Revoir Kill Bill à l’ère post-#MeToo

A l'occasion de la sortie cette semaine de « Kill Bill: The Whole Bloody Affair », version jusqu'ici inédite en France réunissant les deux volets de « Kill Bill » (respectivement sortis en 2003 et 2004), une nouvelle lumière est projetée sur ce film culte de Quentin Tarantino. Plus de vingt ans apr…
Résumé
Nouvelle version du film
La sortie de Kill Bill: The Whole Bloody Affair propose une version inédite en France des deux volets du film Kill Bill, sortis respectivement en 2003 et 2004.
Ce montage révisé supprime notamment la fin du premier volume, qui révélait prématurément que le bébé de l’héroïne, The Bride (interprétée par Uma Thurman), était encore en vie.
Ce changement permet de recentrer l’histoire sur le parcours de l’héroïne, renforçant ainsi l’empathie du public envers elle.
La version originale, en donnant cette information dès le début, plaçait le spectateur dans une position de connaissance supérieure à celle du personnage, ce qui pouvait atténuer l’impact émotionnel de sa découverte.
Cette réorganisation narrative met davantage l’accent sur les violences subies par The Bride et sur sa quête de vengeance, tout en évitant un regard surplombant sur son histoire.
Héroïne et violences
Le film Kill Bill raconte l’histoire de The Bride, une femme victime de violences extrêmes.
Elle est laissée pour morte le jour de son mariage par une organisation criminelle dirigée par Bill (David Carradine), son ancien amant et employeur, ainsi que le père de son enfant.
Le scénario inclut des scènes de viol pendant son coma, ainsi qu’un réseau d’emprise masculine qui se manifeste à travers Bill et d’autres personnages masculins.
Ces éléments prennent une dimension particulière dans le contexte actuel, marqué par le mouvement #MeToo, qui a mis en lumière les mécanismes d’emprise dans les sphères professionnelles et intimes.
Le film illustre ainsi des dynamiques de pouvoir et de domination souvent difficiles à représenter, tout en offrant une héroïne qui, malgré tout, reprend le contrôle de sa vie par la vengeance.
Rôle de Harvey Weinstein
Harvey Weinstein, producteur délégué de Kill Bill (aux côtés d’autres films de Quentin Tarantino comme Pulp Fiction ou Django Unchained), occupe une place ambiguë dans l’histoire du cinéma.
Ce producteur a été au cœur du scandale #MeToo en 2017, après des révélations sur ses multiples viols et agressions sexuelles sur des actrices et collaboratrices.
Son nom apparaît toujours au générique de Kill Bill, ce qui soulève des questions sur la réception du film aujourd’hui.
En 2018, Uma Thurman, l’actrice principale, a révélé avoir été agressée par Weinstein dans les années 1990.
Cette situation crée un décalage entre le contenu du film, qui aborde les violences sexuelles, et le contexte de sa production, marqué par des actes répréhensibles de la part d’un des responsables du projet.
Contradictions de Tarantino
Quentin Tarantino, réalisateur de Kill Bill, a été critiqué pour son rôle dans les conditions de tournage du film, notamment après l’accident de voiture subi par Uma Thurman en 1997, ainsi que pour des scènes d’étranglement réalisées par lui-même sur l’actrice.
En 2017, après l’éclatement du scandale Weinstein, Tarantino a exprimé des regrets pour ne pas avoir davantage protesté contre les agissements du producteur.
Son dernier film, Once Upon a Time in… Hollywood (2019), semble refléter une évolution dans sa manière d’aborder les violences faites aux femmes, en réécrivant le destin de l’actrice Sharon Tate pour lui éviter un meurtre.
Cette évolution interroge sur la façon dont Tarantino a pu repenser, rétrospectivement, la représentation des violences dans Kill Bill, tout en continuant à explorer ces thèmes dans ses œuvres ultérieures.
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