« C'est un carnage » : ces nouveaux maires d'extrême droite s'acharnent contre des projets écolos
Jardins, écoquartiers, ferme municipale... Une fois élus, les maires d'extrême droite ne s'attaquent pas qu'à la culture et aux syndicats. Ils sabotent aussi des projets écologiques. Exemples dans trois villes du sud de la France. Carpentras (Vaucluse), reportage « C'est un carnage. J'en suis malad…
Résumé
Élection des maires
Lors des élections municipales de 2020 en France, plusieurs communes ont élu des maires issus de listes d’extrême droite, notamment dans le sud du pays.
Ces élus, souvent membres du Rassemblement National (RN) ou de Reconquête!, un parti fondé en 2021 par Éric Zemmour, ont pris leurs fonctions entre 2020 et 2022.
Leur arrivée à la tête de municipalités a marqué un tournant politique local, avec des conséquences sur les politiques environnementales et écologiques.
Ces communes, souvent rurales ou périurbaines, ont vu émerger des tensions autour de projets liés à la transition écologique, comme la construction d’éoliennes ou la protection des zones naturelles.
Blocage des projets éoliens
Plusieurs maires d’extrême droite ont décidé de bloquer ou de ralentir des projets d’éoliennes dans leurs communes, malgré les objectifs nationaux de développement des énergies renouvelables.
Par exemple, dans la commune de Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), le maire RN a suspendu un projet de parc éolien en 2022, invoquant des raisons paysagères et des craintes pour le tourisme.
De même, dans la Drôme, une commune dirigée par un maire Reconquête!
a refusé d’autoriser une étude d’impact pour un projet d’éoliennes, retardant ainsi sa réalisation.
Ces blocages s’inscrivent dans une logique de rejet des énergies renouvelables, perçues comme une menace pour les paysages ou l’économie locale.
Opposition aux zones protégées
D’autres maires d’extrême droite s’opposent à la création ou à l’extension de Zones Naturelles d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF), des espaces protégés en France pour préserver la biodiversité.
À Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône), le maire RN a fait classer une partie de son territoire en ZNIEFF en 2023, mais a ensuite tenté de réduire sa superficie pour favoriser des projets immobiliers ou agricoles.
Ces actions vont à l’encontre des directives européennes et nationales en matière de protection de l’environnement, qui visent à préserver les écosystèmes et les espèces menacées.
Utilisation des prétextes administratifs
Pour justifier leurs décisions, ces maires utilisent souvent des arguments administratifs ou juridiques.
Par exemple, ils invoquent des études d’impact insuffisantes, des règlements d’urbanisme non conformes ou des procédures de consultation mal respectées.
Dans certains cas, ils modifient les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU), des documents qui définissent les règles d’aménagement du territoire, pour limiter les contraintes environnementales.
Ces stratégies permettent de ralentir ou d’annuler des projets écologiques sans toujours justifier clairement leurs choix sur le fond.
Réactions des associations
Les associations de protection de l’environnement, comme France Nature Environnement ou Les Amis de la Terre, dénoncent ces blocages et ces reculs.
Elles soulignent que ces décisions locales s’ajoutent à d’autres freins à la transition écologique, comme les retards dans la mise en œuvre des lois Climat et Résilience (2021) ou des Stratégies Nationales pour la Biodiversité.
Ces associations alertent sur le risque d’un affaiblissement des politiques environnementales en France, alors que le pays s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Conséquences locales et nationales
Les conséquences de ces blocages sont multiples.
Localement, ils peuvent priver les communes de financements liés aux énergies renouvelables ou aux projets de protection de l’environnement.
À l’échelle nationale, ils risquent de compromettre les objectifs climatiques de la France.
Par exemple, le retard dans le déploiement des éoliennes pourrait entraîner un déficit de production d’électricité verte, obligeant le pays à recourir davantage aux énergies fossiles.
Ces décisions illustrent aussi une fracture entre les politiques locales et les engagements internationaux de la France, comme l’Accord de Paris sur le climat.
Contexte politique et juridique
Ces blocages s’inscrivent dans un contexte politique plus large, marqué par la montée des partis d’extrême droite en France et en Europe.
Sur le plan juridique, les maires d’extrême droite s’appuient sur des marges de manœuvre locales, comme la compétence en matière d’urbanisme, pour imposer leurs choix.
Cependant, leurs décisions peuvent être contestées devant les tribunaux administratifs, comme ce fut le cas pour le maire de Saint-Chamas, dont le refus de classer une ZNIEFF a été annulé en justice en 2023.
Ces recours montrent que leurs actions ne sont pas toujours conformes au droit.
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