99 grands feux actifs : les États-Unis en proie aux flammes
Après le Canada, toujours en proie aux flammes, le nord-ouest des États-Unis brûle à son tour. À Spokane, dans l'État de Washington, trois incendies ont forcé quelque 60 000 personnes à fuir en urgence durant le week-end.
En 2024, les États-Unis font face à une saison des incendies particulièrement intense, avec 99 grands feux actifs recensés à travers le pays. Un grand feu désigne un incendie de forêt ou de végétation couvrant une superficie d’au moins 100 acres (soit environ 40 hectares). Ces feux, souvent d’une durée prolongée, nécessitent des moyens importants pour être maîtrisés. Leur nombre élevé s’inscrit dans une tendance préoccupante : les incendies deviennent plus fréquents et plus intenses en raison du changement climatique, qui favorise des conditions plus sèches et des températures plus élevées. Les régions les plus touchées se situent principalement dans l’ouest du pays, notamment en Californie, en Oregon et dans l’État de Washington, des zones déjà connues pour leur vulnérabilité aux mégafeux.
Les causes des incendies aux États-Unis sont multiples et souvent liées à l’activité humaine. Environ 85 % des feux sont déclenchés par des actions directes ou indirectes de l’homme, comme des départs de feu accidentels (cigarette, barbecue, ligne électrique), des brûlages agricoles incontrôlés ou des actes de vandalisme. Les 15 % restants sont d’origine naturelle, principalement dus à la foudre. Le contexte climatique actuel aggrave la situation : des vagues de chaleur prolongées, des sécheresses sévères et des vents violents transforment les forêts en poudre à canon. Par exemple, en Californie, l’été 2024 a enregistré des températures record, avec des pics dépassant 40 °C pendant plusieurs semaines, ce qui a asséché la végétation et facilité la propagation des flammes.
Les grands feux ont des conséquences dramatiques pour l’environnement. Ils libèrent d’énormes quantités de CO₂ dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Selon les estimations, les incendies aux États-Unis émettent chaque année entre 100 et 200 millions de tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles de 20 à 40 millions de voitures. Ces feux détruisent également des écosystèmes entiers, menaçant des espèces animales et végétales déjà fragilisées, comme le pin ponderosa ou le douglas. Les sols, privés de leur couverture végétale, deviennent vulnérables à l’érosion, ce qui peut entraîner des glissements de terrain lors des pluies suivantes. Enfin, la fumée des incendies affecte la qualité de l’air sur de vastes zones, posant des risques pour la santé publique, notamment pour les personnes souffrant de maladies respiratoires.
Face à cette crise, les autorités américaines déploient des moyens considérables pour lutter contre les incendies. Le National Interagency Fire Center (NIFC), une agence fédérale coordonnant les efforts de prévention et de lutte, mobilise chaque année des milliers de pompiers, dont certains viennent en renfort d’autres pays comme le Canada ou l’Australie. En 2024, plus de 20 000 pompiers sont engagés sur le terrain, appuyés par des avions bombardiers d’eau et des drones pour surveiller les zones à risque. Le budget alloué à la lutte contre les incendies atteint plus de 5 milliards de dollars par an, un montant en constante augmentation en raison de l’aggravation des feux. Cependant, malgré ces efforts, la lutte reste difficile, notamment en raison de la taille des incendies et des conditions météorologiques extrêmes.
Les incendies ont un coût économique majeur pour les États-Unis. Les pertes directes incluent la destruction de biens immobiliers, d’infrastructures et de ressources naturelles. Par exemple, en 2023, les feux en Californie ont causé des dégâts estimés à plus de 12 milliards de dollars, couvrant les coûts de lutte, les pertes agricoles et les dommages aux habitations. Les assureurs font face à des indemnisations record, ce qui peut entraîner une hausse des primes pour les propriétaires. Indirectement, les incendies perturbent aussi les activités économiques locales, comme le tourisme ou l’exploitation forestière. Le secteur de l’assurance, déjà fragilisé par les catastrophes naturelles, pourrait subir des pressions supplémentaires si la fréquence et l’intensité des feux continuent d’augmenter.
La gestion des incendies aux États-Unis soulève des questions sur les stratégies de prévention à long terme. Traditionnellement, les autorités privilégient la lutte contre les feux une fois déclarés, mais certains experts plaident pour une approche plus proactive, basée sur la *gestion des forêts*. Cette méthode inclut des brûlages contrôlés (*prescribed burns*), qui consistent à réduire la quantité de végétation sèche en allumant des feux maîtrisés en dehors des périodes de risque. Ces techniques, bien que controversées en raison des risques résiduels, permettent de limiter la propagation des grands incendies. Par ailleurs, des discussions portent sur l’adaptation des infrastructures, comme le renforcement des réseaux électriques pour éviter les départs de feu dus aux lignes à haute tension, ou la création de *zones tampons* autour des habitations.

