La violence sexuelle, une arme de guerre en pleine expansion
Les violences sexuelles liées aux conflits ont plus que doublé en un an, atteignant un niveau inédit, alors que les guerres se multiplient et que le droit international est de plus en plus bafoué, a averti mercredi la Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU chargée de cette question,…
Résumé
Contexte alarmant
En juillet 2026, la Première ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Judith Suminwa Tuluka, a présidé une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU) sur le thème des violences sexuelles liées aux conflits.
L’objectif était d’évaluer l’application du droit international pour protéger les survivants de ces crimes.
Selon Pramila Patten, représentante spéciale de l’ONU chargée des violences sexuelles en période de conflit, la situation s’aggrave en raison de l’intensification des conflits armés, des dépenses militaires record et du recul des droits humains.
Elle souligne que la logique selon laquelle « la force fait le droit » gagne du terrain, ce qui favorise la multiplication des violences sexuelles utilisées comme armes de guerre.
Ces violences sont souvent des tactiques délibérées pour terroriser les populations, déplacer des communautés ou consolider le contrôle de territoires.
Chiffres sous-estimés
Le dernier rapport de l’ONU indique que 9 788 cas de violences sexuelles liées aux conflits ont été vérifiés en 2025, soit plus du double des chiffres de 2024.
Cependant, les acteurs humanitaires estiment que ces chiffres sont largement sous-estimés.
En réalité, un cas signalé dans un centre de santé pourrait cacher entre dix et vingt autres cas non rapportés.
Pramila Patten insiste sur l’importance de ces données, non pas seulement pour compter les victimes, mais parce que chaque victime compte sur l’ONU pour obtenir justice et soutien.
Le rapport couvre 21 situations de conflit et recense des violences comme les viols, les viols collectifs, l’esclavage sexuel, les mariages forcés ou la traite d’êtres humains, utilisés comme outils de guerre ou de répression politique.
Profil des victimes
Près de 90 % des victimes de violences sexuelles liées aux conflits sont des femmes et des filles.
En 2025, près de 3 000 enfants ont également été victimes, ce qui représente une hausse de 37 % en un an.
Les hommes et les garçons ne sont pas épargnés : ils sont souvent ciblés dans les lieux de détention, où ces violences servent à les humilier, les punir ou leur extorquer des aveux.
Les violences sont décrites comme plus répandues et plus brutales, parfois accompagnées d’exécutions pour empêcher les victimes de témoigner.
Ces crimes ne sont pas accidentels : ils constituent une stratégie militaire visant à déplacer des populations, terroriser des communautés ou renforcer le contrôle territorial.
Parmi les nouvelles tendances inquiétantes figurent l’utilisation de ces violences dans l’économie de guerre ou les menaces sexuelles en ligne contre les femmes militantes.
Responsables identifiés
Le rapport de l’ONU recense 77 parties responsables de ces crimes, dont 62 groupes armés non étatiques.
Deux États, Israël et la Russie, ont été ajoutés à l’annexe du rapport en raison de l’absence de progrès pour mettre fin aux violations documentées.
Pramila Patten appelle le Conseil de sécurité à renforcer les sanctions ciblées contre les auteurs, à déployer davantage de conseillers pour la protection des femmes dans les missions de paix, à financer les services destinés aux survivants et à lutter contre l’impunité.
Elle déclare : « Il est temps de remplacer l’impunité par l’unité », soulignant que le droit international n’est pas insuffisant, mais insuffisamment respecté et appliqué.
Crise en Haïti
En Haïti, les violences sexuelles ont explosé en 2025, avec une hausse de 163 % des cas recensés par l’ONU.
Carine Jocelyn, fondatrice du Collectif des femmes haïtiennes, a témoigné devant le Conseil de sécurité pour dénoncer la situation.
Les femmes et les filles sont systématiquement ciblées par les groupes armés, qui les violent dans leurs quartiers, dans les camps de déplacés ou les enlèvent pour les exploiter sexuellement.
Le système judiciaire haïtien est défaillant, la police sous-équipée et les établissements de santé pillés ou détruits, privant les survivantes de soins essentiels.
Carine Jocelyn a également pointé du doigt le trafic d’armes, principalement en provenance des États-Unis, qui alimente les violences.
Elle a appelé à un renforcement du soutien aux organisations locales dirigées par des femmes et à une lutte contre l’impunité pour garantir la participation des Haïtiennes aux processus politiques.
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