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La tapisserie de Bayeux, objet de “pure propagande” utilisé par Napoléon et adoré par Himmler

Courrier International· 10 juillet 2026

La tapisserie est arrivée vendredi 10 juillet à Londres, où elle sera exposée pendant un an. Le quotidien belge “De Standaard” revient sur l’histoire de l’œuvre brodée, ce “chat à neuf vies”, qui a survécu aux “turbulences de l’histoire”.

Résumé

1

Œuvre majeure médiévale

La tapisserie de Bayeux est une fresque brodée de 70 mètres de long et 50 centimètres de haut, réalisée entre 1066 et 1083.

Elle représente l’invasion normande de l’Angleterre et la bataille de Hastings, un événement historique où Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, a vaincu le roi anglo-saxon Harold Godwinson.

Cette œuvre, souvent qualifiée de chef-d’œuvre pour sa précision et son art, est considérée comme un document exceptionnel pour comprendre le Moyen Âge.

Son origine exacte reste mystérieuse : elle aurait été créée par un moine et des religieuses à Canterbury, en Angleterre, avant d’être transportée à Bayeux, en France, où elle a été conservée pendant des siècles dans la cathédrale locale.

La tapisserie a survécu à de nombreux bouleversements historiques, ce qui lui vaut le surnom de chat à neuf vies selon l’historienne Carola Hickx.

2

Propagande politique médiévale

La tapisserie de Bayeux n’est pas une représentation neutre des événements : elle est souvent décrite comme un outil de propagande médiévale.

En effet, elle met en avant la victoire de Guillaume le Conquérant et minimise, voire ignore, les aspects moins glorieux de cette conquête.

Par exemple, les scènes de violence ou les souffrances des populations locales ne sont pas représentées.

Cette partialité s’inscrit dans une logique politique : la tapisserie servait à légitimer le pouvoir normand en Angleterre et à renforcer l’image d’une dynastie conquérante.

Les historiens soulignent que cette fresque brodée était bien plus qu’une simple œuvre d’art : elle était un instrument de communication politique, conçu pour influencer l’opinion publique de l’époque.

3

Voyages périlleux à travers l'histoire

La tapisserie de Bayeux a connu une histoire mouvementée, marquée par des déplacements risqués et des périodes de conservation précaires.

Jusqu’au XVIIIe siècle, elle était exposée seulement neuf jours par an dans la cathédrale de Bayeux, puis rangée pour le reste du temps.

En 1794, pendant la Révolution française, elle a failli être découpée pour décorer un char, mais a été sauvée in extremis.

En 1803, Napoléon Ier l’a fait transporter à Paris sur une charrette pour l’exposer, dans le cadre d’une stratégie politique visant à rappeler la puissance militaire française face à l’Angleterre.

Plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis, dirigés par Heinrich Himmler, ont vu dans cette tapisserie une preuve de la supériorité de la race aryenne, car ils considéraient les Normands comme des Vikings germains.

4

Conflits franco-britanniques

L’histoire de la tapisserie de Bayeux est aussi marquée par des tensions entre la France et l’Angleterre.

Dès le XVIIIe siècle, les historiens des deux pays se sont disputés son origine : les Anglais affirmaient qu’il s’agissait d’une œuvre anglaise, tandis que les Français la revendiquaient comme un patrimoine national.

Cette rivalité s’est intensifiée au XIXe siècle, notamment sous Napoléon Ier, qui a utilisé la tapisserie pour mobiliser l’opinion publique française avant une invasion de l’Angleterre, une opération qui n’a finalement jamais eu lieu.

Plus récemment, en 2025, la tapisserie a été prêtée par la France au British Museum de Londres pour une exposition d’un an, un geste diplomatique lié au Brexit et à la volonté d’Emmanuel Macron de renforcer les liens avec le Royaume-Uni.

5

Interprétations idéologiques modernes

Au XXe siècle, la tapisserie de Bayeux a été récupérée à des fins idéologiques par des régimes autoritaires.

Les nazis, en particulier, ont vu dans cette œuvre une illustration de la supériorité des peuples germaniques, car ils considéraient les Normands comme des ancêtres des Aryens.

Himmler, l’un des principaux dirigeants du IIIe Reich, était obsédé par cette tapisserie et voulait la rapatrier en Allemagne, la présentant comme un monument germanique.

Cette interprétation est aujourd’hui largement contestée par les historiens, qui soulignent que la tapisserie est avant tout un document médiéval reflétant les ambitions politiques d’une époque, et non une preuve de supériorité raciale.

Son retour temporaire à Londres en 2025 rappelle aussi les débats persistants sur la propriété culturelle et la restitution des œuvres d’art.

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