NapseflowNapseflow
Article externe

Transition énergétique : quel est le rôle des syndicats dans les projets industriels ?

<name>Nils Hammerli, doctorant, Université Paris Dauphine – PSL</name> <foaf:homepage rdf:resource="https://theconversation.com/profiles/nils-hammerli-2712682"/>· 7 juillet 2026

La transition énergétique est parfois présentée comme une opportunité pour redynamiser l’économie française, tout en permettant de répondre aux défis environnementaux. Parmi les nombreux acteurs impliqués dans les projets industriels en lien avec cette transition, les organisations syndicales reste…

Résumé

1

Transition énergétique en France

La transition énergétique désigne la transformation des systèmes de production et de consommation d'énergie pour réduire leur impact environnemental, notamment en limitant les émissions de gaz à effet de serre.

En France, ce processus est présenté comme une opportunité économique et écologique.

Parmi les acteurs impliqués, les organisations syndicales, bien que traditionnellement actives dans le secteur industriel, restent peu visibles dans les débats publics autour de cette transition.

Une étude sur la reconversion de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, illustre leur rôle et leurs limites.

En novembre 2023, la CGT a lancé un plan d'actions syndicales pour l'industrie et l'environnement, discuté lors d'une journée de débats en mai 2024 avec 700 militants et des têtes de liste aux élections européennes.

2

Reconversion de Grandpuits

En 2020, TotalEnergies annonce la reconversion de sa raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) en une plateforme «zéro pétrole» pour 2024-2026.

Le projet initial prévoyait une usine de biocarburants, une usine de bioplastiques et une usine de recyclage chimique des plastiques.

Cependant, en juin 2023, l'usine de bioplastiques est abandonnée au profit d'une usine de recyclage mécanique des plastiques et d'une unité de production de biogaz.

Cette reconversion entraîne la suppression de plusieurs centaines d'emplois, un sujet central pour les syndicats locaux.

Le projet est décidé unilatéralement par Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, sans concertation préalable avec les représentants du personnel.

3

Rôle des syndicats limité

Les syndicats ont dénoncé l'absence de concertation sur les suppressions d'emplois liées à la reconversion de Grandpuits.

Leur rôle se limite à un avis consultatif sur le projet, sans possibilité d'influer sur les décisions.

Les négociations se concentrent sur les mesures sociales d'accompagnement (MSA) pour les salariés partants ou restant, comme les conditions de départ ou de reclassement.

Les syndicats représentatifs ont émis un avis négatif sur le projet, mais cela n'a pas modifié les orientations de TotalEnergies.

Le dialogue social, encadré par le comité social et économique (CSE), ne permet pas aux syndicats de suspendre ou de modifier les projets industriels, même lorsqu'ils sont contestés.

4

Cadre légal insuffisant

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 introduit les enjeux environnementaux dans les compétences du CSE, mais ne prévoit aucune dimension environnementale pour les consultations liées aux restructurations ou aux plans de sauvegarde de l'emploi (PSE).

Les syndicats n'ont donc aucun pouvoir de négociation sur les aspects écologiques ou stratégiques des projets industriels.

Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de faiblesse structurelle des syndicats pour influencer les négociations collectives, souvent favorables aux intérêts patronaux.

Malgré cette limitation, les syndicats manifestent une volonté de participer aux décisions stratégiques, notamment sur la transition énergétique.

5

Positionnements syndicaux variés

Les syndicats affichent des positions contrastées sur la reconversion de Grandpuits.

La CFE-CGC TotalEnergies souhaite «challenger» la stratégie de décarbonation de l'entreprise et incite à accélérer les projets de transition, tout en critiquant les modalités salariales.

La CGT Grandpuits, en alliance avec des ONG comme Greenpeace et les Amis de la Terre, propose un projet alternatif plus écologique et sans suppression d'emplois.

La CFDT TotalEnergies, quant à elle, se concentre principalement sur les suppressions d'emplois et l'absence de dialogue social, tout en considérant que la reconversion va «dans le bon sens» sur le plan écologique, avec une certaine prudence.

6

Critiques écologiques du projet

Les militants de la CGT et des ONG écologistes critiquent les choix technologiques de TotalEnergies pour Grandpuits.

Ils soulignent que les biocarburants émettent plus de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles en raison de la déforestation, que le recyclage des plastiques nécessite l'ajout de pétrole, et que les bioplastiques reposent sur des monocultures intensives de betteraves sucrières, néfastes pour l'environnement.

Ces critiques visent à délégitimer la communication «verte» de TotalEnergies autour du projet.

Malgré ces mobilisations, les orientations productives de la reconversion n'ont pas été modifiées.

7

Démocratie salariale en question

L'enquête révèle que les salariés et les syndicats sont intéressés par les enjeux de la sortie des énergies fossiles et souhaitent participer aux décisions industrielles.

Cependant, le cadre institutionnel du dialogue social ne leur permet pas de peser sur ces décisions, remettant en cause le caractère démocratique de la transition énergétique.

Les syndicats, bien que motivés, restent cantonnés à un rôle consultatif, sans pouvoir réel sur les orientations stratégiques des entreprises.

Cette situation interroge la capacité des salariés à influencer les politiques industrielles dans un contexte de transition énergétique.

Commentaires (0)

Connecte-toi pour commenter

Se connecter

Aucun commentaire pour le moment.

Voir aussi

Plus de contenus dans cette catégorie →

Découvre plus de contenu sur Napseflow