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Que signifient les chevelures bouclées des Égyptiennes d’hier et d’aujourd’hui ?

<name>Christian-Georges Schwentzel, Professeur d'histoire ancienne, Université de Lorraine</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/christian-georges-schwentzel-259613"/>· 2 août 2026

En Égypte, la « Révolution des cheveux bouclés », est menée par des femmes qui s’insurgent contre les méthodes de lissage chimique et les défrisages hautement toxiques. Un mouvement moins futile qu’il n’y paraît, et qui résonne avec des pratiques de l’Égypte ancienne ! Un nombre croissant d’Égyptie…

Résumé

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Révolution bouclée actuelle

Depuis les années 2010, un mouvement social et capillaire prend de l'ampleur en Égypte : la «Révolution des cheveux bouclés».

Des femmes, principalement issues des classes aisées puis des classes moyennes, choisissent d'abandonner les méthodes de lissage chimique et les défrisages jugés toxiques pour adopter une chevelure naturelle et bouclée.

Ce phénomène, largement relayé sur les réseaux sociaux, dépasse les frontières égyptiennes et s'étend à d'autres pays arabes, africains et occidentaux.

Il s'inscrit dans une critique plus large du texturisme, une forme de discrimination basée sur la texture des cheveux, favorisant les cheveux lisses au détriment des cheveux frisés, bouclés ou crépus.

Ce mouvement symbolise une réappropriation du corps par les femmes, en réaction à des pressions esthétiques et patriarcales, et s'accompagne parfois d'un engagement politique explicite, comme une décolonisation des standards de beauté.

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Impact économique et culturel

Cette «Révolution bouclée» a des répercussions économiques notables, notamment au Caire où des salons spécialisés proposent des coupes à sec et des soins capillaires adaptés aux boucles.

Une nouvelle industrie cosmétique émerge, avec des gammes locales de produits naturels et sains, répondant à la demande croissante.

Sur les réseaux sociaux, des créatrices de contenu comme Rana, sous le pseudonyme Arabian Curly Girl, popularisent ce mouvement avec des milliers d'abonnés sur TikTok et Instagram.

Leur militantisme met en avant une esthétique alternative et revendique une libération capillaire, perçue comme un acte de résistance contre les normes imposées par l'impérialisme occidental.

Le phénomène s'accompagne aussi d'un changement dans les représentations médiatiques, avec des célébrités comme le chanteur Amr Diab intégrant des chevelures bouclées dans ses clips.

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Cheveux bouclés dans l'Égypte ancienne

L'histoire des chevelures bouclées en Égypte remonte à l'Antiquité.

Sous les pharaons, les femmes de l'aristocratie portaient des perruques lourdes sur des crânes rasés, tandis que les chevelures naturelles, souvent bouclées, étaient associées aux classes modestes, comme les musiciennes des banquets.

Une fresque du tombeau de Nébamon, noble du XIVe siècle avant notre ère, illustre cette pratique.

C'est à l'époque ptolémaïque, entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère, que les boucles deviennent un symbole de révolte et d'identité.

Les artistes grecs, installés en Égypte, réinterprètent la déesse Isis en lui attribuant une chevelure naturelle et bouclée, inspirée des divinités libyennes comme Libyé.

Cette représentation marque un tournant dans la perception des chevelures en Égypte.

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Isis et le pouvoir des boucles

Dans la mythologie égyptienne, Isis incarne une déesse coiffeuse dont les boucles symbolisent le charme et la magie féminine.

Selon le mythe rapporté par Plutarque, elle utilise ses talents pour séduire les servantes de la reine de Byblos, leur offrant une coiffure sublime qui attire l'attention de la souveraine.

Grâce à cette ruse, Isis parvient à retrouver la dépouille de son époux Osiris.

Les boucles d'Isis sont aussi associées à des pouvoirs magiques et à la protection des femmes.

Dans le sanctuaire de Coptos, en Haute-Égypte, une relique de la boucle d'Isis est conservée et vénérée sous le nom de «très grande déesse de la chevelure», considérée comme un porte-bonheur féminin.

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Bérénice et la constellation des boucles

La reine ptolémaïque Bérénice II, née en Cyrénaïque (actuelle Libye), adopte une chevelure bouclée pour s'identifier à Isis.

En 246 avant notre ère, alors que son époux Ptolémée III part en expédition militaire, elle coupe une de ses boucles et l'offre au temple d'Arsinoé II, divinisée, au Cap Zéphyrion.

Cette offrande, imprégnée de parfum, est comparée à celle d'Isis pour Osiris.

Selon la légende, l'astronome Conon de Samos affirme avoir vu la boucle s'élever dans le ciel, transformée en constellation nommée Chevelure de Bérénice.

Cette constellation, autrefois partie de la queue du Lion, devient un symbole de protection pour les navigateurs.

Ce récit illustre le rôle croissant des reines dans l'Égypte ptolémaïque, culminant avec Cléopâtre.

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