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Société

«C'est comme si on vous mettait à nu»: au Haut-Vernet, le rouleau compresseur de la médiatisation et le deuil impossible du petit Émile

Slate FR · mis à jour il y a 7 h

Le 8 juillet 2023, un petit garçon d'à peine 3 ans disparaissait dans une vallée des Alpes-de-Haute-Provence. Alors que des fragments de son corps ont été retrouvés et qu'un épais mystère entoure les circonstances du drame, la machine médiatique s'emballe et ravage tout sur son passage..

Un drame qui frappe

Le 8 juillet 2023, Émile Soleil, un enfant de 2 ans et demi, disparaît dans le hameau du Haut-Vernet, situé dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ce village de 132 habitants, habituellement paisible, est soudainement propulsé sous les projecteurs après cette disparition. Les recherches mobilisent près de 800 personnes, dont des gendarmes, des journalistes et des volontaires. Les habitants, comme Magali Lamy, se souviennent de cette nuit où les hélicoptères ont troublé une soirée entre amis, annonçant la disparition de l’enfant. Les premiers jours, l’hypothèse d’un enfant égaré dans la campagne environnante est privilégiée, une situation normale pour les locaux où les enfants circulent librement. Cependant, malgré les battues et les recherches, Émile ne réapparaît pas, plongeant le village dans l’incertitude et le deuil.

Un village déjà marqué

Le Haut-Vernet n’en est pas à son premier drame. En 2008, le meurtre de Jeannette Grosos, gérante du café du Moulin, avait déjà marqué la commune. En 2015, le village a accueilli les familles des 150 victimes du crash du vol Germanwings, survenu dans les montagnes voisines. Pour les remercier, la compagnie Lufthansa avait offert un voyage à Paris aux habitants, le 13 novembre 2015, jour des attentats de Paris et Saint-Denis. Ces événements ont déjà attiré l’attention des médias sur ce petit village, mais la disparition d’Émile Soleil en 2023 a amplifié cette médiatisation, rendant la situation encore plus difficile pour les habitants.

La médiatisation intrusive

La disparition d’Émile a entraîné une arrivée massive de journalistes et de touristes aux motivations parfois douteuses. Les médias, nationaux et internationaux, ont envahi le village, toquant aux portes tôt le matin, se faisant passer pour des clients dans les commerces avant de révéler leurs intentions. François Balique, maire du Vernet pendant 49 ans, raconte avoir dû expulser un journaliste de son domicile. Les habitants décrivent cette intrusion comme un harcèlement, avec des équipes de télévision qui filment sans respecter les limites. Certains, comme une randonneuse ayant découvert les ossements d’Émile, ont fini par claquer la porte aux médias. La situation a atteint un tel niveau que certains habitants menacent de sortir la carabine pour se défendre. La médiatisation a aussi exacerbé les tensions sociales et politiques locales.

Les conséquences sociales

La médiatisation a provoqué une désagrégation sociale au sein du village, selon François Balique. Les habitants, habituellement solidaires, se méfient désormais les uns des autres, et les conflits internes se sont multipliés. Le maire souligne que cette situation a aussi eu un impact politique, favorisant une bascule vers l’extrême droite dans le milieu rural. Les tensions sont alimentées par le mystère entourant la disparition d’Émile, avec des rumeurs et des théories du complot qui circulent. Certains habitants, comme Magali Lamy, comparent cette affaire à l’affaire Grégory, où un enfant avait été retrouvé mort en 1984 dans des circonstances non élucidées. Le village, autrefois paisible, est désormais perçu comme un lieu maudit, attirant des curieux plutôt que des touristes.

L’enquête et ses rebondissements

L’enquête sur la disparition d’Émile a duré huit mois et a exploré toutes les pistes, y compris les plus improbables : accident, enlèvement, rencontre avec un animal sauvage, ou même intervention de médiums. Le 30 mars 2024, une habitante découvre le crâne de l’enfant lors d’une randonnée sur un sentier de chasseurs. En mars 2025, quatre membres de la famille Vedovini, dont les grands-parents et deux de leurs enfants, sont placés en garde à vue pour homicide volontaire et recel de cadavre, avant d’être relâchés faute de preuves suffisantes. L’enquête a aussi examiné le passé violent de Philippe Vedovini, grand-père d’Émile, et les liens de Colomban Soleil, le père, avec des groupes nationalistes comme Bastion Social ou une liste électorale soutenant Éric Zemmour. Certains ont même évoqué un lien avec la disparition du petit Yannis en 1989, à 60 kilomètres de là, mais cette piste n’a abouti à rien.

Ce que ça pourrait changer

Trois ans après la disparition d’Émile, le mystère reste entier, et le village continue de souffrir des conséquences de cette affaire. François Balique a refusé que les restes d’Émile soient enterrés au Vernet, craignant la création d’un *mausolée morbide*. Pourtant, la médiatisation a attiré des touristes, séduits par le paysage idyllique du hameau, niché entre le lac de Serre-Ponçon et Digne-les-Bains. La famille Vedovini, originaire du Nord, vient moins souvent depuis la mort d’Émile. Les habitants, comme Magali Lamy, décrivent un sentiment de *nœud à l’intérieur*, où chaque bruit d’hélicoptère rappelle les recherches désespérées. Le maire souligne que tant que l’enquête n’aura pas abouti, le village restera sous les projecteurs, une situation qu’il qualifie de *pénible*. Pour les habitants, le deuil est impossible tant que la vérité n’est pas connue.

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