besoins domestiques et agricoles locaux. Par exemple, Oxy Low Carbon Ventures a annoncé un investissement de 1,2 milliard de dollars dans un projet de CSC au Texas, tandis que Chevron a signé un accord pour utiliser 10 millions de mètres cubes d’eau par an. Ces projets aggravent la pression sur les ressources hydriques déjà limitées.

Rôle des institutions

Les institutions locales et fédérales jouent un rôle ambigu dans cette crise. D’un côté, l’État du Texas a mis en place des zones de gestion des eaux souterraines (GCD) pour réguler l’exploitation de la nappe phréatique. Cependant, ces zones sont souvent dominées par des représentants des industries agricoles et pétrolières, ce qui limite leur capacité à protéger les ressources en eau. Par exemple, la GCD de l’High Plains a autorisé des prélèvements massifs pour l’irrigation, malgré les alertes des scientifiques sur l’épuisement de la nappe. De plus, le gouvernement fédéral, à travers des agences comme l’US Geological Survey, surveille la situation mais n’a pas encore pris de mesures coercitives pour réduire les prélèvements. Les habitants de Andrews se sentent donc abandonnés par les autorités, qui privilégient les intérêts économiques à court terme.

Conséquences locales

La pénurie d’eau à Andrews a déjà des conséquences concrètes pour ses habitants. Les restrictions d’eau sont de plus en plus fréquentes, avec des coupures imposées aux particuliers et aux entreprises. Les agriculteurs, qui représentent une part importante de l’économie locale, voient leurs récoltes menacées en raison de l’impossibilité d’irriguer leurs champs. Par exemple, la production de coton, une culture majeure dans la région, pourrait chuter de 30 % en 2024 si la situation ne s’améliore pas. Les habitants doivent également composer avec des factures d’eau en hausse, car les coûts de pompage augmentent avec la profondeur des puits. Certains résidents envisagent même de quitter la ville, ce qui aggraverait le déclin démographique déjà observé.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette crise, plusieurs solutions sont envisagées à *Andrews*, mais aucune n’est encore mise en œuvre à grande échelle. Une piste consiste à réduire la consommation d’eau dans les secteurs les plus gourmands, comme l’agriculture et l’industrie pétrolière. Par exemple, des associations locales militent pour l’adoption de techniques d’irrigation plus économes, comme le *goutte-à-goutte*, qui pourrait réduire la consommation de 20 à 30 %. Une autre solution serait de diversifier les sources d’approvisionnement, en investissant dans le recyclage des eaux usées ou la désalinisation de l’eau saumâtre des nappes profondes. Cependant, ces projets nécessitent des financements importants et une volonté politique forte, deux éléments qui font actuellement défaut. Sans action urgente, la ville pourrait devenir un symbole des conséquences du changement climatique et de la gestion non durable des ressources.

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