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Microplastiques, molécules toxiques… Comment limiter la pollution des pneus de voiture

Mathilde Picard· 2 août 2026
Microplastiques, molécules toxiques… Comment limiter la pollution des pneus de voiture

Lorsque nous roulons, nos pneus s’usent et libèrent des centaines de molécules toxiques qui contaminent jusqu’aux fruits et légumes. Existe-t-il des pneus moins nocifs que d’autres pour la santé et l’environnement ? Vert fait le point.

Résumé

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Pneus : source cachée de pollution

Un pneu de voiture s'use en moyenne de quatre kilogrammes sur toute sa durée de vie, soit environ quatre ans.

Cette usure libère des centaines de microplastiques et de composés chimiques dans l'environnement.

Parmi ces particules, on trouve des hydrocarbures aromatiques comme le benzène, classé cancérogène, ainsi que des polymères et des micro ou nanoplastiques.

Ces résidus sont ensuite transportés par la pluie vers les cours d'eau et le milieu marin, contaminant ainsi les sols, l'eau et l'air.

Le frottement entre le pneu et la route est la principale cause de cette pollution, bien que les moteurs des véhicules en génèrent également.

En France, le trafic routier lors des chassés-croisés estivaux aggrave ce phénomène, mais la pollution des pneus reste moins connue que celle des émissions des moteurs.

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40% de risques dans les pneus

En 2025, l'ONG Agir pour l'environnement a analysé la composition de pneus de six grandes marques et identifié 1 954 composés différents.

Parmi eux, 40% présentent des risques aigus pour la santé humaine et l'environnement aquatique.

Parmi ces substances, 112 sont considérées comme cancérigènes, mutagènes (qui modifient l'ADN) ou reprotoxiques (toxiques pour la reproduction), parfois cumulant plusieurs de ces propriétés.

Ces composés pénètrent dans les sols, l'eau et l'air, exposant l'ensemble de la population, en particulier les enfants, à des risques accrus de cancers, de troubles neurologiques, de maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Les effets précis de ce mélange complexe sur la santé restent difficiles à évaluer en raison de sa diffusion diffuse dans l'environnement.

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Le 6PPD, polluant controversé

Le 6PPD est une molécule ajoutée aux pneus pour les protéger de l'oxydation et prolonger leur durée de vie.

En se dégradant, elle se transforme en 6PPD-quinone, un composé toxique qui, une fois lessivé par la pluie, atteint les rivières et menace la fertilité des poissons.

En janvier 2026, des fabricants comme Michelin, Pirelli ou Bridgestone ont été poursuivis aux États-Unis pour avoir décimé des populations de saumons sauvages en utilisant cette substance.

En Europe, des traces de 6PPD-quinone ont été détectées dans le lac d'Annecy (France) en janvier 2026, ainsi que dans des fruits et légumes en Suisse, y compris ceux issus de l'agriculture biologique.

Une étude a révélé que près d'un tiers des fruits et légumes consommés en Suisse en contenaient.

Une autre molécule, la DPG (1,3-diphénylguanidine), également présente dans les pneus, est déjà considérée comme toxique pour l'environnement aquatique par l'Agence de sécurité sanitaire française (Anses).

4

Effets méconnus sur l'humain

Des chercheurs de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) ont détecté des additifs de pneus, dont le 6PPD-quinone et la DPG, dans l'urine humaine, confirmant leur présence dans le sang.

Bien que leur impact exact sur la santé humaine reste méconnu, certaines de ces substances sont déjà connues pour être neurotoxiques chez les poissons.

Les scientifiques soulignent la difficulté d'évaluer la toxicité du mélange complet des additifs, car ils peuvent interagir entre eux et multiplier ou neutraliser certains risques.

Une équipe de recherche travaille actuellement à développer une méthodologie pour mieux comprendre ces effets combinés, appelés effet cocktail.

Ces résultats invitent à la prudence, même s'il n'existe pas encore de preuve directe de leur dangerosité pour l'être humain.

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Solutions en discussion en Europe

Face à cette pollution, des associations comme Agir pour l'environnement réclament plus de transparence de la part des industriels sur la composition des pneus.

Elles demandent également la mise en place d'un étiquetage européen incluant un indicateur de toxicité.

En Europe, des pays comme l'Autriche et le Danemark ont demandé à l'Agence européenne des produits chimiques d'interdire le 6PPD.

L'ONG Agir pour l'environnement a rejoint cette initiative, estimant que sans contrainte réglementaire, les fabricants ne modifieront pas leurs procédés de fabrication.

Aucune marque ne se distingue actuellement comme exemplaire : toutes utilisent des composés potentiellement toxiques.

L'association automobile allemande Adac a cependant classé Michelin comme la marque réduisant le plus l'abrasion de ses pneus en 2025, après des tests sur 160 produits.

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Actions individuelles et collectives

Pour limiter la pollution des pneus, plusieurs solutions sont envisageables.

À l'échelle individuelle, éviter une conduite sportive avec des accélérations et freinages brusques réduit l'usure des pneus.

Privilégier les véhicules légers est également efficace : par exemple, une Tesla Y, plus lourde de 464 kg qu'une Fiat 600e, rejette l'équivalent d'une bouteille plastique de 1,5 litre de microparticules tous les 150 kilomètres.

Au niveau des infrastructures, les ronds-points génèrent plus de particules que les dos d'âne, et éviter les zones de freinage intense diminue la pollution.

Enfin, utiliser les transports en commun plutôt que sa voiture en solitaire reste la solution la plus efficace pour réduire l'impact environnemental global.

Ces mesures, combinées à des innovations industrielles, pourraient atténuer significativement la pollution liée aux pneus.

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