La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 3/25 : Les Neuf de Valdestillas
"Les Neuf de Valdestillas", épisode de la série "La mémoire des vaincus", retrace en 2004 le combat contre le néant mémoriel entrepris par Asuncion Esteban pour exhumer les restes de sa famille, victimes de la répression franquiste lors de la guerre d'Espagne.
Résumé
Les Neuf de Valdestillas
Les Neuf de Valdestillas sont neuf hommes fusillés le 22 octobre 1936 pendant la guerre civile espagnole.
Leurs noms étaient Dionisio, Hipólito, Mateo, Teófilo, Federico, Celedonio, Fermin, Pedro et Carlos.
Ils ont été assassinés par des phalangistes, membres de la Falange Española, un mouvement politique d'extrême droite fondé en 1933 et qui a joué un rôle clé dans le soulèvement nationaliste contre la République espagnole.
Ces neuf hommes, originaires du village de Valdestillas en Castille, ont été exécutés sommairement sur le bord d'une route, sans procès ni jugement.
Leur histoire illustre la répression brutale exercée par les forces franquistes contre les opposants politiques, notamment les républicains, les socialistes, les anarchistes et les communistes.
Asunción Esteban et le devoir de mémoire
Asunción Esteban, professeure d'histoire médiévale à l'université de Valladolid et petite-nièce des Neuf de Valdestillas, a entrepris une démarche de mémoire familiale et collective.
En 2002, elle a réussi à faire exhumer les restes de sa famille pour leur offrir une sépulture digne dans leur village d'origine.
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des victimes du franquisme, qui a émergé en Espagne au tournant des années 2000.
Pendant près de 40 ans, le régime de Franco a imposé un silence sur les crimes commis, maintenant les victimes dans l'oubli et la honte.
Ce travail de mémoire, porté par les descendants des victimes, vise à briser ce silence et à rendre justice aux « vaincus » de la guerre civile.
Contexte historique et politique
La guerre civile espagnole (1936-1939) a opposé les forces républicaines, soutenues par une partie de la population et des milices ouvrières, aux nationalistes, menés par le général Franco et soutenus par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste.
La victoire des nationalistes en 1939 a instauré une dictature qui a duré jusqu'à la mort de Franco en 1975.
Pendant cette période, les vaincus de la guerre, notamment les républicains, ont été persécutés, emprisonnés ou exécutés.
Après la mort de Franco, l'Espagne a entamé une transition démocratique, mais le sujet de la mémoire des victimes est resté tabou pendant des décennies.
Ce n'est qu'au début des années 2000 que des initiatives comme celle d'Asunción Esteban ont émergé pour exhumer les fosses communes et reconnaître officiellement ces crimes.
La question de la vérité et du pardon
L'émission de France Culture pose une question centrale : peut-il y avoir un pardon sans une reconnaissance de la vérité ?
Pendant des décennies, l'Espagne a vécu dans un déni partiel de son passé, où les crimes du franquisme étaient minimisés ou ignorés.
Les familles des victimes, comme celle d'Asunción Esteban, ont longtemps été privées de sépulture pour leurs proches, ce qui a aggravé leur souffrance.
Le travail de mémoire, symbolisé par l'exhumation des Neuf de Valdestillas, vise à rendre justice aux victimes en leur offrant une sépulture digne et en reconnaissant officiellement les crimes commis.
Ce processus est essentiel pour permettre aux familles de faire leur deuil et pour que la société espagnole puisse regarder son histoire en face.
Impact et héritage de l'initiative
L'histoire des Neuf de Valdestillas et le combat d'Asunción Esteban ont eu un écho bien au-delà de leur village.
En 2002, leurs restes ont été inhumés dans le cimetière de Valdestillas, mettant fin à des décennies d'oubli.
Cette initiative a inspiré d'autres familles en Espagne à rechercher les fosses communes de leurs proches et à exiger la reconnaissance des crimes franquistes.
Elle a également contribué à faire évoluer le débat public sur la mémoire historique en Espagne, bien que des résistances persistent.
Ce travail de mémoire reste un enjeu majeur pour la société espagnole, qui cherche à concilier vérité, justice et réconciliation nationale.
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