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Pourquoi des dizaines de milliers de migrants venus du Maroc ont afflué vers l’Espagne?

ICI Radio-Canada· 1 août 2026
 Pourquoi des dizaines de milliers de migrants venus du Maroc ont afflué vers l’Espagne?

Les migrants sont régulièrement instrumentalisés pour déstabiliser des gouvernements, selon des experts.

Résumé

1

Afflux massif à Ceuta

En quelques heures, près de 60 000 migrants en provenance du Maroc ont pénétré dans l’enclave espagnole de Ceuta, une ville autonome située en Afrique du Nord.

Cette arrivée massive a temporairement triplé la population locale, qui compte habituellement 80 000 habitants.

Parmi ces migrants, au moins 67 personnes ont perdu la vie lors de la traversée, souvent en nageant pour éviter les contrôles frontaliers terrestres.

Ceuta est une ville espagnole de 18 kilomètres carrés, frontalière du Maroc sur 8 kilomètres, et située à 15 kilomètres des côtes espagnoles.

Une barrière de 30 millions d’euros a été construite en 2001 pour limiter l’immigration illégale et la contrebande.

Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta ni sur d’autres territoires comme Melilla, ce qui ajoute une dimension géopolitique à cette crise.

2

Réaction des autorités

Face à cet afflux, le gouvernement local de Ceuta a demandé à l’État espagnol de déclarer l’état d’urgence, une mesure qui a été refusée.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’est tout de même rendu sur place pour évaluer la situation.

L’armée a été déployée, les commerces ont été fermés et les habitants se sont barricadés chez eux par précaution.

La quasi-totalité des migrants sont repartis dès le lendemain, selon les autorités espagnoles, qui ont souligné la collaboration étroite entre le Maroc et l’Espagne.

Une barrière pneumatique de 500 mètres a été installée en Méditerranée pour empêcher les traversées à la nage.

Sarah Wolff, professeure à l’Université de Leiden spécialiste des politiques migratoires, a estimé que ces accords de coopération fonctionnaient toujours, malgré l’ampleur de l’afflux.

3

Origine des rumeurs

Plusieurs migrants interrogés ont évoqué des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, affirmant que la frontière entre Ceuta et le Maroc était ouverte.

Ces rumeurs auraient incité des milliers de Marocains à se rendre à Fnideq, une ville marocaine limitrophe de Ceuta.

L’origine exacte de ces rumeurs reste incertaine, mais une décision de la Cour suprême espagnole du 8 juillet pourrait y avoir contribué.

Cette décision stipulait que les migrants arrivant par voie maritime ne pouvaient pas être renvoyés immédiatement sans procédure administrative, contrairement à ceux arrivant par voie terrestre.

Pedro Sánchez et son ministre de l’Intérieur ont accusé des réseaux de passeurs d’avoir mal interprété cette décision pour encourager l’afflux de migrants sans papiers.

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Contexte politique tendu

L’Espagne, dirigée par un gouvernement de gauche, s’est montrée plus ouverte à l’accueil des migrants ces derniers mois, promettant même de régulariser le statut de 500 000 personnes sans papiers.

Certains migrants ont affirmé avoir été influencés par les propos du Premier ministre espagnol relayés sur les réseaux sociaux.

Cette situation rappelle un précédent en 2021, lorsque 10 000 migrants avaient franchi la frontière de Ceuta en une soirée.

À l’époque, le Maroc avait délibérément ouvert la frontière pour faire pression sur l’Espagne après que celle-ci ait accueilli Brahim Ghali, chef d’un mouvement indépendantiste du Sahara occidental, pour des soins médicaux.

Le Maroc revendique ce territoire, soutenu par l’Algérie, ennemi du Maroc.

Plus récemment, l’Espagne s’est rapprochée de l’Algérie, ce qui aurait pu mécontenter le Maroc.

5

Instrumentalisation des migrants

Des experts comme Sarah Wolff soulignent que les migrants sont de plus en plus utilisés comme outil de pression géopolitique.

Ce phénomène n’est pas nouveau : en 2021, la Biélorussie avait poussé des milliers de migrants du Moyen-Orient à franchir illégalement les frontières de la Pologne, de la Lituanie et de la Lettonie.

Wolff cite également le cas de la Libye, où les dirigeants monnayaient leur coopération à la fois avec les pays européens et avec les migrants.

Selon elle, un laisser-faire du Maroc dans le passage des migrants vers Ceuta est probable, car un mouvement de cette ampleur ne peut se produire sans une forme de complicité ou de tolérance.

Cette stratégie vise à déstabiliser les gouvernements ciblés, comme l’a montré l’histoire récente des relations entre le Maroc et l’Espagne.

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