Face à la canicule, la leçon d'architecture venue du Sahara
Dans les années 1960, André Ravéreau, un architecte français, découvre les principes urbains de la vallée du M’Zab, au sud de l’Algérie. Des idées low tech inspirantes pour imaginer des villes résilientes face à la canicule.
Résumé
Architecture saharienne
Dans les années 1960, l’architecte français André Ravéreau découvre dans la vallée du M’Zab, au sud de l’Algérie, une architecture traditionnelle adaptée à la canicule.
Cette région abrite cinq villes fortifiées, appelées pentapole, où les habitants ont développé des techniques de construction pour survivre à des étés où les températures atteignent régulièrement 34°C.
Ces méthodes, dites vernaculaires, sont nées de contraintes climatiques locales et reposent sur des principes simples mais efficaces.
Ravéreau, nommé architecte en chef des Monuments historiques du patrimoine en 1959, a étudié ces solutions pour en tirer des enseignements transposables à d’autres régions confrontées à la chaleur.
Murs épais et ruelles étroites
Les maisons du M’Zab sont conçues avec des murs épais et blancs, capables d’absorber la chaleur diurne et de la restituer progressivement la nuit.
Cette technique limite la montée des températures à l’intérieur des habitations.
Les ruelles, volontairement étroites et sinueuses, réduisent l’exposition directe au soleil en créant des zones d’ombre permanentes.
Les toits-terrasses, accessibles depuis les étages supérieurs, permettent aux habitants de s’adapter aux variations de température : ils y dorment la nuit pour profiter de la fraîcheur nocturne, tandis que les murs épais maintiennent une température plus basse à l’intérieur pendant la journée.
Ces principes rappellent ceux observés dans les pueblos andalous, où des constructions similaires sont utilisées pour lutter contre la chaleur.
Patio et circulation d’air
Au cœur des maisons du M’Zab se trouve un patio central, un espace ouvert entouré de murs qui favorise la circulation naturelle de l’air.
L’air chaud, plus léger, s’élève et s’échappe par le haut, tandis que l’air frais, plus dense, descend vers les niveaux inférieurs.
Ce système, appelé effet de cheminée, permet de rafraîchir les pièces sans recourir à des systèmes mécaniques.
Les murs en terre ou en pierre, associés à des sols en pierre ou en terre cuite, contribuent également à réguler la température en stockant la fraîcheur nocturne et en la restituant progressivement.
Le mobilier, souvent intégré aux murs sous forme de banquettes maçonnées, évite l’accumulation de chaleur liée aux matériaux comme le bois.
Nomadisme interne
Les habitants du M’Zab pratiquent ce que Clément Gaillard, urbaniste et designer, nomme le nomadisme interne : un mode de vie où les activités et les lieux de repos sont adaptés aux variations de température au fil de la journée.
Pendant les heures les plus chaudes, les Mozabites se réfugient à l’intérieur des maisons, où les murs épais et le patio maintiennent une température supportable.
Le soir venu, ils investissent les toits-terrasses pour dormir, profitant de la fraîcheur nocturne.
Ce phénomène physique, appelé rayonnement thermique, permet au corps de perdre de la chaleur en direction d’un ciel nocturne équivalent à -15 ou -20°C, accélérant ainsi le refroidissement naturel.
Cette pratique illustre une adaptation culturelle à un environnement extrême.
Leçons pour l’architecture moderne
Les principes architecturaux du M’Zab offrent des pistes pour concevoir des logements résilients face aux canicules, sans recourir systématiquement à la climatisation.
Clément Gaillard souligne que le nomadisme interne est encore peu exploité dans les sociétés modernes, où les foyers climatisent souvent un seul espace (comme le salon) tout en laissant les chambres surchauffées.
Une solution pourrait consister à transformer temporairement le salon climatisé en chambre pendant les pics de chaleur.
Ces savoirs anciens, combinés aux technologies contemporaines, pourraient permettre de réduire la dépendance aux systèmes de refroidissement énergivores.
André Ravéreau et sa compagne Manuelle Roche ont documenté ces modes de vie pendant près de vingt ans, mettant en lumière des solutions durables et accessibles.
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