Le coût méconnu du stationnement gratuit

Le Canada compte près de six cases gratuites pour chaque voiture, l’un des taux les plus élevés au monde.
Résumé
SimCity et le stationnement
Les concepteurs du jeu vidéo SimCity, qui simule la construction de villes virtuelles, ont choisi de ne pas représenter le stationnement dans leurs villes.
Selon le directeur créatif du jeu, l'espace consacré au stationnement dans les villes réelles est si important que le jeu serait devenu monotone.
Aux États-Unis, entre six et huit cases de stationnement asphaltées sont prévues pour chaque voiture, couvrant environ 5% du territoire national.
Cette superficie dépasse celle réservée au logement.
Au Canada, les chiffres sont légèrement inférieurs, mais le phénomène reste marqué, notamment au Québec où chaque voiture dispose en moyenne de six cases gratuites réparties dans ses destinations.
Le stationnement gratuit
L'économiste américain Donald Shoup, surnommé la superstar du stationnement, a souligné que les voitures restent stationnées en moyenne 95% de leur temps, alors que peu d'études analysent ce phénomène.
Selon ses travaux, les normes de stationnement gratuit omniprésentes en Amérique du Nord occupent un espace considérable et ont des conséquences indirectes, comme la hausse des coûts de logement.
En effet, deux cases de stationnement avec leurs voies d'accès occupent la même superficie qu'un appartement de deux chambres.
Au Québec, ces normes obligent les promoteurs à réserver une partie de leur terrain au stationnement, ce qui augmente les coûts des projets immobiliers.
Coûts cachés du stationnement
Le stationnement gratuit engendre des coûts indirects pour les municipalités et les contribuables.
À Montréal, une case en bordure de rue coûte en moyenne 1 275 $ par an à la Ville, couvrant l'entretien, le déneigement et le coût du terrain.
Les vignettes de stationnement payant pour les résidents ne couvrent qu'une fraction de ces coûts.
De plus, les normes minimales de stationnement, imposées depuis les années 1950, sont basées sur des estimations approximatives et non sur des données scientifiques.
Ces normes obligent les promoteurs à construire des stationnements inutiles, ce qui représente entre 15% et 20% du coût d'un projet immobilier en milieu urbain au Québec.
Crise du logement et stationnement
Le stationnement gratuit aggrave la crise du logement en occupant un espace précieux.
Selon l'organisation Vivre en ville, transformer un tiers des stationnements hors rue de Montréal en logements permettrait d'accueillir 43 000 personnes.
Cependant, les normes minimales de stationnement obligent les promoteurs à construire des stationnements, limitant ainsi l'espace disponible pour le logement.
Des villes comme Edmonton ont supprimé ces normes en 2020, et d'autres au Québec, comme Sherbrooke, ont suivi cette tendance.
Cette mesure vise à libérer de l'espace pour des logements ou des infrastructures vertes.
Solutions et innovations
Plusieurs solutions sont proposées pour optimiser l'espace dédié au stationnement.
La mutualisation des stationnements permet de partager les cases entre propriétés voisines lorsque celles-ci ne sont pas utilisées simultanément.
À Montréal, l'Agence de mobilité durable (AMD) envisage une tarification optimisée du stationnement pour réduire la congestion et générer des revenus.
Selon Donald Shoup, une tarification idéale garantit qu'il reste toujours une ou deux places disponibles pour se garer.
Des outils interactifs, comme celui développé par Vivre en ville, aident les municipalités à calculer les gains potentiels de la reconversion des stationnements en logements ou espaces verts.
Impact environnemental
Les stationnements asphaltés contribuent à plusieurs problèmes environnementaux.
Ils favorisent la création d'îlots de chaleur, aggravent l'imperméabilisation des sols et augmentent les risques d'inondations.
En Europe, où les villes ont souvent été aménagées avant l'arrivée de l'automobile, l'espace dédié au stationnement est bien moindre qu'en Amérique du Nord.
Au Québec, les quartiers plus anciens, comme le Plateau-Mont-Royal ou Saint-Roch, suivent davantage ce modèle européen, avec moins d'espace réservé au stationnement.
Rôle des municipalités
Les municipalités jouent un rôle clé dans la gestion du stationnement.
Elles doivent équilibrer les besoins des automobilistes, souvent attachés au stationnement gratuit, avec les coûts réels pour la collectivité.
Certaines villes, comme Laval, cherchent à reconvertir des stationnements en logements ou parcs, mais ces projets peuvent rencontrer des résistances locales.
L'Agence de mobilité durable (AMD) à Montréal vise à offrir suffisamment de places gratuites pour les clientèles vulnérables tout en optimisant la tarification pour réduire la congestion et générer des revenus.
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