10 000 tonnes de saumons français : une première mégaferme à poissons va ouvrir, malgré le désaccord de la ministre de l’Ecologie
Le poisson le plus consommé en France est aussi importé à hauteur de 99 %. Mais tout va changer acec cette première mégaferme terrestre située en Gironde, qui produira 10 000 tonnes par an.
Une mégaferme terrestre dédiée à l'élevage de saumons va ouvrir en Gironde, dans le sud-ouest de la France, sur un site industriel désaffecté de 14 hectares à Verdon-sur-Mer. Ce projet, porté par l'entreprise Pure Salmon, vise une production annuelle de 10 000 tonnes de saumons, ce qui en ferait la première ferme de ce type en France. L'investissement s'élève à 280 millions d'euros, principalement financés par un fonds d'investissement basé à Singapour. La ferme utilisera une technologie d'aquaculture en recirculation, un système fermé qui recycle l'eau et limite les rejets dans l'environnement. Le début de la production est prévu pour la fin de la décennie 2020.
Le saumon est le poisson le plus consommé en France, avec une dépendance massive aux importations : 99 % du saumon consommé dans le pays provient de l'étranger. Cette situation s'explique en partie par les contraintes liées à l'élevage traditionnel, qui nécessite d'importantes ressources, notamment des poissons sauvages transformés en farine ou en huile pour nourrir les saumons d'élevage. La création de cette mégaferme répond donc à un enjeu de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire la capacité d'un pays à produire lui-même une partie de sa nourriture pour réduire sa dépendance aux importations.
Le projet suscite des critiques, notamment de la part de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui s'y oppose personnellement. Elle rejoint ainsi 27 organisations non gouvernementales (ONG) regroupées dans un collectif appelé Appel pour l'océan, qui dénoncent un projet jugé démesuré et potentiellement néfaste pour l'environnement. Les opposants soulignent les risques liés à l'élevage intensif, comme la pollution ou l'impact sur la biodiversité marine. Malgré ces réserves, la préfecture de Gironde a donné son feu vert, sous réserve de respecter un cadre environnemental strict.
Les défenseurs de la mégaferme mettent en avant plusieurs avantages. D'abord, elle permettrait de créer 250 emplois directs, ce qui est un argument majeur pour la région. Ensuite, le projet promet une traçabilité irréprochable des saumons produits, garantissant une meilleure transparence sur leur origine et leur mode de production. Enfin, l'entreprise Pure Salmon affirme que sa technologie d'aquaculture en recirculation limite fortement l'impact sur l'environnement, en réduisant la consommation d'eau et les rejets polluants. Ces arguments ont convaincu les autorités locales, qui y voient une opportunité de revitaliser une friche industrielle.
Le projet illustre les tensions entre *souveraineté alimentaire* et *protection de l'environnement*. D'un côté, la France cherche à réduire sa dépendance aux importations de saumon, un enjeu économique et stratégique. De l'autre, les critiques soulignent les risques écologiques et la nécessité de préserver les écosystèmes marins. La ministre de l'Écologie, bien que critique, n'a pas pu bloquer le projet, car la décision finale revenait à la préfecture de Gironde. Ce cas montre comment les projets industriels peuvent diviser les acteurs politiques et sociaux, entre impératifs économiques et préoccupations environnementales.

