Pérou : de quoi Roberto Sánchez est-il le nom ?
Keiko Fujimori, candidate de l'extrême droite et fille de l'autoritaire Alberto Fujimori (président de 1990 à 2000), est donnée gagnante du scrutin présidentiel. Face à la minceur de l'écart (seulement 40.000 voix d'avance) et aux irrégularités qui semblent avoir entaché le scrutin, Roberto Sánchez exige le recomptage des votes.
En 2026, le Pérou organise une élection présidentielle serrée entre Keiko Fujimori, candidate de l’extrême droite et fille de l’ancien président autoritaire Alberto Fujimori (au pouvoir de 1990 à 2000), et Roberto Sánchez, ancien ministre du Commerce extérieur de Pedro Castillo. Ce dernier, représentant le parti de gauche Juntos por El Peru, conteste les résultats avec seulement 40 000 voix d’avance pour Fujimori et des irrégularités signalées. Sánchez, qui fédère une partie des territoires ayant soutenu Castillo en 2021, incarne une continuité politique tout en adoptant un discours plus modéré pour séduire un électorat plus large.
Roberto Sánchez propose un programme inspiré de celui de Pedro Castillo en 2021, avec des mesures comme la réforme de la Constitution de 1993 (héritée d’Alberto Fujimori), la réduction des inégalités, l’accès aux services publics, la garantie du logement et la reconnaissance des peuples autochtones dans un État plurinational. Il souhaite aussi renforcer les mécanismes de contrôle citoyen via des veedurías (organismes de surveillance) dans l’administration publique. Cependant, face au second tour, il modère son discours en intégrant des économistes modérés comme Pedro Francke et en abandonnant la réforme constitutionnelle, tout en promettant de respecter la stabilité macroéconomique et les accords de libre-échange.
En 2021, Pedro Castillo avait remporté l’élection grâce à un vote massif dans les régions rurales et andines du Sud (Cajamarca, Apurímac, Ayacucho, Puno, Cusco), marquées par la pauvreté, un faible accès aux services publics et un sentiment d’abandon de l’État. Ces territoires exprimaient une revendication sociale, identitaire (valorisation des Quechuas et Aymaras) et une protestation contre les élites de Lima. En 2026, Roberto Sánchez tente de récupérer ce socle, notamment en exigeant la libération de Pedro Castillo, mais avec des résultats moins élevés : par exemple, à Cusco, Castillo avait obtenu 38 % en 2021 contre 23 % pour Sánchez en 2026.
Contrairement à Pedro Castillo, Roberto Sánchez adopte un ton plus modéré et pragmatique, notamment en s’alliant avec des partis du centre gauche comme OBRAS ou Ahora Nación. Cette stratégie vise à rassurer un électorat modéré, mais elle a pu aliéner une partie de la base radicale. De plus, le vote s’est fragmenté au premier tour, avec 15 % pour OBRAS, 14 % pour Ahora Nación et 8 % pour Partido del Buen Gobierno à Cusco, réduisant l’influence de Sánchez. Au second tour, Fujimori a gagné dans des districts du Nord andin, montrant une recomposition du paysage politique.
La candidature de Roberto Sánchez s’inscrit aussi dans la continuité de la mémoire politique liée à la répression post-Castillo. En janvier 2023, le massacre de Juliaca (Puno) a marqué les esprits : dix-huit manifestants tués lors d’affrontements avec les forces de sécurité. Sánchez a visité cette commune pendant l’entre-deux-tours pour dénoncer la violence de l’État et la présidente Dina Boluarte. Cette mémoire de la répression, combinée à l’antifujimorisme (rejet de l’héritage autoritaire d’Alberto Fujimori), a joué un rôle dans sa campagne, bien que cela n’ait pas suffi à le faire élire.
Les Péruviens résidant à l’étranger ont joué un rôle décisif dans le second tour de 2026. Traditionnellement favorables aux candidatures de droite ou du centre droit, ils ont contribué à la victoire de Keiko Fujimori avec environ 40 000 voix d’avance. Une partie significative de ces voix provient des pays d’Europe du Sud (Espagne, Italie) et d’Amérique du Nord, où les électeurs péruviens sont souvent insérés dans des trajectoires migratoires économiquement stables. Le parti de Fujimori, Fuerza Popular, a activement ciblé cet électorat.
Malgré sa défaite présidentielle, Roberto Sánchez et son parti Juntos por El Peru conservent une présence parlementaire. Des figures liées à l’héritage de Pedro Castillo, comme son frère José Mercedes Castillo Terrones, ont été élues au Sénat. D’autres proches d’Antauro Humala, comme Percy Osorio Palpan (Pasco) ou Marlon Aguirre Ramos (Junín), ont aussi obtenu des sièges. Ces résultats montrent une survivance institutionnelle du castillisme, mais sans capacité à former une majorité présidentielle solide. Sánchez tente désormais de maintenir une opposition unie contre Fujimori.
Le cycle politique ouvert en 2021 par Pedro Castillo est aujourd’hui fragmenté. Roberto Sánchez dispose d’une base territoriale et parlementaire, mais sa capacité à élargir son électorat au-delà des bastions ruraux reste incertaine. Une future victoire dépendrait de sa capacité à unifier la gauche péruvienne et à capitaliser sur l’antifujimorisme dans un contexte de polarisation. Pour l’instant, le paysage politique reste instable, oscillant entre mémoire politique, survivance institutionnelle et recomposition territoriale.

