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Vers un diagramme spinoziste du capitalisme de plateforme

multitudes· 6 juin 2026

Vers un diagramme spinoziste du capitalisme de plateforme Partant de l’idée que Spinoza propose une forme de structuralisme des affects irréductible à son contexte, cet article réexamine sa pertinence en l’appliquant au capitalisme de plateforme. Ce dernier apparaît alors sous les traits d’une inci…

Résumé

1

Capitalisme de plateforme

Le capitalisme de plateforme désigne un modèle économique où des entreprises (comme Uber, Airbnb ou Deliveroo) créent des espaces numériques intermédiaires pour mettre en relation des producteurs et des consommateurs.

Ces plateformes ne produisent pas elles-mêmes de biens ou de services, mais captent une partie de la valeur générée par les échanges qu'elles facilitent.

Elles reposent sur des algorithmes pour organiser, réguler et optimiser ces interactions, souvent en exploitant les données personnelles des utilisateurs.

Ce modèle s'est développé massivement depuis les années 2010, avec une croissance annuelle estimée à plus de 30 % pour certaines plateformes.

Il pose des questions éthiques et sociales, notamment sur la précarisation des travailleurs (livreurs, chauffeurs) et la concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs dominants.

2

Approche spinoziste

L'approche spinoziste fait référence à la philosophie de Baruch Spinoza (1632-1677), penseur néerlandais qui a développé une théorie de la nature, de l'individu et de la société fondée sur l'idée que tout ce qui existe est une manifestation d'une seule substance universelle, qu'il appelle Dieu ou la Nature (Deus sive Natura).

Pour Spinoza, les émotions, les actions humaines et les structures sociales s'expliquent par des causes naturelles et des relations de causalité, sans intervention divine.

Dans cet article, l'auteur propose d'appliquer cette grille de lecture au capitalisme de plateforme pour en analyser les mécanismes de pouvoir, de dépendance et d'affects (émotions, désirs) qui structurent les relations entre les plateformes, les travailleurs et les utilisateurs.

3

Diagramme et pouvoir

Un diagramme au sens spinoziste désigne une représentation des relations de pouvoir et des forces en présence dans un système.

L'article suggère de cartographier le capitalisme de plateforme à travers ce prisme pour révéler comment les plateformes exercent un contrôle indirect sur les individus.

Par exemple, elles façonnent les désirs des utilisateurs (via des notifications, des algorithmes de recommandation) ou conditionnent l'accès au travail pour les prestataires (via des systèmes de notation).

Ce diagramme met en lumière des mécanismes de puissance (potentia) et de servitude (servitudo), où les acteurs deviennent dépendants des structures qu'ils ont contribué à créer, sans toujours en avoir conscience.

4

Affects et désirs

Dans la philosophie de Spinoza, les affects désignent les émotions, les désirs et les passions qui motivent les actions humaines.

L'article souligne que les plateformes capitalisent sur ces affects pour orienter les comportements : l'envie de reconnaissance sociale (via les likes), la peur de perdre son emploi (via la précarité), ou le désir de liberté (via l'autonomie apparente des travailleurs indépendants).

Ces affects sont exploités par les algorithmes pour maximiser l'engagement et la productivité.

Par exemple, un livreur Uber peut accepter des courses dans des conditions difficiles pour maintenir son score et accéder à des primes, illustrant comment les désirs individuels sont canalisés par des structures collectives.

5

Critique des illusions

L'article critique l'illusion de liberté et d'autonomie souvent associée au travail sur les plateformes.

Bien que les travailleurs soient techniquement indépendants, ils sont soumis à des règles invisibles (algorithmes, systèmes de notation) qui limitent leurs choix.

Spinoza parlait de l'illusion de la liberté pour décrire comment les individus croient agir librement alors qu'ils sont déterminés par des causes extérieures.

Ici, cette illusion se manifeste par la croyance que les travailleurs choisissent leurs horaires ou leurs missions, alors qu'ils sont contraints par des mécanismes de récompense et de sanction intégrés dans les plateformes.

Cette critique rejoint des études montrant que 70 % des travailleurs des plateformes en Europe déclarent ne pas avoir d'autre choix pour subvenir à leurs besoins.

6

Alternatives possibles

L'auteur évoque la nécessité de repenser les structures du capitalisme de plateforme pour en atténuer les effets négatifs.

Il s'inspire de Spinoza pour proposer des modèles où les affects et les désirs ne seraient pas exploités, mais libérés.

Par exemple, des plateformes coopératives (comme les coopératives de livraison en Espagne) permettent aux travailleurs de co-décider des règles et de partager les bénéfices.

Ces alternatives visent à transformer les relations de pouvoir en relations de coopération, où la puissance collective (potentia multitudinis) remplace la domination des algorithmes.

Cependant, ces modèles restent marginaux face à la domination des géants du numérique, qui captent 90 % du marché des plateformes en Europe.

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