Québec et une communauté innue au seuil d’une entente de plusieurs milliards de dollars

Hydro-Québec espère régler ses litiges avec Pessamit et construire une nouvelle centrale hydroélectrique.
Résumé
Entente historique
Le gouvernement du Québec et Hydro-Québec négocient une entente majeure avec la communauté innue de Pessamit, située sur la Côte-Nord.
Ce projet, intitulé Entente de nouvelle relation concernant le développement énergétique, vise à réparer les torts causés par des projets hydroélectriques passés, réalisés sans le consentement des Innus depuis les années 1950.
L’entente prévoit des compensations financières colossales : Hydro-Québec versera 992 millions d’euros sur 50 ans, tandis que le gouvernement québécois s’engage à payer 632 millions d’euros sur 10 ans.
Ces montants couvrent les litiges en cours et s’ajoutent à des partenariats futurs, bien que le total de 7 milliards d’euros promis par le conseil de bande ne soit pas encore formalisé.
L’objectif est de reconstruire la confiance et d’assurer un développement énergétique futur sur le territoire innu.
Projets énergétiques
L’entente ouvre la porte à de nouveaux projets énergétiques sur le territoire de Pessamit.
Hydro-Québec envisage notamment la construction d’une nouvelle centrale hydroélectrique appelée Bersimis-1-A, située à 5 km en amont de l’existante Bersimis-1.
Cette installation, alimentée par le réservoir Pipmuacan, pourrait produire entre 1 000 et 2 000 mégawatts (MW), soit l’équivalent de la puissance actuelle de la centrale Manic-2 (1 229 MW).
Hydro-Québec prévoit aussi des projets éoliens et de nouvelles lignes électriques.
Pour chaque projet, Pessamit devra collaborer avec la société d’État, soit en tant que partenaire, soit en recevant des compensations financières.
Par exemple, pour Bersimis-1-A, la communauté pourrait toucher au moins 2,5 millions d’euros par an pendant 50 ans, avec un ajustement en fonction de la puissance produite.
Rôle des Innus
L’entente marque un changement de paradigme : les Innus de Pessamit deviennent des parties prenantes aux projets énergétiques, avec un droit à la consultation dès les premières étapes.
Raphaël Picard, négociateur pour le conseil de bande, souligne que cette approche vise à instaurer une relation paritaire, où les Innus ne sont plus simplement consultés, mais impliqués activement.
Le gouvernement québécois s’engage également à verser 14 millions d’euros par an pendant 50 ans (soit 700 millions d’euros au total) pour soutenir cette nouvelle dynamique.
L’objectif est de refléter une relation plus équilibrée et respectueuse des droits des peuples autochtones, conformément à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
Consultations et divisions
L’entente doit être ratifiée par un référendum organisé ce dimanche à Pessamit.
Depuis lundi, des consultations sont menées auprès des membres de la communauté, incluant des aînés, des jeunes, des pêcheurs et des chasseurs.
Cependant, plusieurs réserves sont exprimées.
Certains, comme Mario Bacon, critiquent la rapidité du processus, estimant que six jours de consultation sont insuffisants pour une décision aussi lourde de conséquences pour les générations futures.
D’autres, comme Marie St-Gelais, demandent plus de temps pour s’informer et exiger un processus informé, libre et éclairé.
Une clause de l’entente suscite particulièrement des inquiétudes : elle stipule que Pessamit ne pourra intenter aucune action en justice contre Hydro-Québec pour les projets existants, ni entraver leur exploitation.
Enjeux et perspectives
Cette entente s’inscrit dans une volonté plus large de réconciliation entre le Québec et les peuples autochtones.
Elle fait suite à une entente-cadre signée en février 2024, qui marquait un premier pas vers une collaboration accrue.
Pourtant, malgré les promesses de développement et de compensation, des tensions persistent au sein de la communauté.
Certains, comme Mario Bacon, préféreraient une approche plus axée sur la protection de l’environnement que sur les retombées financières.
D’autres craignent que le refus de l’entente n’ouvre la porte à des négociations encore plus défavorables.
Le résultat du référendum, prévu ce dimanche, déterminera la suite des relations entre Pessamit, Hydro-Québec et le gouvernement québécois.
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